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Des commissaires administratifs modèles
Notre histoire municipale comme celle de nos collectivités locales comporte autant de chapitres glorieux qu’infamants. Autant peut-on se réjouir, en effet, de ce gouvernement autonome dans un gouvernement colonialiste qu’est l’histoire de la corporation municipale du Port Louis jusqu’en 1950, telle que la raconte si bien l’historien méthodique, consciencieux, patriotique, reconnaissant, qu’est Rivaltz Quenette et dont il sera bientôt question, ici même, autant déplore-t-on ces vulgaires remorques inertes et léthargiques que sont devenues nos administrations régionales, dépourvues d’imagination, de dynamisme, de tout esprit d’initiative, de tout sens d’animation urbaine et rurale, escomptant passivement revenus, élan mobilisateur et esprit de créativité d'un gouvernement plus centralisateur, plus arbitraire que jamais et de plus en plus allergique à toute délégation de ses pouvoirs tentaculaires. La situation est d’autant désespérante qu’elle empire d’un gouvernement à un autre, d’une alternance du pouvoir à une autre.
Par deux fois, un gouvernement travailliste n’a pas hésité à nommer arbitrairement des commissaires administratifs pour gérer nos villes et nos conseils de districts, au mépris de toute tradition démocratique, après avoir révoqué des élus du peuple souverain ou après s’être montré trop peureux pour organiser des élections municipales qu’il savait perdues d’avance, après la démission de conseillers élus adverses, parvenus en fin de mandat et refusant noblement de siéger au-delà de celui-ci.
Le PMSD ne vaut guère mieux, en dépit d’une administration municipale fructueuse, grâce en grande partie au savoir-faire et au dévouement de fonctionnaires municipaux du calibre des Georges André Decotter, des Somdath Bhuckory, des Freddy Appasamy, Arlette Orian, Gaëtan Benoît. Le parti de Gaëtan Duval n’hésite pas, en effet, à s’acoquiner avec le Parti travailliste de Ramgoolam pour renvoyer aux calendes grecques des élections municipales, dues au plus tard avril 1982, et pour mendier misérablement un boutte de présidence administrative nommée.
A la fin de juin 1982, le gouvernement MMM-PSM nomme pourtant et à son tour des commissaires administratifs. Mais même en recourant à une nomination peu démocratique, les militants démontrent qu’ils n’ont de leçon à recevoir d’aucun autre parti politique en matière de respect de l’électorat. Le MMM nomme certes des commissaires administratifs à la fin de juin 1982 mais avec la manière. Pour commencer, il se contente d’un minimum de nominations. Une quarantaine pour nos cinq municipalités et nos trois conseils de districts, soit cinq ou six en moyenne par collectivité. Secundo, ses commissaires administratifs ne sont pas nommés pour des durées indéterminées (1974-77 et 1980-82 pour les nominés du PTr-PMSD) mais pour un laps de temps bien court (les Cent Jours pour ne pas changer), en attendant les prochaines élections municipales (prévues en octobre 1982) et villageoises. Tertio, ses commissaires administratifs ne prennent pas la place d’élus du peuple mais de vulgaires nominés politiques, se retrouvant sans mandat d’aucune sorte et même de la pire espèce, au lendemain de la défaite électorale du gouvernement travailliste les ayant arbitrairement nommés. Quarto, les commissaires nommés par le MMM auraient décliné toute nomination gouvernementale si celle-ci ne revêtait pas incontestablement les qualités démocratiques précitées. En cela, ils font figure de citoyenneté active modèle.
En ces temps qui sont les nôtres présentement, où nous ignorons tout ou presque de nos conseillers municipaux ou de districts, à moins de faire partie de quelques inner circles privilégiés, autrement dit être des zenfants la case des partis politiques au pouvoir, ou, pire encore, nous ne cherchons même pas à savoir qui administre nos villes et nos districts, il est réconfortant de savoir que, à la fin de juin 1982, notre presse écrite prend la peine de donner à ses lecteurs des éléments biographiques d’une quarantaine de simples commissaires administratifs, nommés pour seulement trois mois, pour gérer les affaires courantes, en attendant l’élection par le peuple de conseillers municipaux et de districts. A partir de demain, nous ferons plus ample connaissance avec cette quarantaine de commissaires administratifs modèles.
N’oublions surtout pas que si nos conseillers municipaux et même de districts sont élus par le peuple, ils font de plus en plus figures de nominés politiques car l’indispensable ticket électoral qui les distingue finalement des autres candidats, parfois plus méritants et plus compétents, dépend en dernier ressort du bon plaisir des princes qui dirigent nos principaux partis politiques et leurs satellites et donc de notre pays bien-aimé.
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