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Développement et désillusion
Les trois hôtels de luxe implantés à Bel-Ombre : Voile d’Or, Telfair et Héritage, ont littéralement changé le paysage du sud de l’île. Mais si ce développement hôtelier devait offrir de nouvelles perspectives aux habitants du petit village de Bel-Ombre, les moyens de réaliser leurs rêves par des promesses d’emploi, de développement, d’embellissement du village et d’aménagement d’une plage publique, aujourd’hui, le mécontentement des villageois qui se sentent lésés, se manifeste ouvertement car aucun des changements escomptés, ne s’est concrétisé. “Pan fer nannien pou bann morisyen!” Lorsqu’ils demandent au gouvernement quand ces aménagements seront faits, on leur répond : “Li pou vinni an fevrie !”. Mais toujours rien, même pas de visite des entrepreneurs. Les villageois s’impatientent, certains se laissent aller au découragement : “sa plas la nou pa pou gagne sa !”, s’exclame Manda.
Dans le calme petit village de Bel-Ombre, d’un côté de la route, les habitations, de l’autre, seuls les premiers mètres du bas-côté ont été aménagés avec quelques fleurs et des bancs, à l’ombre des arbres… par des villageois bénévoles, alors que ce sont les buissons et les déchets qui prennent le relais jusqu’à la mer : “Nou pa pe trouv la mer mem,” disent les habitants qui ne s’y aventurent pas par peur d’être agressés par de louches individus. “Ena droguer par la : zot kokin ek sarie dimoun dimoun dan bwa”, témoigne une villageoise. Sous un arbre, deux hommes discutent, ils sont au chômage. A quelques mètres de là, deux femmes sont sur un banc : elles sont, pareillement, sans emploi. Deux jeunes passantes, qui sont dans la même situation, traversent la route…
Quelques dizaines de mètres plus loin, se dressent, majestueux, les trois hôtels de luxe, golfs et restaurants de Bel-Ombre. Contraste frappant entre la pauvreté, la précarité quotidienne des villageois et le luxe offert aux visiteurs. Les belles plages aménagées par les hôtels narguent les villageois qui sont contraints de se rendre à La Prairie, au Morne ou vont même jusqu’à Flic-en- Flac pour profiter de la mer. “Isi la plaz pa bon pou baigne, ena corail ek salte”, dit un villageois. Et il ajoute : “dimoun servi la plaz kouma enn poubelle !” La perspective de l’aménagement d’une plage publique comprenant un lieu propre, entretenu, avec des toilettes publiques avait fait naître des projets d’avenir pour les habitants. Pour Veda, boutiquière : “Si zot devlop la plaz piblik, nou pou gaign anploi, nou ti pou mett bann zafair touristik dan la boutik, ti pou gaign clian. Mo garson ena permi la plaz mai pena la plaz !” Pour les villageois de Bel-Ombre, il est grand temps que leur village se développe : “si ti devlope, nou ti pou gaign enn lot lavi !” L’aménagement d’une plage publique est synonyme pour eux d’attrait pour les Mauriciens du reste de l’île ainsi que pour les touristes en vadrouille. S’il y avait une plage, “ti pou al en ba pie, assize, guet tourist, … Mais zist ti bout la mer inn netoye divan lotel. Mai si ti netoye, tou dimoun ti pou vinn la.” Ils en deviennent presque gênés pour leur village : “Dan lendrwa ena 3 lotel, mai vilaz la li malang, bizin fer propr. Nou pa envi assize, les environs malang. Bizin sanzman, nou encor dan bwa !”
Pour ce qui est du travail, une grosse déception. L’implantation des hôtels promettait la création d’emplois pour les habitants de la région. Pourtant, il semble que seuls quelques jeunes aient été engagés. “La plupar sorti lot kote, pa bocou dan villaz travay la”, selon Veda. Vishal raconte que les hôtels de Bel-Ombre ont refusé certaines personnes du village sous prétexte que “dimoun dan lendrwa pa capav lir… Mai pou jardinie pa bizin lir.” Les jeunes se retrouvent sans emploi, sans aucune sécurité pour l’avenir : “Ti dir pou donn travail mai noun fer aplikasyon dan tou bann lotel isi ek au Morne, pann gaign travay. Ena kinn al suiv cour, Ebène, zot pena travay mem !” Le chômage est une véritable plaie dans le village, poussant les jeunes dans la drogue et le vol. Les villageois ne se sentent pas en sécurité, sont en manque de loisirs et restent en marge du développement.
Manda estime que “bann lotel bizin devlop bann alantour !” Peut-être qu’offrir une formation et la mise sur pied d’une campagne d’alphabétisation permettraient de mettre un frein à l’escalade de la frustration ?
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