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Des infirmières en crise

23 avril 2006, 00:00

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Les années passent et se ressemblent. Pour les infirmières de l?hôpital du Nord, cette maxime est hélas encore d?actualité, alors que l?on s?apprête à célébrer la journée internationale des Infirmiers le 12 mai. Le thème cette année est « Safe staffing saves life ».

Farida, Annette et Lucinda (prénoms fictifs) arborent sur leur uniforme des épaulettes bleues à trois bandes dorées, signe qu?elles ont passé presque un quart de siècle dans les couloirs de l?hôpital. La dernière crise qu?elles ont essuyée ? le chikungunya ? les ont épuisées. « Il n?y a rien de plus démoralisant que d?aller à l?hôpital tous les jours en sachant que votre charge de travail, sans parler du manque de ressources et de soutien, est en train d?affecter la qualité des soins offerte aux patients », confie Farida.

Elles ont dû travailler plusieurs nuits avec des ressources limitées, parce que le chikungunya n?a pas épargné les blouses blanches. Le manque de confort n?a jamais autant fait défaut. Les nombreuses missives expédiées aux responsables pour signaler cet état de choses n?ont pas eu d?écho. « Nos supérieurs ne se soucient guère de notre bien-être, de notre santé et du fait que nous sommes souvent confrontées à la violence morale et physique », souligne amèrement Annette.

Les services ont été constamment agrandis, perfectionnés et améliorés, mais qu?en est-il des conditions de travail des infirmiers ? Elles montrent la minuscule salle de repos des infirmières, au toit suintant, et devant lequel passe un ballet de lits à longueur de journée.

Sans parler de la changing room décrépite utilisée également comme salle de repos, mais où paradoxalement rien n?invite au repos. « Cela fait quatre ans que l?on a ouvert un service de périnatalité. Mais pour le personnel, on n?a prévu ni dortoir ni mess ! » « Pire, isi zot dezabiy St-Paul pou abiy St-Pierre », lance Lucinda. Ainsi, plusieurs compartiments comme des changing rooms et un bureau pour la Charge Nurse ont été convertis pour accueillir un cabinet de consultation, un local pour le Samu et un autre pour l?orthopédie.

Dans les circonstances actuelles, faut-il s?étonner que les infirmiers cèdent parfois à la colère et menacent de descendre dans la rue pour revendiquer de meilleures conditions ?

« On se sent dévalorisés alors que nous constituons un maillon essentiel du service de santé. Il est temps que les responsables reconnaissent la véritable contribution des infirmières », affirme Farida. Elle s?insurge aussi contre l?absence de refresher courses ou de formation continue qui leur permettrait d?améliorer le service et de gravir les échelons. « Si on veut maintenir la qualité des soins comment espérer y parvenir en traitant les infirmières de la sorte ? Nous travaillons dans des services spécialisés, mais cela ne se reflète pas sur notre fiche de paye? »

<B>Un « yes man » </B>

Les blouses blanches sont bien placées pour conseiller le gouvernement et les responsables de santé sur les réformes à entreprendre dans ce domaine. « Y a-t-il des gens qui connaissent mieux le terrain et qui sont plus au courant des besoins des malades que nous ? Pourtant, nous n?avons jamais eu voix au chapitre. » Les réunions hebdomadaires, orchestrées par l?ancien ministre de la Santé dans les hôpitaux régionaux, disent-elles, n?étaient que des farces. « Le chef qui nous représentait était un yes man? »

Et la situation n?est pas prête de s?améliorer. Ainsi, 20 % des infirmiers diplômés ont immigré vers l?Europe et les États-Unis ces dernières années. Comme nos trois interlocutrices, la plupart des jeunes affirment que si c?était à refaire, elles ne choisiraient pas cette profession.

Le recrutement est une donnée infime de la solution. « On pourra toujours attirer les jeunes, mais nous ne pourrons pas les garder, à moins d?améliorer leurs conditions de travail. »

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