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Dans les studios de Bombay l?envers du décor
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Dans les studios de Bombay l?envers du décor
Longtemps considéré comme le paradis indien des lieux de tournages d'extérieur, Film City s'étale sur des dizaines de kilomètres carrés à Goregon, dans la banlieue nord-ouest de Bombay. Ce gigantesque parc naturel qui appartient à l'Etat du Maharashtra comprend, depuis 1977, une vingtaine de studios de tournage, un héliport, un lac artificiel, un temple, des jardins, de nombreuses maisons, une discothèque, un village, une église, un commissariat de police, un tribunal. Un désert de sable rappelle celui du Rajasthan, un piton rocheux permet de tourner les scènes de suicide. C'est là qu'ont été réalisés des films aussi différents que Devdas, The Hero, Koi... Mil Gaya ou Pinjar.
Toute l'aventure de Film City, rebaptisé Dadasaheb Phalke Chitrannagari il y a deux ans, en hommage à Phalke, considéré comme le «Méliès» du cinéma indien, était partie d'un sentiment très régionaliste : le Maharashtra Film Stage and Cultural Development souhaitait venir en aide, à la fin des années 1970, à l'industrie du film maharati, alors en pleine déconfiture. Cela n'a pourtant pas eu l'effet attendu. Aujourd'hui, le cinéma maharati n'existe quasiment plus, mais Film City a permis à Bollywood et aux films tournés en hindi de prendre leur essor.
Selon le bureau chargé de la censure, 218 films ont été tournés dans cette langue en 2002. La signature d'une joint-venture entre l'Etat et une société privée, Ad Labs, a permis d'offrir aux producteurs, qu'ils tournent ou non sur le site, l'ensemble des services nécessaires à l'élaboration d'un film, notamment la postproduction, le montage et le son.
Longtemps, Film City a constitué un symbole pour les stars et les centaines de figurants qui entraient, dans des autobus bondés, par les grilles de ce parc mythique. Les nombreux studios ne désemplissaient pas. Aujourd'hui, la légende est écornée : les tournages de films se raréfient. Pendant des jours entiers, les studios restent fermés. Des ouvriers jouent au cricket dans la «vallée de la mort» et le petit temple est souvent désert.
<B>TOURNAGES AU SRI LANKA</B>
Officiellement, les fonctionnaires de Film City continuent à dire que tout va bien, mais l'un d'eux admet en aparté qu'en fait «c'est fini depuis deux ans». Actuellement, la très grande majorité des tournages (70 à 80 %) concernent des séries télévisées, seuls les 20 % à 30 % restants sont imputables au cinéma.
Sur les 320 tournages revendiqués en 2003 par la direction de Film City, les trois quarts servent à nourrir les programmes des nombreuses chaînes de télévision indiennes. «Beaucoup de gens préfèrent désormais aller filmer dans le sud de l'Inde, à Hyderabad, à Madras, où les studios sont bien plus modernes», admet-on officieusement.
D'autres cinéastes préfèrent tourner au Sri Lanka, où la main-d'?uvre est moins chère, et reviennent monter leurs films à Bombay. Un constat qui ne concerne pas seulement Film City, mais la soixantaine de petits studios privés de tournage que compte Bombay. Certains sont extrêmement spécialisés, comme cette ancienne gare où sont exclusivement tournées les scènes de trains.
Perché sur une jolie colline du quartier huppé de Bandra, Mehboob studio, fondé en 1954 par le réalisateur Mehboob Khan (auteur du film-culte Mother India, qui lui valut une nomination à Hollywood), connaît, de la même façon, une situation assez préoccupante. Dirigé par le fils du fondateur, Shaukat Khan, le studio, qui est resté à l'identique depuis les années 1950, connaît une sérieuse baisse d'activité. Au point que l'héritier et sa famille envisagent de créer sur ce site un cinéma et un complexe de boutiques.
«De plus en plus de films sont tournés en extérieur, dans les halls d'hôtels, dans des boutiques, des discothèques, des palaces ou des maisons de particuliers, explique Shaukat Khan. Les réalisateurs veulent davantage de réalité et n'ont plus la même envie de tourner dans des studios et de créer leurs propres décors. Il faut faire face à un nouveau paradigme : les vieilles recettes sont démodées et les nouvelles ne sont pas encore là. Bollywood, c'est du cinéma, mais aussi de la mode, de la musique. Tout n'est pas si rose. Le mythe est très exagéré à la fois parce que la majorité des films indiens ne sont pas rentables et parce qu'il existe plus que jamais un fossé entre les superstars du grand écran, très bien payées, et tous les autres comédiens. Il existe aussi un cinéma à deux vitesses, entre les films commerciaux et les films d'auteur, qui ne trouvent pas leur public en Inde», analyse-t-il, de façon clairement désenchantée.
@ Le Monde 2004
distribué par The N. Y. Times Syndicate
par Nicole VULSER
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