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Dhiren Moher
Force, abnégation et courage : voila ce que Dhiren Moher a su démontrer tout au long de son parcours. Un courage qui a fait de lui un homme qui, malgré les circonstances, arrive à profiter de ce que la vie lui offre et à en retirer la quintessence. Sa détermination et sa force attirent ceux qui ont besoin d?aide et qui sont à la recherche d?une lumière au bout du tunnel. Ce n?est donc pas un hasard si ses qualités ont forcé l?admiration de son équipe, qui vient de l?élire président de l?association Pils pour la deuxième année consécutive.
Rencontrer Dhiren Moher force l?admiration. Au premier abord on pourrait lui donner 45 ans. Ce n?est qu?au fil de la conversation qu?il avoue n?en avoir que 39. Des petites rides sont visibles aux commissures de ses lèvres et ses yeux sont cernés. Il a le regard fatigué.
Mais si sa séropositivité se fait ressentir physiquement, elle n?affecte toutefois en rien son moral. Au contraire, Dhiren ajoute avec une petite pointe d?humour dans la voix : « Ma séropositivité a rendu ma vie positive. » Une vie complètement chamboulée mais qui, malgré cela, lui donne la chance de vivre de merveilleuses expériences.
« Ce que j?ai surtout appris c?est la valeur de la vie », affirme-t-il avec conviction. Sa maladie lui a permis de jeter un regard nouveau sur l?existence et tout ce qu?elle offre.
Ainsi, son engagement au sein de l?association Pils, ses rencontres et l?accompagnement des patients occupent son quotidien. « Je vis tout autrement depuis que j?ai annoncé publiquement ma maladie. Je rencontre des gens que je n?aurais jamais croisé ailleurs ou en d?autres circonstances, et nombre d?entre eux sont des personnes formidables. »
En tant qu?accompagnateur, il organise des rencontres avec ceux qui ont des difficultés à accepter leur nouvel état de santé. « Des choses réellement profondes et touchantes découlent de ces rencontres, sans parler des liens qui se créent par la suite », poursuit Dhiren.
Être vrai avec soi et avec les autres
Le message qu?il veut également faire passer en tant que président de Pils est que cette maladie ne fait pas de distinction, n?importe qui peut être contaminé. La société considère les séropositifs comme étant des gens qui mènent une vie de débauche. « Moi je ne me suis jamais drogué. J?ai eu des relations sexuelles avec une fille que l?on qualifierait de ?propre ? comme on dit. Mais je ne lui jette pas la pierre. C?était à moi de prendre mes précautions », confie-t-il.
Ses expériences antérieures démontrent qu?il serait tout de même trompeur de croire que cela a toujours été facile pour lui de vivre avec ce virus. C?est son état physique qui l?a amené à faire un dépistage. Il maigrissait à vue d?oeil et souffrait de diverses infections.
« Quand j?ai eu les résultats de mes tests ma première réaction a été le dégoût de moi-même. C?est un sentiment de rejet que l?on ressent envers soi. » Avoir vécu une telle expérience l?a profondément marqué, et il s?est assigné pour mission de s?occuper de ceux qui découvrent qu?ils sont séropositifs.
« Ce que j?ai traversé, beaucoup, et même presque tous, l?ont vécu de la même façon. » Difficultés d?acceptation, de vouloir continuer à vivre, difficultés à reconstruire sa réalité. Voila tout ce qu?il a eu à surmonter. « J?avais le choix entre me suicider ou continuer à vivre pleinement. Et j?ai choisi la deuxième option. »
La nouvelle de sa maladie lui tombe dessus en 2000, mais il ne tarde pas à faire l?annonce publique de sa séropositivité car il ne lui a fallu que deux semaines pour prendre la décision et la mettre en pratique. Être vrai avec soi et avec les autres, faire fi de ce qu?ils pourraient penser à son égard ont été sa source de motivation. Son entourage a également été d?un grand secours.
Ses parents et sa meilleure amie de l?époque, Stéphanie, qui est maintenant sa femme, l?ont toujours entouré et soutenu.
Aujourd?hui, Dhiren vit grâce aux pilules. Il en avale seize chaque jour. Les antirétroviraux aident à ralentir la progression de la maladie, mais ne préviennent pas totalement les complications. La faiblesse qui le cloue au lit ne l?a pas épargné. « Il m?arrive même de ne plus pouvoir sortir de mon lit. Heureu-sement que ma femme est là. En toutes circonstances, elle est présente quand j?ai besoin d?elle, toujours près de moi pour m?apporter son soutien. »
Le sida demeure tout de même un sujet tabou et continue à susciter une certaine peur chez certains. Elle stigmatise la personne qui devient victime de discrimination. Ainsi, Dhiren a eu à subir une intervention chirurgicale au c?ur et s?est vu refuser sa demande à cause de sa séropositivité. Pour se faire soigner, il a dû se rendre à l?île de la Réunion. « Je me demande qu?elle est la politique des autorités et des hôpitaux face aux sidéens. J?aimerais savoir ce qu?ils comptent faire », lance-t-il indigné. Son expérience l?a amené à s?occuper des cas de discriminations qui se comptent à près d?une dizaine par semaine.
La tâche est dure, il reste beaucoup à faire pour enrayer cette maladie, pour sensibiliser le public et venir en aide aux victimes qui restent des êtres humains. Dhiren Moher donne une belle leçon de vie, de courage et de force et pas seulement pour ceux qui sont atteints du virus du sida.
Sandrine Ah-Choon
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