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De la modernisation
S?il est un terme qui revient comme un leitmotiv désormais, c?est bien celui de modernité. Idéologisé à l?extrême, ce mot recouvre une pluralité de sens, les uns plus subjectifs que les autres. La technocratie au pouvoir a évoqué d?emblée la modernisation de l?État. Celle-ci se traduit par un train de réformes dont la finalité vise une optimisation des ressources et des structures. Depuis qu?il s?est installé au pouvoir, l?actuel gouvernement a entrepris un exercice en ce sens. Dans bien des cas, les changements annoncés se sont arrêtés à quelques réformettes. La dernière en date étant celle ayant trait au système électoral.
La promesse de modernité s?est aussi étendue au reste de la vie. Les maîtres mots de l?action ont été responsabilité, rigueur, sacrifice. Les lois ont été durcies. Les mesures punitives radicalisées. Les volontés justicières endurcies. La société de l?ordre s?installait. Une certaine uniformisation devient inéluctable dans cette perspective. La vie sociale s?en est trouvée schématisée. Clinique dans son rapport à la société, le pouvoir a voulu distiller un mode de vie réglée sur des normes rigides.
Dans bien des cas, modernité a ainsi rimé avec austérité. Il n?est pas étonnant, dans ce contexte, que ceux qui deviennent les plus en représentation sont les forces de l?ordre et tous les autres agents de l?ordre et de justice. Vu d?une autre perspective, cela s?appelle « opération de nettoyage » ou « politique de zéro tolérance ». Ce sont d?ailleurs des termes devenus à la mode, des expressions dont la boulimie sémantique est patente et qui traduisent essentiellement un désir d?ordre. L?ambition est légitime et noble. Cependant, l?ordre aujourd?hui se conjugue de plus en plus avec prévisible. Même le ministre des Finances n?a pas cessé ces derniers temps de nous prévenir qu?il ne fallait pas s?attendre à de grosses surprises avec son budget.
La banalisation du pouvoir s?accompagne d?une certaine infantilisation de sa critique. C?est donc en toute logique qu?à la rhétorique de modernisation des gouvernants est venu s?opposer ce mutant langagier qu?est désormais le vocable « démocratisation » des opposants. Ce qui est reproché au pouvoir, c?est moins ses ratages et ses incompétences qu?une certaine incapacité à aller au bout de sa logique et de ses ambitions. D?un point de vue politique, l?opposition a trouvé ses têtes de turc et ne se prive d?aucune virulence dans sa dénonciation, y mêlant allégrement une dose de populisme. Du côté des autres contre-feux, cette critique est plus pondérée.
Dans ce qui constitue sa dernière ligne droite, le pouvoir, pour sa part, ne veut donner aucun signe d?essoufflement, encore moins d?écart par rapport à la voie choisie mais ne peut s?empêcher de laisser paraître quelques gestes et mots d?irritation. De tout cela, on retiendra que la modernisation est un processus continu qui peut s?accommoder, à la différence de ce que pensent les gouvernants, d?une once de fantaisie et de malléabilité. Il reste aux gouvernants un peu plus d?un an pour convaincre que la première modernisation nécessaire, celle de l?État, n?aura pas été qu?un v?u pieux ou des intentions misérabilistes exprimées par une ploutocratie. Car ce pouvoir tire sa légitimation par la modernisation de l?État, qui passe par les réformes, et c?est lui qui en a décidé ainsi.
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