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Deux ?

20 mai 2007, 00:00

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Qui n?a remarqué que dans notre monde tout va par deux ? Terre Ciel, Jour Nuit, Été Hiver, Soleil Lune, etc.Cette dualité du monde commence dès l?Eden, lorsque Yahvé décide d?accompagner la solitude d?Adam par son « alter ego » féminin, Ève. Pour Platon, il n?existe pas l?Un sans l?Autre. À sa suite, tous les penseurs ont bien compris que toute chose n?EST que par opposition à ce qui N?EST PAS ; et constaté que tout ce qui prend vie et réalité n?existe que par son contraire. Ainsi, le Jour et la Nuit ne se conçoivent qu?en tant que différents : sans la nuit, le jour n?aurait pas de sens.

Cette notion duelle n?est nullement une spéculation de philosophe, elle participe constamment de notre quotidien et implique cet équilibre par antagonisme qui permet la multiplication de la vie. De l?homme fécondant la femme naît l?enfant. Dans le retour des saisons, se renouvelle la nature. Comme l?eau éteint le feu, l?ombre abolit la lumière. Pour Manès, (fondateur du manichéisme en Perse, assez comparable au mazdéisme, doctrine de Zoroastre) le monde est le terrain d?une lutte perpétuelle entre les forces de la lumière et des ténèbres. Ainsi l?homme lui-même est sollicité par les nécessités de la matière (principe mauvais) et la clarté de son jugement, son sens de la morale qui est le guide spirituel de ses actions : sa liberté de penser lui donne le choix.

Ces deux forces antagonistes, on les retrouve dans la conception du Bien et du Mal selon le Christianisme : entre Dieu et Satan, c?est une lutte sans fin.

Chez les Iraniens, toute vie a deux portes : celle de l?entrée dans l?existence et celle de la sortie, la mort. Dans toutes les civilisations, la naissance au monde est fêtée. On se garde alors de penser à la « porte de sortie ». Dans les contes de fées de notre enfance, les forces du mal symbolisées par ces sorcières messagères de la Mort, entourent le berceau du nouveau-né pour lui jeter des prédictions funestes, heureusement combattues par les bonnes fées, gardiennes de vie.

Cependant, il y a un autre aspect de cette dualité du monde, un aspect complémentaire, que nous venons d?évoquer dans le couple Homme-Femme. Pour nous humains de cette planète, la bi-polarité sexuelle est le bienfait suprême qui engendre et protège la vie contre les embûches de la mort. Si l?homme est un être social, c?est d?abord parce qu?il fait l?expérience du quotidien partagé entre homme et femme. Le couple qui, selon la définition dynamique qu?en donne la Physique, est « un équilibre réalisé entre deux forces opposées » forme ce tout que symbolise le module chinois du Ying-Yang. « Que le don absolu d?un être à un autre, qui ne peut exister sans sa réciprocité, soit aux yeux de tous la seule passerelle naturelle et surnaturelle jetée sur la vie », écrivait le poète sur-réaliste André Breton. Et ces vers d?Eluard, poète de la tendresse :

« Tu es venue j?étais très triste j?ai dit oui

C?est à partir de toi que j?ai dit oui au monde

Petite fille je t?aimais comme un garçon

Ne peut aimer que son enfance? »

Ce monde bipartite, nous le constatons en nous-mêmes d?abord. Deux yeux, deux oreilles, deux bras, deux jambes, deux poumons, deux reins, etc. Symétrie, non plus concurrente, mais complémentaire ; ou plutôt supplémentaire. Si l?on perd un oeil, l?autre nous « dépannera ». Même recours pour l?autre bras, l?autre main, l?autre jambe. Du blanc au noir, du rire au chagrin, de la gaîté à la tristesse, de l?amour à la haine, nous avons sans cesse accès à ces deux couleurs du temps de vivre. Pour le philosophe Platon (où la civilisation occidentale a puisé beaucoup), l?idéal d?une vie est dans le culte des valeurs positives : ce qui est bon, juste, vrai, beau résume la vertu ? ce qui est bien. Et l?on en vient par ce constat à la dualité où l?homme s?incorpore : l?âme et le corps? C?est le thème des « Essais » de Montaigne : vivre dans la sagesse pour se préparer à accepter la mort.

Nombreuses sont les expressions courantes qui se réfèrent au chiffre deux : faire ni une ni deux, deux à deux, couper la poire en deux, entre les deux son c?ur balance, à deux pas d?ici, marcher deux par deux, jamais deux sans trois, etc.

Le deux, c?est aussi l?autre soi-même, son double, ou le reflet de Narcisse dans l?eau du lac. C?est celui qu?au fond de soi-même l?on ne connaît jamais vraiment? D?où : « faire un acte dans un état second ». C?est dans les légendes celtiques, le cavalier noir, le messager de la Mort? Le monde d?ici-bas opposé au monde de l?au-delà.

Mais souvenons-nous plutôt de l?image du « Cantique des cantiques », célébrant les beautés de l?aimée : « Ses deux seins sont deux faons jumeaux d?une gazelle »?

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