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Delila : « Mo ti kroir dilo, ler gete, petrol »

26 novembre 2006, 00:00

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Le témoignage de la petite Delila Virahsawmy, 8 ans, pourrait donner une nouvelle orientation à l?enquête policière sur l?incendie qui a coûté la vie à Jayen (14 mois) et Nundini (4 ans). Delila pourrait, en effet, être appelée à donner sa version en cour de Mapou, où comparaîtra son père, Jaganaden, soupçonné d?être l?auteur de l?incendie. Ce dernier avait été arrêté par la Major Crimes Investigation Team (MCIT) le lendemain du drame.

Delila devra en effet expliquer une nouvelle fois comment elle s?y serait prise pour renverser, par inadvertance, du pétrole sur le lit de son jeune frère. De son lit d?hôpital, elle avait confié à sa mère qu?elle s?était réveillée pendant la nuit juste avant de réaliser que la chambre était en feu et que les flammes se dirigeaient vers le lit de son petit frère.

Elle s?est alors, selon ses dires, saisie d?un bidon qui était posé sur le sol avant d?asperger le lit de Jayen de son contenu, croyant que c?était de l?eau. Hélas, il s?agissait en fait de pétrole lampant. « Mo ti croir dilo, ler gete, petrol ki mo finn zet lor Jayen », aurait-elle dit à sa mère.

Jayen et Nundini, ont péri dans la nuit du 16 novembre dernier dans l?incendie de leur maison à Circonstance, Saint- Pierre. Le sinistre aurait été provoqué par une lampe en terre cuite posée sur une étagère instable dans la chambre des enfants.

L?autopsie, pratiquée par le docteur Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste, a attribué la cause du décès de Nundini à de graves brûlures. Son jeune frère est, quant à lui, mort asphyxié par la fumée. L?examen post-mortem d?ailleurs révélé que les vêtements des deux victimes contenaient des résidus de pétrole.

Et c?est précisément la présence de ce produit inflammable qui a poussé les enquêteurs de la MCIT à envisager la piste criminelle. Dès le lendemain, ils ont entendu les parents des deux jeunes victimes. Interrogé par les enquêteurs de la MCIT, Jaganaden avoue, dans un premier temps, être l?auteur de l?incendie avant de revenir sur ses déclarations. Il a ainsi déclaré, lors de sa comparution en cour de Mapou la semaine dernière, que ses « aveux » auraient été obtenus sous la contrainte.

Il avait, en effet, expliqué aux enquêteurs avoir mis le feu à la chambre de ses enfants parce qu?il ne supportait plus de les voir vivre dans la misère. Sa motion de remise en liberté a été rejetée et Jaganaden a été reconduit en cellule policière. Il devra de nouveau comparaître mercredi.

Le suspect a par ailleurs affirmé, lors de sa comparution, qu?il aurait subi des violences de la part de certains enquêteurs de la MCIT lors de son interrogatoire. Il a montré au magistrat siégeant ce jour-là les ecchymoses qu?il avait dans le dos. Ses proches ont donc retenu les services du docteur Amah Charya Gujjalu, médecin légiste à la retraite opérant maintenant dans le privé, pour l?examiner.

Cela n?a toutefois pas pu se faire. La MCIT, dirigée par le surintendant de police Prem Raddhoa, n?a pas autorisé le médecin à examiner le détenu mercredi, alors que ce dernier se trouvait dans les locaux. Une nouvelle demande sera formulée par les proches de Jaganaden en ce sens.

Une situation incompréhensible

Du côté des proches des deux jeunes victimes, on confie ne pas très bien comprendre « l?acharnement » des policiers envers Jaganaden. « C?était un accident, il est impossible que Jaganaden ait pu faire une telle chose, il adorait ses en-fants », confie un des cousins de ce dernier. Une situation d?autant plus in-compréhensible, explique-t-il, que l?une des trois rescapées de l?incendie, Delila, a expliqué avoir tenté d?éteindre le feu avec du pétrole lampant en croyant que c?était de l?eau. « L?explication donnée par Delila explique la présence de pétrole qu?a trouvé le médecin légiste sur le corps des enfants. Nous ne comprenons donc pas pourquoi ils continuent à traiter Jaganaden comme un criminel », laisse-t-il entendre.

Par ailleurs, Darshinee, âgée de trois ans, avait affirmé aux policiers avoir vu son père pénétrer dans la chambre, mais a assuré ne l?avoir pas vu mettre le feu. Cette dernière, ainsi que ses deux s?urs, Delila (8 ans) et Shiwashnee (2 ans) sont toujours en observation médicale, et se remettent peu à peu de leurs brûlures. « Leur état de santé s?est beaucoup amélioré. On aurait préféré qu?elles puissent rentrer à la maison au plus vite, mais les médecins de l?hôpital préfèrent les garder en observation encore quelques jours », affirme l?oncle des fillettes.

En attendant la fin de l?enquête policière sur le décès de ses deux enfants, Jaganaden demeure en cellule policière.

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