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Diplomate à l?extrême

16 septembre 2004, 20:00

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Des six ambassadrices russes nommées jusqu?ici, Olga Ivanova, en poste à Maurice depuis peu, est la seule qui n?ait pas été membre du Parti communiste ou du Komsomol, la défunte organisation de jeunesse qui en dépendait. En 35 ans, cette fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, qui a fait ses débuts aux archives, a su montrer ses capacités et s?imposer. Les diplomates de carrière n?ayant pas leur pareil pour esquiver les questions qu?ils jugent gênantes ou embarrassantes, Olga Ivanova n?y fait pas exception.

Si sur son curriculum vitae, il est dit qu?elle maîtrise trois langues étrangères, le français, l?anglais et l?arabe, cette femme d?âge mûr, élégamment vêtue d?un tailleur-pantalon anthracite à fines rayures blanches, avoue d?emblée qu?elle parle la langue de Shakespeare ?like a dog?.

Par contre, elle a un bon niveau de français car elle a passé quatre ans à Paris en tant que conseillère de la Fédération de Russie auprès de l?Unesco. A ce titre, elle a assisté à plusieurs conférences de cet organisme des Nations unies, notamment à Dakar, capitale du Sénégal où la langue nationale est aussi le français. L?entretien se déroule donc en français et Olga Ivanova répond sans peine à nos questions.

Ses priorités en tant qu?ambassadrice de Russie à Maurice, comme évoquées avec Sir Anerood Jugnauth, président de la République et Paul Bérenger, Premier ministre, ont trait à la consolidation des relations amicales existantes entre nos deux pays, notamment dans les domaines économiques, commerciaux, culturels, touristiques et éducatifs.

Quand nous rebondissons sur la question éducative, elle fait mine de ne plus pouvoir poursuivre dans la langue de Molière lorsqu?il est question de sécurité pour les étudiants mauriciens en Russie après le décès d?Atish Ramgoolam. Ella Nesterenko, le troisième secrétaire qui assiste à l?entretien, prend alors le relais, traduisant sa réponse du russe à l?anglais. ?Ce décès était un épisode dramatique. Les autorités russes ont récemment renforcé le contrôle pour éviter d?autres incidents de ce type à l?avenir. J?espère que de tels épisodes tragiques ne se répéteront pas.Durant notre conversation avec le président de la République et le Premier ministre, nous avons évoqué la possibilité de prendre un plus grand nombre d?étudiants mauriciens en Russie et même d?offrir un plus grand nombre de bourses. Nous soulèverons cette question avec notre ministre de l?Education pour voir si ce sera possible pour l?année 2005-2006.?

Longues missions en Irak

Cela n?empêche pas l?ambassadrice russe d?enchaîner en français et de demander si nos responsabilités journalistiques dépassent le cadre des affaires féminines. Difficile d?en vouloir à Olga Ivanova pour cette pirouette diplomatique car elle ne manque pas de charme. Surtout quand elle déclare avec un grand sourire qu?elle a été de tout temps dans la diplomatie !

Fille de savant agricole et de femme au foyer, après ses études secondaires, elle s?inscrit à l?Institut des Relations internationales de Moscou. Elle est fascinée par le Proche-Orient et elle obtient une bourse pour son doctorat à l?Institut des études orientales. Sa thèse s?intitule L?Egypte et les relations internationales au Proche-Orient.

Son doctorat obtenu, elle entre au ministère des Affaires étrangères en 1968. Pendant sept ans, elle est affectée à la Commission d?édition des documents diplomatiques. Nommée troisième secrétaire à l?ambassade de Russie en Irak en 1975, son intérêt pour la diplomatie s?accentue au contact d?un ambassadeur russe qui a été un ami personnel du Général de Gaulle.

De 1981 à 1991, elle regagne son pays natal où elle agit comme troisième et deuxième secrétaire au ministère des Affaires étrangères, étant chef de section des recherches scientifiques de la Direction de l?histoire de la diplomatie. De 1991 à 1995, elle est chef de section du secrétariat de la Commission de la Russie pour l?Unesco avant d?être mutée à Paris jusqu?en 1999.

Ses responsabilités auprès de cet organisme des Nations unies l?amènent à participer aux travaux des sessions de la Conférence générale et du Conseil exécutif, de même qu?aux forums internationaux sur l?éducation. Elle est aussi membre du conseil consultatif du bureau régional sur l?éducation pour les pays de la région Asie-Pacifique et du bureau international d?éducation à Genève.

Olga Ivanova est également l?auteur d?articles sur des problèmes du droit international, ceux du Proche-Orient et sur l?histoire de la politique extérieure de la Russie. Avant d?être envoyée à Maurice, elle exerçait comme vice-directrice du département des documents historiques de la Russie au ministère des Affaires étrangères. Divorcée, elle est mère d?un fils de 30 ans qui a suivi ses traces puisqu?il est attaché de presse à l?ambassade de Russie en Géorgie. Elle est grand-mère d?une petite Olga, âgée de six ans qu?elle ne voit pas autant qu?elle le voudrait, confie-t-elle.

Ses plus longues missions l?ont amenée en Irak, où elle est restée six ans, et à Paris. Olga Ivanova, médaillée de la Fédération de Russie, n?aime pas s?étendre sur les difficultés rencontrées au cours de sa carrière. Il y en a eu, reconnaît-elle, mais elles se situent dans l?ordre des choses.

Tout comme elle reconnaît que la diplomatie est un univers masculin. ?A notre ministère, il y a beaucoup de femmes conseillères mais elles se heurtent au plafond de verre, malheureusement. Mais je crois que c?est partout pareil.?

Qu?est-ce qui a fait la différence dans son cas ? ?C?est difficile à dire?, réplique-t-elle une fois de plus en russe qu?Ella Nesterenko traduit en anglais. ?Je crois que 35 ans de travail au ministère des Affaires étrangères et ma riche expérience dans divers secteurs de la diplomatie y ont contribué.? Voilà qui est une fois de plus bien tourné?

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