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David et Goliath

27 septembre 2004, 20:00

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La souveraineté, ça ne se discute pas. Ce postulat fait honneur à ceux de nos dirigeants qui l?appliquent mais, dans la pratique, avons-nous les moyens de faire respecter nos droits ? L?arraisonnement par la Marine française de deux bateaux japonais qui pêchaient au large de l?île Tromelin et leur déroutage vers la Réunion, il y un peu plus d?une semaine, rend cette question pertinente.

Les propriétaires soutiennent que leurs bateaux se trouvaient dans la zone exclusive mauricienne et qu?ils étaient munis de permis de campagne délivré par le ministère mauricien de la Pêche. Un communiqué du Conseil des ministres a confirmé que les autorisations ont bien été délivrées. Deux navires militaires français ont néanmoins intercepté les palangriers.

Cet incident est un brutal rappel du rapport des forces entre les deux pays qui revendiquent Tromelin. Face à la force de frappe des frégates françaises, les permis mauriciens ne pesaient pas lourd. Dans un monde où le droit de la force l?emporte sur la force du droit, il y a peu de choses qu?un petit pays comme Maurice peut faire pour éviter l?humiliation. On n?avait pas encore oublié celle infligée à notre pays par Tony Blair, qui a refusé de recevoir notre Premier ministre pour parler des Chagos, qu?a surgi l?incident de Tromelin. L?attitude des Français n?est pas tellement différente de l?arrogance du Premier ministre britannique. ?Sur la question de Tromelin, il n?y a pas d?accord. Pas de terrain d?entente entre la France et Maurice?, jurait l?ancien ambassadeur français Henri Vignal dans l?interview qu?il a accordée à Alain Gordon-Gentil (?l?express? du vendredi 24 septembre).

Un confrère réunionnais, Alain Dupuis, écrivant dans le ?Journal de l?île de la Réunion? (JIR) qualifie d?ailleurs de ?gesticulations dérisoires? les revendications territoriales des pays comme Maurice, Madagascar et les Comores et parle des ?faibles moyens de pression des pays concernés? auxquels la France n?accorde ?aucune attention?.

Pour comprendre les prétentions françaises sur ces îles pas plus grandes que des cailloux, il faut savoir que la France, du fait de ses possessions outre-mer, occupe le rang de troisième puissance maritime mondiale avec une superficie d?environ 11 millions de km carrés. La France revendique également les îles éparses du Canal de Mozambique qui sont situées stratégiquement sur la route des supertankers alors que la Grande île et les Comores les considèrent comme leurs dépendances.

La position mauricienne sur Tromelin a malheureusement varié au gré des régimes. En décembre 1999, à l?occasion du sommet de la Commission de l?océan Indien, Navin Ramgoolam et le président français, Jacques Chirac, avaient décidé de soumettre ces îles à une ?coopération renforcée?. Cette démarche n?est juridiquement pas valide. André Oraison, professeur de droit international à la faculté de droit de l?université de la Réunion, cité par le JIR, fait ressortir que ?la COI n?a pas le pouvoir de trancher les litiges inter-étatiques.?

En 1999 donc, les deux Etats étaient d?accord avec le principe d?une cogestion de l?île. Avec l?alternance survenue en septembre 2000, Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger ?ont tous les deux refusé la proposition? regrette Henri Vignal, qui poursuit : ?Ils voulaient discuter de la souveraineté. Les choses en sont restées là?.

En effet, la souveraineté, ça ne se négocie pas.

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