Publicité

Dilemme monétaire

24 août 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La Banque de Maurice et le gouvernement se sont engagés dans un bras de fer à distance. Le taux de change de la roupie est au centre des préoccupations. Les dirigeants politiques prônent une monnaie faible afin de mieux soutenir les exportations du textile-habillement qui deviennent de plus en plus vulnérables face à la concurrence internationale. La dépréciation de la roupie évitera d’autres fermetures d’usines et sauvera des emplois.

La Banque centrale, gestionnaire de la politique monétaire, a d’autres soucis. Son rôle est de combattre l’inflation par la rigueur monétaire. Le gouverneur de la Banque, Ramesh Basant Roi, est monté au créneau vendredi dernier pour défendre sa politique. Il est tout à fait injuste d’attribuer les difficultés du sucre et celles de la fabrication des vêtements au taux de change. Les problèmes trouvent leurs origines dans les faiblesses structurelles de notre économie.

Les autorités monétaires entendent bien faire la démonstration de leur indépendance vis-à-vis des gouvernants. Elles disposent de la marge de manœuvre nécessaire pour bien jouer leur rôle. La Banque centrale est même intervenue sur le marché forex le mois dernier en y injectant des devises d’une valeur totale de US$ 5 millions afin d’atténuer la pression sur la demande.

C’est l’euro qui semble être la source du mal. Le gros des exportations de la zone franche est réglé dans la devise européenne. Les opérateurs trouvent en un euro fort un ballon d’oxygène qui leur permettrait de maintenir ne serait-ce qu’artificiellement des parts de marché. Pour affronter les difficultés actuelles dans le secteur, la tentation d’agir dans ce sens est grande.

Mais un autre plus gros danger se profile à l’horizon. Des investisseurs spéculent déjà sur la dépréciation continue de la roupie vis-à-vis de la monnaie unique européenne et sont en train de bâtir des stocks en euros. Cela ne fait qu’accélérer la chute de la roupie.

Les consommateurs continueront-ils à en faire les frais ? Ils subissent de plein fouet les augmentations des produits importés. D’autre part, les hausses continuelles des prix pétroliers sur le marché mondial font craindre le pire. Le Bureau central des statistiques prévoit un taux d’inflation de 4,9 % pour l’année en cours, contre 3,9 % en 2003. Le gouvernement semble perdre graduellement son contrôle sur sa politique de stabilité des prix.

Une roupie compétitive ne peut soutenir une industrie indéfiniment. Par contre, elle peut bien faire enflammer les prix. La mise en garde du gouverneur de la Banque la semaine dernière est un signal fort qu’il n’y a d’autres solutions que la modernisation de l’appareil de production. Il est donc crucial de poursuivre et d’accélérer les réformes économiques. Les entrepreneurs locaux doivent encore gagner la bataille de la productivité afin de mieux rivaliser avec leurs concurrents internationaux sur les coûts.

L’économie mauricienne réalise une performance peu convaincante sur ce tableau. La productivité de la main-d’œuvre a connu une progression de 4,1 % en moyenne annuellement entre 1992 et 2002. Durant la même période, le taux de croissance annuelle (en moyenne) de la productivité du capital a chuté de 0,9 %. Une main-d’œuvre plus performante et plus polyvalente est nécessaire. En même temps, il faut accélérer l’automatisation des opérations dans les divers secteurs d’activité afin de pouvoir produire plus avec les ressources disponibles.

Un marché de l’emploi avec moins de freins à la mobilité des compétences est un grand pas en avant. Il est grand temps de dépoussiérer les lois du travail trop archaïques afin de les rendre plus compatibles avec réalités de l’heure.

La politique monétaire a ses limites, disait Ramesh Basant Roi lors de sa dernière sortie publique. La discipline implique que l’on ne peut faire deux choses à la fois, c’est-à-dire poursuivre dans la voie des taux d’intérêt faibles et la dépréciation délibérée de la monnaie.

Publicité