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Distances
Délaissant mon passe-temps d?intrépide essayiste, j?ai songé à me lancer dans des causeries sur des thèmes aussi cons que sidérables. Ma première tentative, amis cobayes, a trait aujourd?hui aux trajets et à ceux qui les ont réalisés, sujet soporifique que je me propose de prendre à bras-le-corps avec ma hardiesse habituelle.
Commençons par les anciens. Lao Tse Tse, entre deux ronflements, a dit : ?C?est par un pas que débute un voyage de mille lieues.? Fallacieuse argutie quand on sait que pour aller plus loin, c?est le second pas qui compte.
Arrêtons-nous ensuite à l?an 490 avant J.C. et examinons un exploit pédestre de longue haleine, et qui souligne le peu de discernement du premier marathonien, avalant quarante kilomètres empêtré dans une armure. Tout Athénien modérément sensé, déglingué par l?état soldatesque et au cerveau rabougri par les corvées de patates, aurait eu l?intelligence d?enfourcher un canasson ou de se défaire des éléments protecteurs qui le surchargeaient en faisant valser bouclier, cuirasse, jambières, heaume sweet heaume et toute cette quincaillerie superflue. Il aurait même pu faire un relais avec un comparse bien que, depuis l?épreuve où Jéhovah a laissé tomber son témoin, cette discipline soit vouée à une déconfiture certaine. Non ! cette soi-disant prouesse aurait de nos jours dilaté la rate de tout le Péloponnèse.
Je me permets ici une légère digression pour navrer au bedon ce plaisantin de Darwin et tous les savantissimi doctores qui l?ont suivi aveuglément. En effet, ses théories farfelues sur l?évolution n?ont jamais pu établir comment nous étions devenus des bipèdes itinérants alors que nos ancêtres, les quadrumanes, n?avaient jamais été nantis des deux guiboles indispensables à l?avancement du genre humain. Il y a quelque chose de louche là-dessous et je compte sur la Feet Authority pour tirer tout cela au clair.
Après cette courte interruption, je reprends le fil de mes idées. César et Napoléon ont toujours été des adeptes des marches forcées mais c?était pour se rapprocher de l?objectif, alors que cela a été le propre de la royauté de garder ses distances. Henry VIII, à chaque fois qu?une de ses femmes le menait d?une tête, raccourcissait immédiatement cet avantage. On sait aussi que Victoria exigeait de son prince qu?on sort qu?il se tienne à quatre pieds derrière elle dans toute déambulation officielle, sauf vers la fin quand son pas impérial, moins géométrique, se mit à décroître et qu?elle réduisit l?écart de six inches. Elle le voyait donc très rarement de face d?où la présence d?un chambellan spécial pour lui dire régulièrement: ?T?as l?bonjour d?Albert?. On ne sait quel est l?intervalle statutaire entre Elizabeth, Philip et leur encombrante progéniture mais la princesse Anne, une figure d?Epsom, devrait se rapprocher dans un canter.
La marche elle-même est une habitude chinoise ancrée dans les m?urs et l?infatigable Mao, quand il a entrepris son star trek, a établi un record qu?on n?est pas prêt de battre et ceci malgré les embûches du terrain. Il a vaincu monts, vallées et rivières, évitant toutefois les rizières, de peur de finir ses jours étouffé par une dose excessive de basmati, comme il arrive à beaucoup d?entre nous, et il a vaillamment traversé la Chine, enfournant les bornes, li après li.
Il voyait grand mais, s?il faut parler en mini-mesures, celles qui me fascinent ce sont les infimes différences qui séparent les chevaux à l?arrivée d?une course: une encolure ou une courte tête ça va, mais perdre d?un naseau, c?est vraiment vexant et il y a de quoi bouder son picotin. Il existe aussi des millimétrages encore plus ténus dans les courses d?escargots où l?arbitre est souvent celui qui en bave le plus.
Tout bien réfléchi, je crois que mes velléités de discoureur s?arrêteront là car, comme disait le Roi Soleil, il faut savoir s?éclipser. Je terminerai donc en vous contant l?histoire un peu rabâchée du discours le plus bref jamais prononcé: c?est celle d?un conférencier international à qui on avait demandé de parler d?un sujet aussi délicat que le sexe. Débutant son laïus par la formule habituelle, il se leva et dit: ?Ladies and gentlemen, it gives me great pleasure??
Et il se rassit.
VOLCY
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