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Dev Hurnam <i>Côté cour, côté jardin</i>
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Dev Hurnam <i>Côté cour, côté jardin</i>
Calé dans une chaise posée sur la pelouse, Dev Hurnam savoure sa liberté après 90 jours de détention préventive.
D?un ton presque onctueux, il dévoile les sentiments qui l?ont assailli pendant ce temps passé derrière les barreaux.
Seul, sans ses fidèles, il ne tempête plus et cesse de jouer des mains tel un maestro. Le ton va decrescendo, et il se livre. L?avocat parlementaire évoque la vie au cachot, le calvaire d?être enfermé 23 heures sur 24 au centre de détention de Moka. « C?était inhumain, torturing. C?était terrible d?être en prison pour la première fois à 57 ans, et après 28 ans de pratique au barreau. »
Il passe son premier week-end en détention en travaillant sur sa motion de remise en liberté. Mais le cauchemar l?accable, parce que plus que tout, il se trouve loin des siens. Il ne peut pas être libéré avant que l?enquête policière ne soit conclue. Il se sent « persécuté ».
« C?est lorsque j?étais incarcéré au Centre de détention de Moka que j?ai ressenti toute cette persécution contre moi. C?est là que j?ai eu de l?hypertension. » Les médecins ont découvert un caillot dans une de ses artères.
« C?était une expérience traumatisante. Je ne sais pas ce qui serait advenu si on n?avait pas décelé ce caillot. Pourtant j?avais subi un examen médical complet en Inde en août 2003. »
Lorsque le magistrat Aujayeb accède à sa demande de remise en liberté le 23 avril, il retrouve des couleurs. Mais la joie est de courte durée. Il est renvoyé en prison lorsque le DPP fait appel contre le verdict. Direction l?hôpital. Dès lors, à chaque fois que l?escorte policière prend le virage de Montagne-Ory pour regagner sa cellule, il a pincement au c?ur. Le trajet lui rappelle celui qui conduit à sa maison à Curepipe.
Il fulmine lorsque l?appel en Cour suprême est renvoyé à maintes reprises. Il est finalement envoyé à la prison centrale de Beau-Bassin, où les conditions sont moins contraignantes qu?au Centre de détention de Moka.
Puis, dans l?épreuve, il se sent plus proche de Dieu. Quand son voisin de cellule, fait son namaz, Hurnam prie également.
Lorsque la Cour suprême renverse le ruling Aujayeb, il se sent « trahi ». Essuyant presque une larme en évoquant son incarcération, il confie sa peine de n?avoir pas été présent à l?anniversaire de sa mère qui soufflait ses quatre-vingts bougies, et sa voix tremble lorsqu?il dit qu?il a craqué en goûtant les mets que sa mère lui avait préparés et fait parvenir en prison. Sa mère, c?est bien là le point faible de sa carapace d?homme sur la défensive.
Il parle aussi avec tendresse d?un prêtre qu?il a connu à la prison et du dévouement de son fidèle activiste, Sérum.
Revenant sur sa joie en apprenant la décision du Privy Council, Dev Hurnam sait que le plus dur reste à faire. Il espère démolir les accusations qui pèsent contre lui. Il a encore de la ranc?ur contre la brigade antidrogue qui l?a arrêté après les allégations d?Antoine Chetty. « Ils auraient dû bien vérifier avant de m?arrêter ! », s?exclame-t-il.
Le Parlement sera aussi le forum pour évoquer et essayer de faire changer les conditions « inhumaines » de détention.
Il réserve d?ailleurs des questions au Premier ministre pour mardi. Malgré le petit intermède où il apparaît un peu plus abordable, il change vite de ton après nous avoir menacé de nous « foutre à la porte » après une question indiscrète et lance : « Dev Hurnam est Dev Hurnam ».
La prison a certainement apporté des changements chez cet homme. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Hurnam admet lui-même qu?il est un homme d?excès.
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