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Deux métiers, deux revenus
Être à la fois pompier et menuisier. Concilier les métiers d?infirmière et de couturière. Endosser l?uniforme de police le jour et la casquette du club Tupperwarre le soir. Trois exemples piochés parmi les réalités multiples du cumul d?emploi. Un choix ? Rarement. Plutôt un pis-aller, une nécessité économique. Deux métiers, deux sources de revenus. De plus en plus de Mauriciens cherchent ainsi à compléter leur salaire principal, voire plus si affinités.
Cette pratique, loin d?être homogène, revêt plusieurs visages. D?un côté, les doubles actifs, installés durablement dans deux emplois, le plus souvent simultanés : instituteur et professeur particulier, serveur et musicien? De l?autre, les acrobates multicasquettes qui jonglent entre une activité principale et plusieurs jobs à temps partiel. Pour tous, la motivation est la même : mettre du beurre dans les épinards. Mais la médaille a son revers. Le travail après le travail n?est jamais une partie de plaisir. Les horaires à rallonge mutilent le temps et la disponibilité pour les siens se réduit comme une peau de chagrin.
Fonctionnaire le jour, plombier le week-end
Yash (prénom fictif) fait partie de ces milliers de fonctionnaires qui ont besoin d?améliorer l?ordinaire. Quitte à se mettre hors la loi : dans le secteur public, il n?est pas permis de cumuler son emploi avec une activité privée rémunérée. Pourtant, Yash le fait depuis vingt ans. Il estime qu?il n?a pas le choix. « Quand j?ai débuté dans l?administration, je venais de me marier, ma femme était enceinte et notre maison en construction. Après mon service, je partais vendre des encyclopédies, au porte-à-porte. Grâce à ça, je doublais mon salaire. »
Jusqu?au jour où ce business a commencé à battre de l?aile. Exit les encyclopédies, place aux casseroles. Mais c?est l?échec et les fins de mois, de nouveau, sont difficiles. Yash finit par rebondir, il aiguise sa science de la plomberie, se bricole une carte de visite et s?en remet au bouche à oreille.
Cette fois avec succès. Bureau et paperasse en semaine, lavabo et bidet le week-end, dix ans que ça dure, le shift est bien huilé. Si ça paye ? « Je touche environ Rs 5 000 par mois, soit le tiers de mon salaire de fonctionnaire. Mais je sacrifie ma famille, je n?ai pas vu grandir mon fils et j?ai oublié le goût des vacances. »
Swadick, 43 ans, Head Supervisor dans une usine de textile, ne se plaint pas : son activité bis d?électricien lui permet de rembourser le prêt de la maison. Soit, bon an mal an, Rs 9 000 par mois. Swadick, qui a appris sur le tas, s?enorgueillit aujourd?hui d?avoir « une clientèle haut de gamme ».
Son flair pour dénicher ce qu?il appelle les « bons contrats » n?est plus à démontrer. Au moins une fois par an, c?est le jackpot. Notre électricien cinq- étoiles empoche alors en quatre jours l?équivalent de son salaire mensuel à l?usine, soit Rs 8 000. « Ah ça ! le travail ne manque pas », assure-t-il. Au point d?appeler régulièrement ses cousins en renfort. Sa femme, elle, l?encourage à se professionnaliser en passant un certificat. Swadick n?en a cure, seuls le gain et « l?amour du travail bien fait » l?intéressent, le reste attendra?
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