Publicité
De la francophonie à la poésie
A deux jours d?intervalle, le 19 et le 21 mars, le monde entier a fêté la Journée Internationale de la Poésie et la Journée Internationale de la Francophonie. Cet intervalle ne signale pas l?existence d?une frontière physique entre la francophonie et la poésie. Car de la francophonie à la poésie, un pléonasme dira-t-on, on ne fera pas un pas sans.
En marge de la poésie traditionnelle française, il y a une poésie francophone. Elle est en Belgique, en Suisse romande, au Maghreb, au Québec, aux Antilles, en Afrique, à Maurice, ou ailleurs. Et elle est en plein essor. C?est sans doute parce que ses poètes ressentent la nécessité de prendre la parole non seulement pour offrir de l?exotisme mais aussi pour dénoncer. Leur volonté d?un franc-parler fait de la langue de Molière leur principale arme. Mais cette langue, du fait même qu?elle est d?un accès difficile et malgré le souci de pureté de la part de ses utilisateurs, ne peut être moyennée avec conformité. Elle est donc modifiée. Et cette modification est vue comme un enrichissement, car elle est due au parler local et à l?accent du terroir.
Le terroir ! Voilà le label sous lequel l?esprit féconde la poésie francophone qui, en retour, y trouve refuge. La raison est évidente : cette poésie se veut un espace d?expression où la voix fonde l?identité du poète dans une langue choisie et maçonnée mais qui devient authentiquement sienne. Dans cette forme d?expression locale, chaque mot étranger devient emprunt non pas pour accéder à ce qui vient d?ailleurs, mais pour mieux s?enraciner dans l??ici?. Il n?y a plus de fautes, plus de coquilles, plus d?accents. Il y a métissage et maçonnage.
Partout ailleurs, la poésie francophone brouille les règles ? voire les pistes. Elle s?invente au contact des cultures, au contact de la langue française, mais trace son itinéraire en prenant corps dans un mouvement qui se réclame être celui du pays. Le terroir devient bonheur de poésie. Et celle-ci fleurit dans un espace aéré. Aujourd?hui, où va-t-elle ? Elle se nomme belgitude, négritude, coolitude, créolité, africanité, berbère, raï? L?essentiel se trouve dans sa capacité à relier le poète avec son histoire et à redéfinir son avenir à travers une nouvelle identité qu?elle lui offre et qu?elle propose à d?autres peuples, à d?autres langues et à d?autres cultures. Elle devient don et opère un brassage de cultures.
La poésie francophone n?est donc pas seule. Elle dialogue avec l?esprit des ?uvres poétiques du monde. En ce sens, elle évolue dans un esprit de partage, défend la liberté culturelle et respecte le droit à la diversité. C?est une forme d?expression qui répond à l?exigence d?un espace qu?elle a engendré et qui l?a vue naître ? une double appartenance à l?espace. Néanmoins, et au-delà du fait que la poésie francophone est un genre fécond, elle demeure une aventure humaine qui place l?homme et son devenir au centre de son objectif et non les différentes institutions qui émergent de la Francophonie.
Publicité
Publicité
Les plus récents