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Divali ou les contes d?une lumière plurielle
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Divali ou les contes d?une lumière plurielle
Lorsqu?une célébration transcende les classifications religieuses, c?est le signe qu?elle prend une dimension nationale. C?est la démonstration que des notions comme l?échange et le brassage des cultures trouvent toute leur signification. A Maurice, de plus en plus, des célébrations comme Divali, la fête du Printemps, voire l?Eid sans oublier l?incontournable Noël, rendent compte de cette ambition naturelle d?osmose culturelle. Ce sont des tranches de vie que nous racontons ici pour illustrer cette idée d?un mauricianisme qui s?abreuve à de multiples sources, toutes différentes, toutes complémentaires dans cette vérité universelle qui se conjugue au pluriel.
Arnaud Godère, président de Mauritius Post Ltd (MPL) et haut cadre à Shell, vit ce pluralisme. A travers ses voyages et son engagement au sein de la Jeune Chambre économique, il a toujours été exposé à cette vision de la culture et de la religion qui est dépouillée des intentions et tentations d?un quelconque prosélytisme. Nourri de cette foi dans l?universalisme, il l?a pratiquée en tant qu?individu dans sa vie personnelle et professionnelle jusqu?au jour où il se rend compte qu?il doit passer à un échelon supérieur.
Les enfants d?Arnaud Godère ont alors 7 à 8 ans. Conscient qu?il faut montrer cette île Maurice pluriculturelle, au-delà des seuls discours théoriques, il décide de célébrer Divali chez lui. S?appro- prier ce qui est à l?autre pour en comprendre le sens, c?est la base de sa démarche. «On a commencé à montrer le pourquoi de cette fête. C?était une manière de dire dans des actes que l?île Maurice est riche de ses différentes cultures et religions, chacune avec ses caractéristiques particulières», raconte-t-il. Si le président de la MPL prend cette initiative, c?est pour mieux exprimer un esprit d?ouverture et de partage d?abord avec ses enfants mais aussi avec son environnement immédiat et toute la communauté.
A chacun son histoire. Celle de Georges Gracieuse, consultant en ressources humaines au sein de sa propre entreprise, remonte le temps et nous ramène au village Sottise, situé à Cap Malheureux. Un village au cachet particulier, composé principalement d?hindous et d?une famille catholique, d?une famille d?origine chinoise et de deux familles musulmanes.
Culture indienne
«Mon enfance a été bercée par toutes les fêtes de cette petite communauté. J?ai ainsi préservé un très bon souvenir de Divali. Tous les villageois participaient à la fête. On aidait à nettoyer les cours, à verser de l?huile et des mèches dans les diyas. On participait même aux poojas. Aujourd?hui, c?est avec nostalgie que je me remémore cette période. Mais en même temps, je suis heureux de constater que Divali, comme d?autres célébrations, est devenue une fête nationale. Elles sont désormais un bien commun que partagent les Mauriciens», explique Georges Gracieuse.
Quand on a vécu de cette manière, on préserve immanquablement un désir de partage. Même s?il n?allume pas systématiquement les diyas (lampes), Georges Gracieuse se fait un devoir de célébrer Divali. Visites aux amis et parents, distribution des fameux gateaux patate, c?est l?occasion de vivre un moment intense de partage d?amitié. «C?est pour moi un temps aussi fort qu?il l?est pour les hindous. Car Divali a le même charme que la Noël, Cavadee ou l?Eid. Ce sont des fêtes à dimension universelle», précise notre interlocuteur.
Pour Georges Gracieuse, le partage se fait à un plan conceptuel. Vivre la fête de l?autre, ce n?est pas pratiquer les mêmes cultes. C?est, par exemple, ne pas consommer de la nourriture devant un musulman qui jeûne. C?est vivre à sa manière un moment important dans la vie de l?autre. Dans le respect, dans le souci de comprendre et de partager. «C?est ce qui contribue à renforcer le sentiment mauricien», précise-t-il en ajoutant qu?il ne faut pas se limiter aux seules fêtes. A des moments divers, comme un mariage ou un décès voire lorsqu?un enfant prend un examen important, nous avons, dira Georges Gracieuse, la responsabilité d?un accompagnement.
C?est cette philosophie de l?échange qui permet l?ouverture et la compréhension. Du coup la société mauricienne ne vit plus en vase clos. «C?est important de savoir qu?on est apprécié par l?autre même lorsqu?il n?est pas de sa confession religieuse. Et puis célébrer la Divali, cela vous apporte une paix intérieure et extérieure. On prend le temps de réfléchir à soi et à la société. On en tire les leçons qui s?imposent», souligne, de son côté, Arnaud Godère.
A chacun aussi son passé et surtout une manière de revendiquer son histoire. Au sein de l?Indo-Mauritian Catholic Association, la règle est d?or pour les membres qui sont de foi catholique et de culture indienne. Ainsi pour la Divali, une messe sera dite. Les enfants se rendront en procession à l?église avec des diyas dans les mains. Des chansons seront en hindi. «Il est important pour nous de préserver la culture ancestrale indienne», témoigne Gäetan Mariapa, président de l?association. Les membres de celle-ci ne manquent pas une occasion d?exprimer cette culture notamment à travers les mariages ou les fêtes religieuses que ce soit la Divali, la Sankranti ou la Varusha Pirappu.
«Il y a le besoin de vivre sa foi tout en étant ancré dans une histoire pour ne pas perdre ses repères. Cela nous permet de préserver des valeurs et de promouvoir l?universalité au sein de l?Eglise», confie Marie-Michele Davasgaium. «Quelle que soit sa religion, il est vital de reconnaître l?importance de la lumière dans sa vie. Pour nous aussi, c?est le symbole de la vérité. Donc pourquoi ne pas la fêter?» se demande, pour sa part, Marcel Chowriamah.
Cette sensibilité indienne, qui se cristallise autour de la Divali, Marcel Chowriamah la nourrit. «Il ne faut pas se laisser enfermer dans une problématique figée. La foi enseigne l?ouverture. En tant qu?individu, on fait l?effort de réaliser cette ouverture mais il faut se demander si les clercs incitent les autres à découvrir les grands principes spirituels sans verser dans la tentation de la conversion», fait-il ressortir. «L?interculturalité est plus vivante au niveau individuel qu?au niveau groupal», confirme Gäetan Mariapa.
C?est ainsi qu?est faite Maurice. Une promesse d?ouverture mais aussi un risque de cloisonnement. «Il y a effectivement le risque de s?enfermer mais également la possibilité de s?ouvrir», souligne Arnaud Godère. «A travers les échanges au quotidien, on se rend compte qu?il n?y a pas de grande différence entre les uns et les autres. Nous menons tous le même combat au quotidien», enchaîne Georges Gracieuse.
Le temps de la Divali, nous redécouvrons cette vertu de l?universalité. Et la lumière réinvente l?île Maurice plurielle?
SYMBOLES DE LA FETE
C?est l?un de ces moments où l?île Maurice retrouve toutes ses couleurs. Dans l?expression d?une foi. Dans cette victoire inéluctable de la lumière sur les ténèbres. Du bien sur le mal. De l?authenticité sur le factice. Du sanskrit Divapali, la fête de la lumière est l?une des principales sinon la principale célébration chez les hindous. Signifiant enchaînement de lumières, la Divali marque le triomphe de Ram sur Ravan. Celui-ci avait enlevé son épouse Sita. C?est avec l?aide de son frère Lakshman et du dieu singe Hanuman que Ram part reconquérir sa compagne. A leur retour au royaume d?Ayodhya, il faisait une nuit tellement sombre que les villageois disposèrent des lampes à huile pour que les héros retrouvent leur chemin. Fête extrêmement populaire parmi les hindous, la Divali est célébrée comme le nouvel an le jour de la pleine ou de la nouvelle lune dans le courant des mois d?octobre et de novembre. Comme pour toutes les fêtes de cette envergure, les fidèles s?achètent de nouveaux vêtements, nettoient la maison de fond en comble, préparent des gâteaux et rendent visite aux proches. Les feux d?artifice ponctuent également la fête de même que l?échange des cadeaux. Divali s?étend sur plusieurs jours pendant lesquels les fidèles accueillent la déesse de la richesse Lakshmi et celle du courage Kali. Les hindous en profitent pour clore l?année, boucler les comptes et préparer la nouvelle année. C?est la purification avant l?entame des nouvelles épreuves.
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