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De l’audace toujours
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Peut-on parler d’une industrie touristique mauricienne ? Cette question peut surprendre. Pourtant il y a lieu de la poser. Surtout à un moment où les chiffres annoncent des lendemains meilleurs. À l’Île Maurice, on a pris l’habitude de parler tourisme alors qu’on comprend hôtellerie. Comme dans tant d’autres secteurs, on s’est appuyé sur des acteurs traditionnels de l’économie pour soutenir une activité. Ce sont, en effet, les hôtels étoilés, soutenus par la grande bourgeoisie historique en partie, qui ont porté le secteur. Quant aux autres ingrédients de la recette magique, on les a résumés au fameux sourire, au soleil et à la plage mauriciens. C’est réducteur mais c’est ainsi que les choses ont évolué pendant des décennies.
Alors que nous approchons la barre symbolique d’un million de touristes, il importe de s’interroger sur l’avenir de ce secteur qui ne pourra pas toujours voleter sur les seuls petits nuages tropicaux. Pendant longtemps, on a vanté les charmes de l’accueil mauricien. Aujourd’hui que l’île vit au rythme des pays développés, on sait pertinemment bien que les Mauriciens sont peu disposés à partager leur sourire. Il y a, en ce sens, une nouvelle pédagogie à engager. Lorsqu’on veut promouvoir un secteur, il faut que pratiquement toute la population comprenne les enjeux du projet. C’est la seule manière de s’assurer de la participation de tout le monde. Organiser une édition des Assises du tourisme ne suffit pas à susciter ce sentiment. Il faut être plus audacieux.
Les officiels et les acteurs du tourisme le savent. Proposer le soleil, les plages et les hôtels de grand luxe n’est pas négligeable mais c’est une offre insuffisante. Le ministère du Tourisme a mis en place le projet “Discover Mauritius”. Qu’est-ce qui en ressort ? Découvrir l’Île Maurice, selon le concept, se limite, à ce stade, à la gestion de La Citadelle et à l’organisation d’activités destinées aux touristes à la Vallée de Ferney et à l’île Plate. Lorsqu’on investit une importante somme d’argent dans un voyage, on s’attend à des découvertes qui respirent l’émerveillement. Maurice a encore un long chemin à parcourir à ce chapitre. Qu’en est-il des projets de villages touristiques ? A quand des zones piétonnières qui donneraient une autre dimension à la vie urbaine ? Comment intéresser des étrangers à son pays lorsqu’on n’a pas de vie culturelle à leur proposer ? Il faut décidément être plus audacieux.
Si nous voulons vraiment devenir une destination touristique incontournable, il ne faut plus mettre autant de suffisance dans notre potage. Nous avons peu à offrir et là où il nous faut faire preuve d’inventivité, nous nous reposons sur quelques recettes qui, dans quelques années encore, seront complètement surannées. La constellation de somptueux hôtels attireront toujours des visiteurs mais ils ne proposent qu’un modèle de tourisme. Si l’on ne veut pas trop se laisser devancer par d’autres destinations qui présentent les mêmes caractéristiques que Maurice, il faudra impérativement être plus audacieux.
Alors qu’on ne cesse de parler de l’ouverture de l’espace aérien et d’un ciblage élargi de différentes catégories de touristes, le circuit mauricien est condamné à une nouvelle bigarrure. Il n’y a pas grand-chose proposé pour le tourisme vert, le tourisme culturel, le tourisme aventure… Notre conception du tourisme est, à cet effet, figée. Tellement figée que des hors-la-loi en tant genre ont banalisé le vol et les agressions des touristes. Ce qui démontre bien une certaine incurie et légèreté face à ce secteur.
L’Île Maurice a de quoi être satisfaite du nombre de touristes qu’elle attire. Mais lorsqu’on prend du temps à exploiter son potentiel, on donne à d’autres l’occasion d’accentuer leur avance. Et déjà nous avons beaucoup de retard…
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