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Descendants d?esclaves aux XIXe ? XXe siècles ? 4*

14 février 2007, 00:00

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Tâchons de jalonner l?histoire des descendants d?esclaves aux XIXe et XXe siècles. Nous avons constaté une dissociation, au XIXe siècle, entre la défense des descendants d?esclaves et la promotion de la population de couleur. Celle-ci retrouve, en 1829, six ans donc avant l?abolition de l?esclavage, l?usage de ses droits civils et politiques, confisqués par Decaen. Rémy Ollier affirme que nul ne fera plier le front brun des hommes de couleur ?que la liberté a peint des couleurs de son soleil?. Il ne paraît toutefois pas s?émouvoir outre mesure du sort des affranchis et descendants d?esclaves.

Il semble donc que tous ceux qui, après et à l?instar de Rémy Ollier, militent en faveur de la promotion de la population de couleur, et plus exactement de sa petite et moyenne bourgeoisie, par opposition à la haute et oligarchique, montrent un intérêt moindre pour les descendants d?esclaves, considérés comme faisant partie de la classe ouvrière, au même titre que les travailleurs indiens engagés, de plus en plus nombreux. S?il s?avère, cela prouverait que la lutte des classes l?emporte au XIXe siècle sur la lutte des races. On peut y voir une confirmation dans l?assimilation d?un Sir Virgil Naz, pourtant coloré, au sein de l?oligarchie conservatrice, au point que ce riche nouveau propriétaire de La Sentinelle, le journal fondé par Rémy Ollier, trahisse l?essence même du combat de celui-ci en faveur de la population de couleur. L?argent n?a pas plus de couleur que d?odeur.

Plus on s?éloigne, dans le temps, de l?abolition de l?esclavage et davantage s?estompe la notion de descendants d?esclaves, peut-être pas dans la mémoire douloureuse de ceux-ci mais au sein du débat politique. Il ne faut donc pas s?étonner de la quasi-absence de toute préoccupation en faveur des descendants d?esclaves dans la pensée politique des tribuns politiques de couleur de la première moitié du XXe siècle. Se reconnaissent-ils seulement descendants d?esclaves ? Assument-ils la part d?africanité dans leur ascendance ?

A la mi-XXe siècle sonne un double réveil politique : celui de la population mauricienne d?origine indienne et celui du militantisme de la classe ouvrière avec l?action politique de Maurice Curé, la création de son Parti Travailliste, les grèves cum fusillades de 1937 et de 1943, le militantisme d?Emmanuel Anquetil et de Guy Rozemont.

Notons surtout l?absence, en 1935, de toute célébration du centenaire de l?abolition de l?esclavage. Le réveil, ne passant guère inaperçu, de notre monde ouvrier, relève, une fois de plus, davantage de la lutte des classes que d?une rivalité ethnique. Descendants d?esclaves et de coolies luttent alors la main dans la main pour vaincre la fatalité de la misère et de l?exploitation éhontée de l?homme par l?homme. Les fils de l?Inde langoureuse et de la brûlante Afrique se côtoient et partagent une commune misère qu?elle soit tristement faubourienne ou désespérément villageoise et pire encore sucrière.

Sir Seewoosagur Ramgoolam conquerra le suffrage universel, les droits et les espoirs politiques, tant pour les descendants de coolies que pour ceux des esclaves. L?accession de Maurice à l?indépendance politique et la fin d?une période coloniale, complice, pas toujours volontaire, de bien de nos maux, seront réjouissance pour les uns et déception et frustration pour les autres. Le ver communaliste ronge déjà la famille mauricienne qui tend de plus en plus à se subdiviser à l?infini en classes et sous-castes sociales, en races et sous-espèces humaines.

On ne parle toujours pas ou presque de descendants d?esclaves. Il ne faut pas jeter la pierre à ceux qui croient bien faire en couvrant d?oubli et peut-être même d?interdit la mémoire de la passion crucifiante de notre descendance d?esclaves. Ne jetons aucune pierre, aussi lâche que sans gloire, sur aucun trépassé. Rendons plutôt hommage aux frères Sylvio et Elie Michel et à leur Organisation Fraternelle. Ils savent extirper de nos commodes oubliettes nos descendants d?esclaves pour leur rendre dignité et fierté, à défaut de compensation. Ils savent réveiller nos consciences endormies. Une prochaine chronique jalonnera les temps forts de leur action prophétique.

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