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Didier Colson juge notre catholicité au XIXe siècle

8 août 2006, 00:00

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Début d?août 1981, l?abbé Didier Colson, prêtre d?origine bordelaise, présente, lors d?une table ronde, le sujet de sa thèse de doctorat en théologie, de l?Institut catholique de Toulouse. Elle s?intitule : Les approches de la pratique missionnaire à Maurice, avec, en sous-titre, cette interrogation : une Eglise locale édificatrice et/ou édifiante ? Il s?agit d?un ouvrage de 745 pages qui déroute quelque peu ceux qui parviennent à en venir à bout. La thèse ne se veut nullement un jugement sur la catholicité mauricienne au XIXe siècle mais d?un constat sur une période de son évolution (1840-1895), un regard complémentaire à celui d?autres historiens, n?ayant peut-être pas eu autant de temps, l?occasion, ni les facilités que lui pour approfondir les spécificités de cette période. D?autres ont pu aussi avoir une approche plus anecdotique de cette évolution, se contenant d?accumuler des faits, des événements, des dates, des personnes, laissant à d?autres, plus portés à l?analyse, le soin d?expliciter le pourquoi et le comment de ces initiatives, ainsi que l?état d?esprit les ayant animées.

Didier Colson est âgé de 46 ans en août 1981. Une dizaine d?années plus tôt, ses supérieurs l?envoient en Afrique du Sud pour participer à l?animation pastorale et spirituelle des catholiques francophones de ce pays ? Sachant que, parmi eux, se trouvent un nombre appréciable de membres de la diaspora mauricienne, il fait le crochet par Maurice et y fait un stage pastoral, pour s?imprégner de la situation sociale et des conditions de vie prévalant dans notre pays.

A la fin de sa mission en Afrique du Sud, il revient à Maurice et se met au service d?une paroisse rosehillienne pendant deux ans. Il rédige alors un premier article sur les missions et la colonisation, à Maurice, au XIXe siècle, qu?une revue de sciences humaines et sociales publie, en 1977. On lui demande alors d?approfondir ses recherches sur l?histoire de la catholicité mauricienne. Il décide d?en faire l?objet de sa thèse de doctorat en théologie. Il prend trois ans pour ses recherches supplémentaires et pour la rédiger. Il concède l?existence, dans sa rédaction, d?une certaine dose de subjectivité puisqu?il s?agit de son analyse. Son approche se veut celle d?une amitié jamais démentie pour l?île Maurice et pour son peuple.

La thèse de Didier Colson s?articule en trois grandes parties : 1. Les conditionnements de la pratique missionnaire catholique de 1840 à 1895 ; 2. La pratique missionnaire catholique à Maurice, 3. Les enjeux de cette pratique missionnaire.

Maurice est alors une colonie d?exploitation cannière et de production sucrière. Une oligarchie dominante contrôle une société fragile de par les éléments évolutifs qui la constituent. Cette situation influence l?Eglise, l?obligeant à des compromis et même à des compromissions avec les pouvoirs en place. Didier Colson n?a guère de mal à démontrer, surtout dans la deuxième partie de sa thèse, que les principaux acteurs de cette Eglise sont des hommes ayant leur personnalité propre. Chacun la marquera à sa façon. Il s?attarde sur les différentes institutions missionnaires à l??uvre à Maurice : les Jésuites et la Mission indienne, Mère Barthélemy convertissant les immigrants chinois, avec l?aide appréciable d?Affan Tang Wen. Il passe en revue les problèmes d?école, de santé, d?ordre public. Il étudie les prises de position de la hiérarchie catholique par rapport aux autorités gouvernementales, aux autres Eglises chrétiennes, à la franc-maçonnerie. Il étudie également les pouvoirs à l?intérieur même de cette Eglise. Il découvre une Eglise en état de mission, une qui se remue mais aussi une en danger de consolider ses structures et de se désintéresser de ce qui lui est extérieur.

Il lui reproche alors sa ressemblance trop grande à l?Eglise romaine. Il déplore cette Eglise qui n?a pas su faire l?économie de son idéologie face à la réalité coloniale. Il regrette ce qu?elle peut avoir d?intransigeance et qui l?empêche de dénoncer certaines réalités sociales.

Il est plutôt critique à l?égard du Père Laval. Lors de son exposé au Centre catéchétique du Montmartre, Rose-Hill, il dit ceci : ?Il ne semble pas que le don total du Père Laval à l?île Maurice se soit accompagné des vues les plus novatrices et les plus fécondes pour l?avenir de cette terre qu?il a tant chérie. C?est s?engager dans une impasse que de lui prêter trop généreusement des intentions qu?il n?a pu avoir et d?en faire l?apôtre de l?unité chrétienne même s?il est invoqué sous ce jour mythique?.

Comme la demande du droit de vote pour la diaspora mauricienne, la thèse de Didier Colson peut ne pas faire l?unanimité. La stratégie missionnaire du Père Laval de faire appel à des auxiliaires laïcs, choisis parmi ceux exerçant une influence certaine dans leur famille et milieu, est originale et efficace, aujourd?hui encore. Elle est même en progrès par rapport à l?action catholique qui fait appel aux membres d?un milieu donné pour le convertir tandis que le Père Laval privilégie les leaders d?un milieu donné.

Quand à l?unité mauricienne à laquelle certains rattachent le Père Laval, il s?agit bien moins de son apostolat auprès des hindous, des musulmans, des bouddhistes de son temps que de l?affection, transcendant les barrières religieuses, que des non chrétiens lui vouent, aujourd?hui encore et de façon croissante.

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