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Des sidéens se marient en prison

25 septembre 2005, 00:00

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Tout est possible derrière les barreaux. Un détenu séropositif de la New Wing de Beau-Bassin s?est marié dans les bureaux de l?État civil cette semaine. Et il n?est pas le premier prisonnier atteint du sida à convoler.

Cette situation est très mal vue par certains gardiens, qui se demandent si les nouvelles mariées sont au courant de la maladie de leurs conjoints. Cela soulève des questions sur le droit d?une personne d?être informée de la séropositivité de son partenaire. « On ne peut rien dire, mais est-ce qu?elles savent à quoi elles doivent s?attendre ? », se demande un officier. Interrogations légitimes, même si le mariage ne sera pas consommé de sitôt.

Les médecins, eux, sont encore plus embêtés, car ils sont tenus par le secret professionnel. « Il n?y a aucune loi qui nous permet d?informer une personne que son partenaire est séropositif, même si nous le souhaitons, car après tout, notre mission est de limiter la transmission », commente le Dr Renaud Ng Man Sun, le National Aids Coordinator de l?Aids Unit.

Informer ou pas, la question dérange. Et fait débat. « Pour certaines personnes, ne pas informer constitue une barrière à la prévention. D?autres considèrent que c?est une violation des droits humains que de divulguer la maladie d?une personne. Mais que fait-on des droits du partenaire sain ? », demande encore le Dr Ng Man Sun.

Il fait remarquer que dans certains cas, il est possible d?informer un individu de la maladie de son conjoint. « Par exemple, il serait tout à fait normal de dire à une personne que son conjoint est atteint de cancer. Mais pour le sida, ce n?est pas possible, à cause de la stigmatisation que connaît la maladie. Ena dimounes capav dir ki nou pé seye casse ménaz ! »

Pour lui, le droit à l?information est primordial. « Je crois sincèrement que cette dame aurait dû être avertie ; elle aurait alors pu prendre une décision informée. Mais nous sommes tenus par la confidentialité. »

En attendant, l?Aids Unit fait ce qu?elle peut pour contenir la maladie. Un suivi est systématiquement effectué sur le partenaire d?un séropositif. À condition toutefois qu?il y mette du sien? « Nous encourageons ces malades à nous donner l?opportunité de contacter leurs conjoints. Malgré certaines réticences, beaucoup comprennent notre démarche. Nous annonçons alors la nouvelle au partenaire et nous lui proposons de subir un test de dépistage. »

On réserve pourtant un autre traitement au ressortissant étranger qui souhaite épouser un citoyen mauricien. L?état civil exige de l?étranger un certificat médical attestant qu?il ne souffre d?aucune maladie contagieuse ou du sida. Une exigence que l?association Prévention, information et lutte contre le sida (Pils) juge discriminatoire.

Dhiren Moher, président de l?O.N.G., s?étonne de l?ignorance de l?épouse du détenu sur sa maladie. « Tout le monde sait que la plupart des prisonniers incarcérés à la New Wing sont séropositifs ! », lâche-t-il, en maintenant la proposition toute simple lancée par Pils : avant de contracter un mariage, les deux conjoints devraient consentir mutuellement à subir un examen médical, comme cela se fait dans d?autres pays. En attendant, le prisonnier Steve Suntoo, qui était en phase terminale ? il était atteint du sida ? est mort, hier, à l?hôpital de Rose-Belle, dans l?aile réservée aux prisonniers.

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