Publicité

Des témoins racontent

20 octobre 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ils étaient une centaine hier matin à faire le va-et-vient entre le domicile de Farook et Farzley Bhugeloo, morts sous les balles de leur frère Eshan jeudi à Petit-Verger. C?était peu avant la levée des corps. Tous étaient venus témoigner de leur soutien moral, aux familles endeuillées. Farzley avait 36 ans et Farook, 62 ans.

Colère, tristesse et incompréhension se lisaient, sur les visages. Certains se demandaient encore, quelles étaient les raisons qui ont poussé Eshan Bhugeloo, 35 ans, marié et père de deux enfants en bas âge, à commettre l?irréparable.

Après avoir tiré sur son voisin, Dawood Elahee Domun, 63 ans, qui en est mort, il a retourné l?arme contre lui.

Outre les quatre morts à déplorer, on compte des blessés, victime de la fureur d?Eshan : son neveu, Taheer Ahmad Kaudeer, 17 ans, Ammeena Bhugeloo, 53 ans, l?épouse de Farook, Ali Dina Bhugeloo, 53 ans, alias Baboo et Reeaz Bhugeloo, 33 ans. Ce dernier a été admis à l?Intensive Care Unit de l?hôpital Jeetoo à Port Louis. Son état de santé est jugé très préoccupant. A noter qu?Eshan et Farzley sont nés d?une autre mère que Farook et Ali Dina Bhugeloo.

A une cinquantaine de mètres du domicile des deux frères, une autre foule s?est massée. Nous sommes dans l?impasse menant à la demeure de Dawood Doomun. Sa fille est inconsolable.

D?abord incrédule, elle reste sous le choc : « Mo papa ti ene dimun bien trankil. Li ti pas so letan dan so plantation. Mo pa konpran ki fer Eshan finn touy ». Les larmes l?empêchent de poursuivre.

Pendant ce temps, la dépouille d?Eshan Bhugeloo reposait chez ses beaux-parents à Trèfles, Rose-Hill, et non à son domicile de Petit-Verger. « Ti preferab fer ka laba sinon ti pu kapav gagn problem ici. Ena enn bann la tete enkor so ici », a laissé échappé un proche parent de la victime.

« Ki to ete twa ? Enn mari ! ?»

Ce dernier, qui a voulu garder l?anonymat, nous confie, qu?il ne s?est toujours pas remis de cette fusillade, dont il a été témoin. « Latet sofe letan mo truv sa aksion la divan mwa. Kan mo finn truv lacervel lor sime, mo pa finn dormi ditou », poursuit-il. Ces images d?horreur continuent à le hanter. Il raconte?

Il est environ 16 h 20 lorsqu?il entend des coups de feu qui proviennent de la cour où habitent ses oncles, Eshan et Farzley. Lorsqu?il se rend sur la route principale quelques minutes plus tard, il voit Dawood, qui tente de raisonner Eshan, armé d?une carabine.

« Eh ! Ki to pe fer ? Pa fer sa ! », lui lance le sexagénaire. Mais Eshan est fou de rage. Il menace de sa carabine le vieillard : « Ki to ete twa ? Enn mari ! ?»

En un instant, il passe à l?acte : Dawood s?écroule sous les balles du forcené. Au même moment, deux fourgons de l?Emergency Response Service arrivent sur place. Dawood gît sur l?asphalte, dans une mare de sang.

Quelques policiers s?approchent du blessé, pour le conduire à l?hôpital. Mais Eshan fait feu sur un des fourgons de la police. Face à une telle folie, les policiers ne peuvent que battre en retraite une centaine de mètres plus loin.

La panique est totale chez les voisins. L?un d?eux supplie Eshan de jeter son arme. Les autres rentrent se réfugier chez eux.

Mais Eshan ne veut rien entendre. Il fulmine : « Si ena bann bon zom, desann dan la ri ». Les policiers, entre-temps, assistent, impuissants, à la scène.« Mo pa kompran kifer enn lapolis pa finn servi so fisi. Li ti kapav touy plis dimun ki sa mai zot pa ti pu fer narien », laisse échapper un habitant. Eshan n?ira pas plus loin.

Selon les témoignages recueillis, il retourne l?arme contre lui. « Li finn esay pez lor detent mais li pa finn gagn porter. Li fine monte lor trotwar, ler la li fine tir ene kout bal. Ayo mo mama. Mo pe retruv ca divan mwa. Ene bout so kran ek so cv finn tom lor coltar ». Tout cela devant les regards ahuris de la foule.

Le drame qui s?est joué à Petit-Verger jeudi après-midi peut-il résulter d?une banale histoire de paillasson comme l?explique certains. Un paillasson qu?aurait fait glisser son fils. Eshan aurait alors blâmé son frère Farzley pour cet incident.

Mais en réalité, expliquent ses proches, la colère d?Eshan proviendrait d?un litige autour de l?héritage d?un terrain laissé par ses parents. Un cousin des défunts explique avec inquiétude : « Malheuresement ca zistoir la pa pou fini lamem. Ena ene enkor ene nouvo zeneration? »

LES CONDITIONS POUR L?OBTENTION D?UN PERMIS DE PORT D?ARMES

Le port d?armes à feu est, en théorie, rigidement réglementé. La législation y relative, a été mise à jour il y a à peine six mois. Les législateurs, dont le Premier ministre Navin Ramgoolam, avaient beaucoup mis l?accent sur la nécessité de s?assurer que la loi soit rigoureusement appliquée. Le nouveau «Firearms Act» définit une arme à feu comme toute arme à canon qui peut tuer et duquel un projectile peut être tiré. Les silencieux destinés à étouffer le bruit d?un coup de feu, font également partie de l?arme. Les jouets ou imitations d?armes qui sont activés par un ressort ne comptent pas. Les pièces d?antiquité non plus. A moins qu?on achète des munitions pour aller avec. Cette loi préconise un contrôle strict sur celui qui commercialise les armes à feu et sur celui qui en porte une. L?autorité qui doit exercer ce contrôle est la police et elle le fera en veillant à ce que les conditions pour l?obtention d?un permis soient respectées. Ces conditions sont comme suit :

● Le demandeur de permis devra démontrer sa capacité à manier son arme prudemment. Pour cela, il devra se plier à un cours dispensé par la police sur la manipulation et l?entretien de l?arme pour laquelle il sollicite un permis. Au terme de ce cours, un certificat de compétence lui sera décerné. Ce document a une validité de cinq ans.

● Le demandeur devra également satisfaire la police qu?il n?a pas de penchant pour la violence sur autrui et qu?il n?est pas suicidaire. Cette précaution vise à prévenir les bains de sang déclenchés par un accès de folie meurtrière, par exemple.

● Le demandeur devra avoir un casier judiciaire vierge. Il ne doit surtout pas avoir été impliqué dans des scènes de violences impliquant des armes à feu. Il doit également démontrer qu?il n?est pas dépendant d?une substance narcotique quelconque.

● Si le demandeur veut porter une arme dans le but de pouvoir aller chasser, il devra fournir une lettre signée d?un propriétaire d?un terrain de chasse se portant garant de sa bonne foi.

● Le demandeur doit pouvoir donner la garantie qu?il possède des facilités adéquates pour assurer que son arme à feu est conservée en toute sécurité à tout moment. En particulier, il doit posséder un coffre-fort qui garantira contre le vol de l?arme et sa maison doit être dotée d?un système antivol.

● Le permis de port d?armes à feu n?est pas transférable. Si une société souhaite donner une arme à son employé, elle doit au préalable obtenir un permis de port d?armes au nom de celui-ci. L?employé devra se soumettre à la procédure normale et obtenir son certificat de compétence. L?employeur, lui, devra construire un lieu de stockage sûr où garder les armes.

Toute infraction à ces conditions est punissable de fortes amendes et possiblement de prison. Le montant de l?amende varie dans la fourchette de Rs 50 000 et Rs 200 000. L?emprisonnement pourra durer un maximum de 15 ans. Porter une arme à feu sous l?influence de l?alcool est un délit et le coupable peut écoper Rs 100 000 d?amende ou cinq ans de prison. Si un propriétaire ayant perdu son arme ne rapporte pas la perte à la police dans les 48 heures qui suivent, il paiera une amende allant jusqu?à Rs 50 000.

Le « Firearms Act » de 2006 prévoit également un contrôle strict des armuriers et négociants en armes à feu. La police est censée créer un fichier central qui réunira les données sur toutes les personnes qui ont une relation quelconque avec les armes à feu : armurier, importateur, exportateur, chasseur, agent de sécurité? Chaque personne fichée le sera par rapport au type d?arme pour lequel il détient un permis. La police tiendra également un registre des négociants d?armes et d?armuriers. Ces derniers devront se conformer à la loi pour continuer à y figurer la-dedans et donc continuer à opérer.

Ces mesures devraient permettre de retracer les porteurs d?armes à feu à tout moment, où qu?ils soient. A cette même fin, les armuriers sont tenus à garder un registre de toutes leurs transactions. Ce livre ainsi que leurs stocks pourront être inspectés à tout moment par la police. Un refus de collaborer est passible d?une amende ne dépassant pas Rs 50 000.

Publicité