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Des anciens squatters emménagent
Loin de la désolation, du tourment et du découragement, c?est le rire qui emplissait l?air hier sur le terrain de football de Camp-Levieux. Il n?accueillera plus jamais, espérons-le, des êtres humains dépouillés de leur dignité. Ça et là, les squatters brûlent des semblants de meubles devenus inutiles. Des enfants plaisantent. Des mères ont revêtu leurs meilleurs atours pour ce déménagement tant attendu. Une initiative qui rallume les espoirs. La promesse faite de reloger ces squatters a pu être tenue grâce à la collaboration entre le ministère de la Justice, le Trust Fund et des forces vives.
Un nouveau départ. ?Nu promes inn akonpli, sa li enn vre kado Noël?, s?exclame Marie, qui patiente à Camp-Levieux. Comme quelques autres, elle attend le transport de la municipalité de Beau-Bassin-Rose-Hill pour le déménagement. L?atmosphère est festive. Des sourires illuminent les visages.
Le terrain de la honte
Plus loin se tient Cyril, le ?bolom? qui en a long à raconter. ?Mo remersie tou bann dimoun kinn ed nu. Mo usi salie la sazess lekip bann maser ki ed nu. Sa ban tizom sa ! Zot pan gagnn per pu vin travay ek soutenir nu?. L?intonation est la même. Enthousiaste, revigorante et rayonnante. Cyril parle de ces enfants qui connaîtront à nouveau la propreté et la joie de vivre. Il n?a qu?une envie : quitter les mauvais souvenirs que lui inspire ce terrain de football. Un terrain qui sent la honte.
A Curepipe, c?est la même effervescence qui règne. Une maison spacieuse, à étage, aux allures d?hacienda, avec une grande cour devant : c?est la nouvelle demeure de cinq familles de squatters, que le ministère de la Justice loue pour Rs 10 000 par mois. Elles logeront à la rue du Couvent et trois autres à Camp Caval. En attendant la construction définitive prévue à Vuillemin. A Curepipe, huit des dix familles de squatters ont été relogées. Les deux autres ont finalement choisi de vivre chez leurs parents.
S?ur Maude veille au grain à la rue Couvent. Elle s?assure que les ex-squatters réintègrent une vie normale : ?Il est important de les aider à réorganiser leur vie. Ce qu?il faut qu?ils comprennent, c?est qu?ils ne sont plus des sans-logis, maisdes propriétaires?.
Lors d?une réunion entre squatters mardi soir, ils ont eu l?occasion de partager leurs avis sur cette aventure. Ils devront se réadapter à vivre en tant qu?hommes. Dans des conditions salubres et avec des responsabilités à assumer.
Pascaline, deux enfants, a choisi d?oublier ces cinq mois de calvaire. L?important, c?est cet avenir qu?elle pourra enfin construire pour ses enfants. ?Mo pe retrouv mo bann plezir pou lav lassiett dan basin, bross mo ledan ar enn dilo prop, baygn mo zenfan sou douss. Monn atenn mo bit?. Il serait en effet trop douloureux de se remémorer ce passé. Le cauchemar est terminé. Il faut passer à autre chose.
Un grand pas a été fait vers l?éradication de ces abris de la honte. Il faut maintenir le cap, rendre leur dignité à ces compatriotes.
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