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Des ?hégémonistes? crient à l?hégémonie

28 mai 2006, 20:00

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Poursuivons notre revue des principaux événements de l?année 1956 et les commentaires qu?a pu susciter cette actualité d?il y a 50 ans. Nous sommes arrivés à la fin d?août et au début de septembre de cette année. Cette période voit la fin de la campagne électorale, précédant les municipales du 2 septembre 1956. L?on sait que les travaillistes ont multiplié les accusations de fraude contre leurs adversaires du Ralliement mauricien (RM), devenu par la suite le Parti mauricien et le Parti mauricien social démocrate.

Ils remettent en cause les élections municipales de 1953, ayant vu la victoire du parti adverse. (Heureux temps ne comptant que deux partis politiques ! Même pas assez, en 2006, pour faire une alliance politique). Ils obtiennent la nomination de la commission d?enquête Keith-Lucas qui retiendra quelques-unes de leurs accusations contre le RM et surtout contre le maire de 1953, Abdool Razack Mohamed.

Ils réclament alors la dissolution du conseil municipal élu en 1953. Les conseillers municipaux travaillistes, dont Guy Rozemont, alors sur son lit de mort, démissionnent en bloc. Le gouverneur Scott refuse de dissoudre ce conseil municipal et opte pour des élections municipales anticipées qu?il fixe au 2 septembre 1956.

La campagne électorale donne lieu à quelques commentaires où fleurissent les termes ?hégémonie? oligarchie? ploutocratie? capitalisme?, hostiles à la communauté blanche, présentée comme voulant dominer les autres sections de la population mauricienne, y compris la population créole ou de couleur. Ces attaques s?expliquent par le fait que la principale source de référence de cette chronique est le journal travailliste et ramgoolamien Advance. C?est pour cette raison qu?on n?entend ici qu?un seul son de cloche.

Il y a d?abord un vieux Portlouisien qui a l?avantage d?évoquer la figure emblématique du grand Laurent. Ecoutons-le.

Un vieux Portlouisien demande : ?Qui veut duper les électeurs ?? Il s?intéresse à la politique active depuis le retrait d?Eugène Laurent, le grand Laurent, dont il fut un des lieutenants et il s?en honore. C?était alors un plaisir, dit-il, de faire de la politique avec des gens probes, harmonisant leur conduite à leurs principes. Il cite à cet effet Anatole de Boucherville, Jacques Levieux, Moïse Edouard.

Les blancs, faisant partie de l?Action libérale, sont sincères et veulent honnêtement le rapprochement des différentes communautés humaines. Ils combattent les oligarques mais en les respectant. Rien de tel chez les blancs du Parti mauricien qui entendent se servir des autres communautés pour étendre leur domination. Ils sont les descendants des adversaires des blancs, luttant aux côtés du grand Laurent.

Ils veulent que le petit peuple demeure dans une situation d?infériorité par rapport à leurs maîtres. Ils excellent dans l?art du camouflage de leur haine raciale. Ils sont les descendants de ceux qui tirèrent, en 1911, des coups de feu sur les partisans du grand Laurent. Ils viennent, en 1956, cajoler ceux dont les pères ont été tués par la ?mitraille oligarchique?. Ils viennent à présent demander aux hommes de couleur de coopérer. Si Eugène Laurent était encore vivant, il ne choisirait certes pas, en 1956, la route du Parti mauricien car elle mène à la servitude de l?homme de couleur, à son anéantissement, à son retour à la servitude.

Tout comme l?hindou, l?homme de couleur souffre économiquement. Le mythe de l?hégémonie hindoue est inventé pour perpétuer la domination oligarchique, l?hégémonie capitaliste. Le Parti mauricien est l?avatar du G.P.U.M. En 1953, le journal le mauricien réclamait des politiciens honnêtes.

Combien de candidats du Parti mauricien se qualifient à ce qualificatif en 1956 ? Les vieux Portlouisiens se souviennent que les Raoul Rivet, les Jules Koenig, les Edgar Laurent furent combattus en 1925 par ceux qui dirigent aujourd?hui le Parti mauricien ou leurs enfants. Ils se souviennent que ce trio faisait alors appel à la communauté hindoue pour combattre la ploutocratie blanche. Qui a changé depuis ? La ploutocratie ne change jamais. Elle ne connaît que la domination.

Un lecteur, toujours d?Advance, prend la suite et demande où se trouve l?hégémonie. Le Parti mauricien ne cesse de dénoncer, dit-il, un prétendu nationalisme hindou que prônerait Ramgoolam. Il va même jusqu?à dire que si le Parti travailliste (PTr) arrive au pouvoir, les Mauriciens seront obligés de porter le langouti. En 1930 et 31, Jules Koenig sollicite pourtant les voix et l?aide hindoues pour combattre ceux qui sont aujourd?hui à la tête de son Parti mauricien.

Aux élections de 1953, le Ralliement mauricien parvient seulement à faire élire à Port-Louis un candidat musulman. Le PTr obtient l?élection de deux candidats de la population de couleur et d?un hindou. Dans les Plaines-Wilhems, le PTr demande à ses partisans de voter bloc pour tous ses candidats dont quatre de la population de couleur et deux hindous.

Le Parti mauricien demande à ses électeurs blancs de boycotter deux candidats de couleur pour voter pour deux candidats blancs indépendants. Résultat : ce parti ne parvient qu?à faire élire un seul candidat blanc (Jules Koenig). Le PTr fait élire trois candidats de couleur, un hindou et un Mauricien d?origine indienne baptisé.

Aux municipales de 1953, le Ralliement mauricien fait élire quatre candidats blancs avec seulement 250 votants blancs sur 19 000 inscrits. Le PTr enlève sept sièges avec six élus de couleur et un seul hindou. A Beau-Bassin-Rose-Hill, les blancs, toujours minoritaires, ont trois élus. A Quatre-Bornes, ils obtiennent 50 % des sièges.

D?où la question : dans quel parti un candidat de couleur a-t-il de meilleures chances de se faire élire ? Nos lecteurs s?intéresseront à savoir ce qu?a pu répondre Parsad Ruhee à la lettre du maire, Abdool Razack Mohamed, expliquant son hostilité à l?illumination de la façade du théâtre de Port-Louis (Voir l?express de lundi dernier).

Le 7 août 1956, le Comité de célébration de l?indépendance de l?Inde, dont il est le secrétaire, obtient l?usage du théâtre municipal pour la soirée du 15. Il s?acquitte d?un loyer de Rs 200 et d?une somme de Rs 38 qu?il verse au Central Electricity Board (CEB) pour trois kiloWatts de courant électrique additionnel.

Le 14, il prévient le personnel municipal qu?il installe des ampoules de décoration sur la façade externe du bâtiment. L?installation est confiée à M. Baccus, électricien de carrière du CEB, sous le contrôle d?un officier supérieur qui inspecte l?installation avant de permettre la connexion à la colonne électrique la plus proche.

Parsad Ruhee veut savoir si le maire Mohamed a le droit de pénaliser de la sorte 2 000 personnes voulant célébrer l?indépendance de l?Inde. Le maire doute-t-il de la compétence du CEB ? Aurait-il agi de la sorte s?il fallait célébrer la prise de la Bastille ou l?indépendance du Pakistan ?

(A suivre)

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