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Destinée multiple
Chaque date charnière dans l?histoire d?un pays est ponctuée par la quête de sens nouveaux. Parce qu?ils sont programmés, certains de ces sens ne revêtent pas d?importance capitale. D?autres, par contre, réinventent l?idée que les citoyens se font d?eux-mêmes, de la société et du pays dans lequel ils vivent leur citoyenneté en tant que l?expression de leurs devoirs et de leurs attentes. En 2005, bien plus qu?une alternance politique, l?île Maurice vit un autre de ces moments. Il ne s?agit pas seulement d?une aspiration sociale plus prononcée ou d?une plus grande proximité des élus avec le peuple.
Il est davantage question d?une appropriation de l?histoire dans ce qu?elle contient d?idées et de pratiques bien-pensantes. Du moins d?une pensée légitimée par un certain nombre de symboles et de définitions et de conceptions rattachées au drapeau mauricien lui-même. C?est dire la recherche de la raison du coeur, loin de la raison cartésienne propre à une certaine civilisation occidentale, qui s?est exprimée en cette année 2005. Les interprétations simplistes nous ramènent aux fameuses expressions telles la fracture sociale ou celle du pays. Dans les faits, nous ne sommes pas si loin de ces lectures réductrices. Mais, dans le fond, l?histoire de l?inconscient mauricien nous enseigne qu?il existe une réelle césure. Celle qui revendique une intelligence collective qui correspond plus à l?image de carte postale que nous nous faisons du pays. Soit qu?il existerait un vécu culturel et identitaire dense. Et celle qui tire la sève de la nation dans un populisme de bas étage.
C?est une lecture critique qui peut être dérangeante. Mais, en l?absence d?une culture de la recherche, il n?existe d?autre voie que celle de l?empirisme pour analyser l?évolution de la société mauricienne. Les figures sociales restent, en ce sens, résolument floues. Il y a, à cet effet, davantage une propension à lire l?individu comme un ethno-type que comme un socio-type à Maurice. Parallèlement, le compartimentage géographique de la population étaye la thèse d?une fragmentation souterraine.
C?est la lutte que se livre une pseudo modernité et une fascination obsessionnelle de la tradition. Telle est, dans une certaine mesure, l?aventure que connaît la société mauricienne en ce début de millénaire. Réelle dépendance contre vain désir de transcendance. L?abolition de l?historicité au profit d?un passé porté en bandoulière pour mieux faire ressortir les singularités et les incontournables spécificités d?une nation. Si l?inconscient social est, lui, bien en marche, par contre la réalité sociale reste bloquée sur des idées reçues. La volonté est bien là mais la raison, elle, s?est égarée en cours de route.
Toutefois chaque tournant étant une opportunité, il importe de continuer à construire en dépit d?un rapport vicié à l?autorité. Vicié du fait qu?il dépend de l?identité du détenteur de cette autorité. Ce qui explique le sentiment de dépossession qui peut nous habiter car le pouvoir est détenu par quelqu?un auquel on ne s?identifie pas. C?est un paradoxe absolu parce que nous sommes toujours dans le domaine des symboles. Définitivement, nous n?en sortons pas. Heureusement que la transformation structurelle et économique de la société, même celle qui s?accroche aux plus prestigieux vestiges du passé, est irrémédiable.
Entre le parti du mouvement et celui de l?immobilisme, en sachant que seules les transformations qui participent du réformisme incarnent le mouvement, il importe aujourd?hui de proposer une nouvelle dynamique de réflexion. C?est la responsabilité de tout un chacun et certainement pas celle des seuls politiques.
C?est le grand défi de cette époque. Nous ne sommes plus à l?époque des révélations et des miracles. Il y a un effort réel à entreprendre pour doter de sens une nation, pour lui trouver un dessein, pour esquisser cette identité pleine qui liquidera enfin les fantasmes collectifs. A défaut de quoi, ce seront autant d?années perdues à essayer de prouver seulement qu?on a eu raison. Alors que la vérité n?a jamais été par une poignée seulement de personnes?
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