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Dans les rues dévastées de N?Djamena?

7 février 2008, 00:00

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L?avenue Charles de Gaulle, principale artère commerçante de N?Djamena, porte les stigmates des deux jours de violents combats dont la capitale tchadienne a été l?enjeu récemment.

Alors qu?un calme irréel est revenu en ville, des corps en décomposition, certains recouverts de cartons, gisent toujours au milieu de nuées de mouches dans la poussière de l?avenue, contraignant les passants à se boucher le nez. Les arbres, dont les troncs sont criblés de balles et les branchages dévastés, les facades des immeubles d?affaires constellées d?éclats d?obus et les carcasses calcinées de 4x4 militaires abandonnées en pleine rue témoignent de l?intensité des affrontements.

Ceux-ci ont opposé les forces du président Idriss Déby à quelque 2 000 rebelles qui, au terme d?une traversée éclair du pays de la frontière du Darfour, à l?est, jusqu?au Chari, à l?ouest, ont tenté samedi de s?emparer de la capitale. Les assaillants se sont heurtés à une armée tchadienne mieux équipée, disposant notamment de chars et d?hélicoptères, et la bataille pour N?Djamena ? qui signifie «havre de paix» en dialecte arabe local ? a pris fin dimanche soir.

Déby a lui-même a résisté au siège rebelle dans son complexe présidentiel ultra-fortifié et l?armée tchadienne a annoncé avoir repoussé l?assaut, mais les rebelles ont affirmé qu?ils reviendraient et des milliers d?habitants ont fui au Cameroun voisin en traversant le Chari.

«J?en ai assez de la guerre», se lamente Ahmat Moussa, un habitant de la capitale à la recherche d?un parent porté disparu en parcourant l?avenue Charles de Gaulle jonchée de débris de toutes sortes, y compris de fragments de corps humain. De nombreux commerces ont été pillés. Moussa s?attarde devant les locaux incendiés de Toumai Air, la compagnie aérienne nationale, pour examiner la carcasse noircie d?un pick-up de combat, le véhicule de prédilection des combattants du désert tchadien. «Tout ce que nous voulons, c?est la paix et la sécurité. Il y a eu trop de guerre au Tchad», ajoute-t-il, faisant référence à la succession de conflits, coups d?Etat et rébellion qu?a connus l?ex-colonie française depuis son indépendance, en 1960.

La dernière attaque rebelle contre la capitale ne remonte qu?à 2006. Les assaillants étaient déjà venus de la frontière soudanaise et l?armée du président Déby, qui est lui-même parvenu au pouvoir lors d?un «blitzkrieg du désert», les avait déjà répoussés.

Des véhicules de l?armée chargés de soldats armés jusqu?aux dents et coiffés du traditionnel chèche des combattants du désert passent à toute allure, de même qu?une colonne de blindés arborant la flamme française, rappel de la présence du millier du dispositif Epervier. Non loin, trois chars gouvernementaux gardent les abords du complexe présidentiel. Des militaires armés refoulent journalistes et badauds. «Nous ne voulons pas des rebelles. Déby est l?unique président et il restera ici jusqu?à sa mort», assure Cissé Saladin, un vigile ? qui n?a pas franchi Chari.

Emmanuel BRAUN

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