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Deux femmes chiliennes dans la course présidentielle

10 décembre 2004, 00:00

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La presse se les arrache et l?on ne parle que d?elles. A un an de l?élection présidentielle au Chili, deux femmes occupent de façon inédite le devant de la scène. Michelle Bachelet, ancienne ministre de la défense, et Soledad Alvear, ex-ministre des affaires étrangères, ont la cinquantaine souriante et apparaissent grandes favorites dans les sondages.

Michelle Bachelet a une légère longueur d?avance. Ses pairs, au sein du Parti socialiste, l?ont déjà choisie comme précandidate pour la Concertation démocratique, la coalition de centre gauche au pouvoir. Soledad Alvear s?est lancée, elle aussi, mais elle doit attendre le verdict de son parti, la Démocratie chrétienne (DC). Des hommes lui disputent la place. Parmi eux, un ancien président de la République, Eduardo Frei, et le président de la DC, Adolfo Zaldivar.

Michelle Bachellet est blonde, Soledad Alvear est brune. L?une est charismatique et joviale, l?autre est plus guindée, mais respectée pour son expérience. Elles partagent l?ambition de moderniser le Chili en luttant contre les inégalités. Elles ont fréquenté la même école à Santiago. Malgré leur rivalité, elles ne manquent pas une occasion de se montrer ensemble. Refusant l?étiquette féministe, elles n?en dénoncent pas moins le machisme de la société chilienne. ?Pour les femmes, c?est toujours un peu plus difficile, surtout en politique?, affirme Mme Alvear.

A Santiago, chacun s?interroge sur cette féminisation inespérée de la politique. ?C?est une offre nouvelle et rafraîchissante?, estime le sociologue Antonio Cortes Terzi. La directrice de l?institut de sondage Mori, Marta Lagos, explique le phénomène ?par la perte de crédibilité des politiciens traditionnels?. Elle souligne que ?les femmes sont perçues comme moins contaminées par les scandales de corruption?. Quatre Chiliens sur cinq se déclarent disposés à voter pour une femme. ?Un climat médiatique s?est créé autour de ces deux femmes, mais cela peut se dégonfler d?ici à l?élection présidentielle?, nuance toutefois Marta Lagos.

La nomination de Michelle Bachelet au ministère de la défense, en janvier 2002, avait été jugée hautement symbolique. ?J?avais tous les péchés?, se rappelle-t-elle en riant. Elle est une femme, militante de gauche depuis les années 1970. Séparée, elle a élevé seule ses trois enfants. Elle est la fille d?un général de l?armée de l?air, mort en 1974 des suites des tortures que ses pairs lui avaient infligées après l?avoir arrêté au lendemain du coup d?Etat militaire. Le général Bachelet était demeuré loyal au gouvernement de Salvador Allende. Michelle Bachelet a révélé avoir été torturée pendant la dictature. ?Sans jamais avoir peur de montrer ses émotions?, elle est fière d?avoir su gagner le respect des militaires. Pédiatre de formation, elle a été ministre de la santé de Ricardo Lagos. Dans un pays où l?Eglise catholique est très puissante, elle s?est déclarée en faveur de l?avortement. Mme Bachelet affiche une grande confiance en elle, estimant qu??il n?est pas nécessaire de tout savoir, mais de savoir former des équipes et de savoir écouter?.

Tout aussi passionnée, Soledad Alvear est avocate. Ses pires ennemis lui reconnaissent une étonnante capacité de travail. Mariée depuis trente-deux ans à un leader de la DC, cela fait plus de quatorze ans qu?elle concilie son rôle de mère de trois enfants et les charges publiques. Elle a été la première ministre chargée du Service national de la femme. Ministre de la justice, elle a impulsé une réforme pénale. Ministre des affaires étrangères lorsque le Chili siégeait au Conseil de sécurité de l?ONU, elle s?est opposée à la guerre en Irak. Elle est convaincue que les femmes ont ?une façon d?exercer le pouvoir qui est basée sur la coopération plus que sur l?autorité?.

Christine LEGRAND

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