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Daniella Bastien ou l?art de transmettre

4 mars 2007, 00:00

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On dit de la femme qu?elle est semblable à la terre. Nourricière, elle donne la vie. Patiente, elle attend grandir. Mais la femme est aussi richesse, un puits sans fond de traditions, d?histoires et de vécus qu?elle transmet au fil des générations. Oui, comme la terre, la femme est patrimoine. On en apprend de belles à la côtoyer. Daniella Bastien est de celles avec qui l?on aime parler, apprendre et penser.

Chargée de cours à la Chambre de commerce, elle parle de tout ce qu?elle fait avec passion. Entendez par passion : engouement et engagement. Une jeune femme expressive et libre qui affirme : « J?ai grandi dans un milieu où l?on devait mettre des mots sur tout ce qui se passe autour pour construire notre manière de représenter le monde. »

Comprendre et apprendre ; un leitmotiv qui anime parole et pensée chez Daniella. À quinze ans, elle intègre l?association Abaim, qui ?uvre en faveur des groupes vulnérables ; les malvoyants ou encore les enfants.

Un événement, qui loin d?être un tournant, est continuité. « Abaim est pour moi un cadre de réflexion. J?ai fait mon cheminement avec tous les idéaux que porte cette association », confie-t-elle.

Et la réflexion entraîne l?action. À la rue Maingard, à Beau-Bassin, au quartier général d?Abaim, Daniella se joint à l?équipe du Saturday Care. Objectif : Initier au chant, à la danse, à la peinture et à jouer d?un instrument de musique les enfants de la région. Elle y anime des ateliers d?apprentissage à la ravanne. Une action qui en apporte une autre. Le but de Daniella : donner quelque chose aux autres et en même temps apprendre d?eux.

Les richesses de notre île

Au sein d?Abaim, elle découvre des richesses de notre île. Des pages et des pages d?histoires méconnues. « Abaim a pour but de revaloriser notre patrimoine. C?est une association bénévole qui encourage l?action participative pour laisser une trace, ne pas laisser disparaître ce qui est en passe de se perdre », explique Daniella. Et d?emblée, elle nous conte Tizan, Ti frer et nous parle du dernier album du groupe Tizan ar so 8 frer.

Une femme d?action

On comprend que ce qui se perd actuellement, ce sont nos traditions orales, les histoires, les chansons, les mots et les expressions. Un patrimoine immatériel qui contraste avec les bâtiments, le matériel. Voilà aujourd?hui 25 ans qu?Abaim s?emploie à travailler, retravailler, créer des morceaux pour faire connaître ce patrimoine. Des chanteurs dits « engagés » qui ont tantôt interprété des fables sur des animaux pour parler des travers de la société, tantôt repris des chansons d?antan pour les offrir à ceux qui ne les connaissent pas.

« Les contes et les chansons, c?est notre patrimoine commun, ce qui fait de nous des Mauriciens. Abaim s?applique à créer du lien dans un lieu où tout porte à croire qu?on ne le peut pas. Les chansons de jeux nous ont rassemblés pendant l?enfance alors qu?on ne sait même pas d?où elles viennent ! C?est un concentré de musique d?origines diverses, mais qui fait partie de notre patrimoine culturel », renchérit Daniella.

Le 10 mars prochain, c?est encore autour des jeux d?antan que se rassembleront les enfants de quelques écoles primaires au Domaine Les Pailles. Une initiative de la Jeune chambre internationale (JCI) qui a sollicité l?aide d?Abaim. Ce sont précisément des choses comme cela qui réjouissent Daniella. Porter sa pierre à l?édifice.

C?est ce qu?elle fait aussi en tant que professeur de culture générale, d?expression et de communication à la Chambre de commerce. Rendre concret ce que l?on croit abstrait. Donner l?image du mot culture, jusqu?à le montrer du doigt. Éveiller ses élèves à l?art, l?expression. « La différence entre un jeune occidental et un jeune mauricien, c?est qu?au premier on apprend l?histoire de son pays.

La culture mauricienne, ce n?est pas que le séga. Chacun peut construire sa culture », affirme-t-elle.

Mais, avant, il faut connaître son histoire. Être prof n?est pas qu?une profession pour Daniella, c?est presque une vocation. Un devoir, une responsabilité, un besoin de passer le relais. « Je suis devenue prof pour transmettre. Partager ce que je ressens, mes connaissances, mes appréhensions de la vie sans que ce soit un dialogue de sourds », souligne-t-elle.

Femme d?action, Daniella agit au sein de plusieurs activités sociales et culturelles. Avec les jammers , elle a organisé une soirée au théâtre de Port-Louis pour récolter des fonds pour un jeune rodriguais malade, Xavier. Récemment, avec des amis, elle organise des slam parties. Un espace d?expression pour artistes en ébullition. Réunir des musiciens, des poètes, une mouvance de jeunes qui s?expriment dans la langue de leur choix.

De ses sept ans passés à la Réunion pour faire ses DEA de Lettres et d?Anthropologie musicale, c?est la différence qui l?a le plus marquée à son retour. « Ici, il y a un désert à ce niveau », avance-t-elle. En recherche de fond, elle espère publier un recueil de ces « kozé » à la fin de cette année.

Et oui, Daniella c?est cela aussi. Une femme qui respire la vie ou serait-ce plus juste de dire l?art de vivre. Car elle considère, plus que tout autre chose, que l?art c?est la vie. Une vie créative qui germe à chaque rencontre, à chaque seconde parce que l?art est fécond. « On est tous architectes de ce qui se passe autour de nous, artiste de sa propre vie », dit-elle. C?est la philosophie que Daniella s?emploie à vivre et à transmettre !

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