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Des Chagossiens cherchent une vie meilleure en Angleterre
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Des Chagossiens cherchent une vie meilleure en Angleterre
?Quand on n?a rien, on n?a rien à perdre.? Cette fameuse phrase du jazzman améri cain, Miles Davis décrit à merveille la situation des 45 Chagossiens à l?aéroport de Plaisance, hier. Ils quittent Maurice pour s?installer en Angleterre. A leur arrivée à Gatwick, aujourd?hui, des hommes de loi du British Indian Ocean Territory Islanders? Movement (BIOTIM), membres de la presse, le public britannique et plusieurs ONG, tel Respect les attendront.
?Nous partons sans regarder en arrière et nous espérons que ce qui nous attend sera meilleur?, lâche Marianne. A l?aéroport de Plaisance, les adieux aux proches venus les accompagner sont rapidement expédiés. Le voyage, tant désiré, était pour tous, le fruit d?une longue lutte pour la reconnaissance de leurs droits. Ces Chagossiens ont dû emprunter de l?argent ou tout vendre pour acheter leur billet d?avion.
Aux sourires se mêle également l?angoisse de l?inconnu. Pour beaucoup, il s?agit là de leur premier voyage en avion. ?Je n?ai voyagé qu?une fois dans ma vie et c?était en bateau. Je quittais les Chagos pour Maurice ?, déclare une mère de famille, jetant régulièrement un coup d??il à ses valises. Alors que des nourrissons, chaudement vêtus, patientent dans les bras de leurs mères, des enfants gambadent, insouciants, dans le hall de l?aérogare pendant que leurs parents vérifient pour la énième fois les documents nécessaires à l?embarcation.
La fébrilité est palpable au moment du départ. Les yeux rivés à l?écran, tous guettent l?affichage du vol à destination de Londres. Le grésillement des haut-parleurs ramène un calme relatif. Une voix suraiguë annonce l?embarquement immédiat. Sans plus de cérémonie, ceux concernés passent un à un le portillon menant vers les portes d?embarquement. Les chariots, lourdement chargés, sont poussés dans une joyeuse cacophonie.
L?adieu aux conjoints
Ces Chagossiens laissent conjoints et enfants derrière, ces derniers étant d?origine mauricienne. Ils ne détiennent par conséquent pas la nationalité britannique. Et ils regardent leurs proches partir en espérant secrètement pouvoir les rejoindre dans les plus brefs délais.
Le coordonnateur de cet exode : le leader du BIOTIM, Allen Vincatassin. Il représente les 150 Chagossiens déjà établis à Crawley, une banlieue dans le sud de Londres. Et qu?en est-il de l?avenir de ceux qui les rejoignent ? Allen Vincatassin se dit serein : ?Les enfants trouveront des places dans des écoles assez facilement. Au niveau des adultes, on les mettra en contact avec des agences d?emplois et on leur fournira des traducteurs. On a une grande expérience dans ce genre de choses. On a aussi une bonne relation avec les autorités locales?, explique-t-il.
En arrivant en Angleterre, les Chagossiens devront, en principe, être logés dans des hôtels aux frais du West Sussex County Council (WSCC). Les coûts initiaux pour le maintien du groupe ont été estimés à £500 000. Si le WSCC refuse de payer comme il l?a déjà signifié, l?équipe légale du BIOTIM, menée par Paul Shiner de l?organisation Public Interest Lawyers, demandera une révision judiciaire.
?Le WSCC est favorable à notre cause, tout comme le sont la majorité des Britanniques. Il fait face cependant à des pressions financières. Le WSCC pense, qu?étant donné les circonstances, les Chagossiens sont sous la responsabilité du gouvernement. Ce dernier refuse catégoriquement de nous soutenir mais nos avocats sont prêts à entreprendre des actions?, précise-t-il.
Le groupe de Vincatassin jouit également du soutien du député de Crawley, de la travailliste Laura Moffat, des églises de la région et d?un grand nombre d?anglais.
La priorité d?Allen Vincatassin sera de s?assurer que ces Chagossiens, qui sont des citoyens britanniques, soient traités en tant que tels. Il explique que la loi stipule que ces nouveaux venus ne recevront pas les bénéfices accordés habituellement aux sujets britanniques mais, avec l?aide de Paul Shiner et son équipe, il espère rectifier cette injustice. ?Le gouvernement essaie de nous faire croire qu?on n?a pas de droits, ce qui constitue un abus de nos droits fondamentaux?, déplore le leader du BIOTIM.
Parallèlement, il souhaite que ses hommes de loi facilitent l?octroi de permis de résidence aux proches mauriciens des Chagossiens.
Selon le leader du BIOTIM, ceux qui viennent d?arriver seront un poids supplémentaire dans la lutte pour le droit de retour et les compensations. ?Je suis très optimiste pour l?avenir. On va mener une grande campagne médiatique et, avec la sortie du documentaire de John Pilger, le gouvernement ne peut plus nous ignorer. On va bientôt solliciter une réunion avec eux au sujet des compensations et si on nous le refuse, on entamera des actions légales?, affirme-t-il. Une lettre a déjà été envoyée au ministre des Affaires étrangères et du Commonwealth, Jack Straw.
Séparation forcée pour les Bontemps
Monia Bontemps a dû dire au revoir à son mari, Louis-Errol, et à son fils de 12 ans, Donovan, hier soir. Ces derniers ont prit le vol
EK 015 pour Londres, ne sachant pas quand ils reverront le reste de la famille. Ce qui surprend le plus, c?est la sérénité qui se dégage de Monia. ?Sa ki mo mari pa in gagne mo ti a kontan mo zenfans gagne li?, explique cette Mauricienne de 36 ans.
Louis-Errol est né à Peros Banhos mais est arrivé à Maurice à l?âge de trois ans. Il a donc obtenu la nationalité britannique, comme tous ceux qui sont nés dans l?archipel ainsi que leurs enfants. Leurs conjoints n?ont pas eu cette chance, ce qui explique la situation de Monia. Quatre de ses enfants, qui ont aussi la nationalité britannique restent derrière pour des raisons financières et sentimentales.
Louis-Errol et Donovan ont reçu leur passeport il y a environ un mois mais se préparent psychologiquement au grand départ depuis beaucoup plus longtemps
Pour la famille Bontemps, l?Angleterre représente la dernière chance. Louis-Errol est au chômage forcé depuis que l?usine où il travaillait à Phoenix a fermé ses portes l?année dernière. ?Travay ki mo gagné là-bas mo pou pren li?, dit cet affable quadragénaire.
Louis-Errol est heureux de partir. Il a longtemps souffert du mépris associé à son origine chagossienne. ?Zot ti dir ki ban Sagossiens senti coco?, se remémore-t-il. Aujourd?hui, les hausses de prix, le chômage, le manque d?opportunités pour ses enfants n?ont fait que conforter ce besoin de trouver sa place ailleurs. Son frère Norman est installé en Angleterre depuis deux ans et ?se débrouille bien là-bas?. C?est lui qui a conseillé à Louis-Errol de venir le rejoindre. Le départ ne semble pas non plus perturber le jeune Donovan. Ce jeune fan de Manchester United pense déjà à l?école et aux fameux matchs de foot de la Premiership.
Monia ne sait pas quand elle reverrra son mari mais reste pragmatique, ?Kan mo bonom gagne trava, lakaz, en carnet de banque ek en fiche de paye ler la mo pou ale?. Ces conditions sont indispensables pou que Monia puisse obtenir un permis de résidence et retrouver son mari.
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