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De nouvelles « Années décisives » ?
2007 va être une année décisive pour le pays. Ce sera soit le triomphe d?une société qui veut, au prix du travail, de l?effort, de sacrifices, d?imagination créative, bâtir une république forte reposant sur les valeurs de justice, d?équité et de droiture morale. Soit ce sera la dérive accélérée d?une société qui persiste dans son refus de s?adapter, minée qu?elle est par des réflexes corporatistes, l?égoïsme de groupe, le déni des nouvelles réalités et un jeu politique pouvoiriste? Raisons de désespérer et d?espérer.
Autant notre pays a tout pour réussir à relever les défis, autant il a aussi tout pour s?engager dans une rapide descente aux enfers. C?est tout le paradoxe de notre société. Oui, nous avons de nombreux atouts pour réussir : une population intelligente qui peut se montrer battante, capable de s?adapter pour saisir les nouvelles opportunités qui s?offrent à elle ; une classe capitaliste nationale, du moins une composante importante, qui est en train de faire la démonstration qu?elle est capable d?assumer pleinement son rôle historique tant sur le plan économique que social ; une jeunesse, qui, si elle entrevoit des perspectives d?avenir, est prête à apporter sa précieuse contribution à la construction de la société de demain ; des hommes politiques, tous bords confondus, prêts à placer l?intérêt du pays avant leur popularité électorale ; une crédibilité sur le plan international.
En même temps, il y a tout ce qui peut nous faire désespérer de la société mauricienne. Une classe politique majoritairement préoccupée uniquement par le pouvoir et les privilèges qui y sont associés ; encore trop d?hommes d?affaires animés par le seul souci de gains spéculatifs ; une classe syndicale qui confond défense légitime des intérêts de ses membres et batailles d?arrière-garde ; une partie de la population ayant perdu tout sens de l?intérêt général et du bien-être collectif qui s?enfonce tantôt dans une mentalité d?assistés tantôt dans le « confort paresseux ».
En ce début d?année 2007, les premiers signes d?une reprise économique sont perceptibles. Le BCS prévoit une croissance de 5,5 % en 2007, ce qui nous rapproche d?une croissance de 7 à 8 % nécessaire pour garantir le maintien du niveau de vie. L?investissement étranger et local est en hausse. Au niveau sectoriel, tout le monde s?accorde à dire qu?en 2007, le tourisme jouera pleinement son rôle de moteur de l?économie nationale moyennant que nous arrivons à prévenir de manière efficace la résurgence du chikungunya et qu?on mette tout en ?uvre pour empêcher que l?anarchie ne s?installe afin que Maurice préserve sa réputation de destination sûre. Le textile-habillement n?est plus ce secteur « sans avenir » d?il y a peu. En sortant des généralités pour être plus ciblés, on est parvenu à mettre en place une stratégie concrète de consolidation et de relance de ce secteur clé de l?économie.
L?« Integrated Resort Scheme » est bien lancé. Tout le potentiel que recèle ce nouveau pôle de développement, on n?insistera jamais assez, passe par une philosophie d?intégration socio-spatiale des régions où les zones d?habitat de luxe sont implantées. La grande interrogation concernant l?IRS, c?est est-ce que les plus-values réalisées seront réinvesties dans d?autres secteurs productifs pour créer des richesses et/ou emplois pour le moyen et long termes ? Les autres nouveaux piliers ? « seafood hub », TIC, secteur financier ? se portent plutôt bien et semblent pouvoir tenir leurs promesses, même si ce n?est pas au rythme souhaité. Un boom de la construction, avec toutes ses retombées positives, est prévu en 2007.
Pour la première fois depuis seize ans, le chômage est en régression et pendant le même temps, l?idée de développer sa propre entreprise gagne du terrain, avec plus de 3 500 personnes qui se sont enregistrées comme nouveaux entrepreneurs, alors qu?une nouvelle dynamique anime le secteur des PME, selon Michel Moothoosamy, ex-président de la Fédération des PME. Il serait temps, six mois après sa mise en place, que l?« Empowerment Programme », qui a le potentiel d?être un puissant outil de développement socio-économique ciblant les pauvres, passe à la phase d?initiatives concrètes.
En 2007, l?enjeu sera de consolider la reprise ? encore fragile ? de l?économie nationale tout en s?assurant qu?il n?y ait pas une accentuation de la fracture sociale, avec d?un côté les optimistes et de l?autre, les pessimistes et dépressifs. Pour cela, tous les acteurs sociaux indistinctement doivent faire preuve de responsabilité sur les sujets qui seront à l?agenda, soit la baisse du pouvoir d?achat, la dépréciation de la roupie et les nouvelles lois touchant le marché du travail. Dans le débat et négociations qui vont s?ouvrir, l?arrogance, la démagogie, la mauvaise foi, la partisannerie aveugle, le déni des réalités des protagonistes vont hypothéquer lourdement les chances que 2007 augure un nouveau cycle de développement socio-économique ? de nouvelles « Années décisives ». En somme, il s?agit, dans l?intérêt du pays, de la population et des générations futures, de voir plus loin que le bout de son nez.
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