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Des mines aux assiettes : des oxydes de fer bénéfiques
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Des mines aux assiettes : des oxydes de fer bénéfiques
LA ROUILLE ronge le fer disait notre livre de lecture primaire. Le métal gris, dur mais pas durable, retourne aisément à ses premières amours en passant de fer à ferraille. Car l?oxygène, son partenaire naturel dans le sol, est là qui attend son heure pour reprendre son conjoint et le ronger jusqu?au coeur. La réunion, dite corrosion, ne comprend pas seulement l?oxygène mais aussi de l?eau. Elle s?opère avec la bénédiction de faibles courants électriques naissant localement.
Pour empêcher ces retrouvailles, on prend des dispositions qui maintiennent séparées des molécules trop désireuses de renouer leurs rapports. Des couches diverses peuvent s?ériger en barrières : huile, graisse, peinture ou même métal. Le feuil de peinture doit être sans faille et certains dérivés de plomb agissent particulièrement bien comme gardiens du célibat métallique.
Le pinceau peut appliquer l?huile ou la peinture mais la couche de métal se dépose en plongeant le fer dans un bain de zinc fondu. A l?origine, la déposition était électrolytique, d?où le nom galvanisation en l?honneur de Galvani et de ses travaux sur l?électricité.
Le zinc pousse même sa bienveillance jusqu?au sacrifice. Selon les spécialistes, si un bloc de ce métal convenablement enterré est relié par un conducteur à un portail, il ne rouille pas : les attaques de l?atmosphère contre le fer sont répercutées sur le zinc qui se corrode.
L?étain protège aussi le fer. Couché sur ce métal sensible, il fait le fer blanc des boîtes de conserves. Ce faux blanc était abondant dans le passé pour de nombreux récipients et nourrissait un bon petit métier, celui de ferblantier. Les rares artisans d?aujourd?hui utilisent de la tôle galvanisée.
Mais si le métal succombe, l?oxyde n?oublie pas qu?il est de fer. La qualité métallique perdue se retrouve grâce à la chaleur. Un mélange de poudre d?aluminium et d?oxyde de fer mis à feu dans un creuset par un peu de magnésium, s?excite en réaction si violente que du fer fondu s?écoule du récipient. Par ailleurs les qualités métalliques d?une pièce rouillée peuvent être récupérées. Des préparations d?acide chlorhydrique ou phosphorique sont bien connues du bricoleur.
Parmi les autres agents de récupération citons la mélasse prêchée par des Australiens. Elle contient des molécules dites chelating agents qui grattent lentement mais sûrement. L?archéologue opère autrement. Il entoure ses articles abîmés de parcelles de zinc et les plonge dans un bain de soude caustique. L?aide du temps est requise mais on l?abrège en utilisant un courant électrique . L?objet rouillé est relié au pôle négatif et un morceau de fer au positif, le tout baignant dans une solution diluée de soude caustique.
Il ne faudrait toutefois pas pester contre les oxydes de fer. Ainsi la palette du peintre comprend des pigments les contenant et donnant de beaux rouges. L?orfèvre à son tour fait briller les yeux de ses clientes avec des bijoux dont l?éclat vient d?un frottement avec un oxyde de fer, dit rouge des bijoutiers, ou colcotar. Cet oxyde prête aussi son concours au verre. Au temps où les amateurs fabriquaient leurs miroirs de télescopes, il permettait un dernier polissage du verre, creusé en parabole, avant de l?argenter.
Molécules menaçantes
Ces oxydes roux ou rouges se font non seulement aimer en peinture mais deviennent même aimants dont le magnétisme détourne la boussole de son droit chemin. Poussant plus loin leurs dons, ces oxydes s?agglutinent en ferrites qui donnent meilleure mémoire aux ordinateurs. Enfin ce sont eux aussi qui revêtent des bandes de plastique enregistrant musiques ou scènes. Pour notre plaisir parfois mais aussi hélas pour conserver sons et images qui ne méritent même pas d?être éphémères.
Pour une santé de fer dirait l?humoriste il faut dans le corps une bonne dose de ce métal. En effet il fait partie de la molécule d?hémoglobine qui donne son rouge au sang. Saluons donc son rôle d?autant plus bas qu?il est aussi essentiel aux plantes. En son absence elles jaunissent au lieu de jouir de la vie.
La couleur du sang n?est pas le seul rouge du fer car un réactif colore en vermillon des solutions ferrugineuses. On décèle donc le métal gris par ce rouge éminent quand on mélange les liqueurs dans une éprouvette. Pour ne pas être exclusivement gauchiste le métal se laisse aussi reconnaître par une réaction virant au bleu. Cette couleur, dite bleu de Prusse, découverte au début du XVIIIe marqua un tournant dans l?emploi de pigments en peinture car auparavant les artistes ne disposaient pas de beau bleu à bas prix.
L?azur est dit céleste mais de là-haut tombent aussi des bombes qui sans être nucléaires répandent des déchets radioactifs. La Food and Drug Administration américaine encourage des études sur le rôle du bleu de Prusse dans la protection du corps contre ces molécules menaçantes. Et quand succès il y aura, le savant le célébrera au goulot de quelque bonne vieille bouteille dont le vert doit encore sa teinte au fer.
?Pour une santé de fer, dirait l?humoriste, il faut dans le corps une bonne dose de ce minéral. En effet, il fait partie de la molécule qui donne son rouge au sang. Le métal se laisse aussi reconnaître par une réaction virant au bleu. Cette couleur, dite bleu de Prusse (...) marqua un tournant dans l?emploi de pigments de peinture.?
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