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Dockers? Flats et Karo Kalyptis : et le sourire revient

30 août 2003, 20:00

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Les murs délabrés, les fenêtres esquintées et les multipliants qui poussent à l?intérieur des interstices du béton donnent un air sinistre aux immeubles des Dockers?Flats,

à Baie-du-Tombeau. Ils ont fait leur temps depuis belle lurette. Les cages d?escalier sont lugubres, plongées dans la pénombre où flotte parfois une odeur âcre d?urine. Pendant toutes ces années, John Bégué n?a craint qu?une chose : que les déjections de ses voisins ne lui tombent sur la tête. C?est arrivé une fois. Les WC de l?étage au-dessus se sont subitement déversés dans son minuscule appartement alors qu?il était sorti. Puis, il a eu une infiltration d?eau qui a provoqué un court-circuit faisant exploser sa télévision.

Depuis, le menuisier calfeutre sans cesse son plafond. Rien n?y fait. L?urine mêlée aux eaux usées s?infiltre dans ses toilettes et sa salle de bains. « Mone bien dépensé. Mone bizin chanze mo carpet en trois fois. Mo meubles ine bien gagne baté. »

John avait fini par penser que l?État les avait oubliés, puisqu?il ne le voyait faire aucune démarche pour les installer ailleurs. Il pensait qu?il allait terminer sa vie entre ces murs qu?il connaît depuis l?âge de 16 ans, lorsqu?il y a emménagé avec son père il y a trente et un ans. Et puis la lumière au bout du tunnel. Le gouvernement a promis d?offrir à tous un nouveau logement? plus décent.

En mai prochain, le rêve de John se concrétisera. Il pourra enfin s?installer dans la nouvelle maison offerte par l?État et la Mauritius Ports Authority (MPA) à Baie-du-Tombeau. Comme lui, 98 autres propriétaires des Dockers?Flats emménageront pour leur plus grande joie dans ces habitations qui ont coûté Rs 85 millions. Le vice-Premier ministre, Paul Bérenger, qui veille « personnellement » à la concrétisation de ce projet, a d?ailleurs visité une maison-témoin aux

couleurs vives la semaine dernière. Elle se compose de trois chambres, d?un salon, d?une salle à manger, d?un coin télé, d?une kitchenette, de deux toilettes et d?une salle de bains que les propriétaires peuvent agrandir par la suite.

Les squatters de Docker?s Flats, de Karo Kalyptis et de Zenfants-Bord-la-Rivière à Roche-Bois seront, eux, relogés dans 150 maisonnettes construites à Cité Florida, Baie-du-Tombeau, par le Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups (TFSIVG). Une majorité de squatters qui correspondent aux critères de la National Housing Development Company (NHDC) pourront s?y installer à partir du 18 septembre.

Mauriciens, Rodriguais, Ilois, réfugiés du cyclone Dina, trois cents familles vivent depuis plusieurs années dans la misère sur des terrains de l?État transformés en bidonville. Malgré les bonnes intentions du fonds d?aide pour l?intégration des démunis de les loger à Cité Florida, beaucoup d?entre elles ne remplissent pas les conditions nécessaires pour occuper ces maisons. De nombreux squatters touchent en effet un salaire en dessous du revenu minimum. La majorité des 163 familles de Karo Kalyptis perçoit un salaire mensuel de moins de Rs 5 000. Dix-sept familles vivent avec moins de Rs 3 500, dix-huit subsistent avec moins de Rs 1 000 et une minorité vivote avec les quelques centaines de roupies de l?assistance sociale.

« Squatters agricoles »

Pour les maisonnettes de Cité Florida, la constitution et l?examen des dossiers continuent. Beaucoup ne s?étaient pas présentés à la NHDC, n?ayant pas reçu de convocation ou ne sachant pas où se trouvaient les locaux de la compagnie. Mais tout le monde n?aura pas un nouveau toit. La construction de 80 maisonnettes évolutives sur un site identifié à Riche-Terre, qui devaient être livrées à la fin de l?année, prendra du retard. Le terrain est en effet occupé par des « squatters agricoles » comme l?a indiqué le vice-Premier ministre lors d?une rencontre avec les représentants des squatters jeudi après-midi. Ces planteurs refusent cependant de quitter les lieux.

Paul Bérenger promet de trouver une solution. Des terres de l?État situées à Baie-du-Tombeau et qui ont été libérées par le ministère des Télécommunications, pourront être utilisées pour construire des logements sociaux.

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