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Dévaluation et subvention : les vraies armes du textile chinois

8 juillet 2003, 20:00

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Producteurs de textile-habillement du monde, unissez-vous. Tel est le cri de ralliement lancé par l?American Textile Manufacturers Institute (ATMI) face à la menace que fait planer la Chine sur le marché mondial du textile et de la confection.

L?émergence de la Chine comme superpuissance du textile fait peur à l?industrie américaine. Elle devrait également faire peur à la soixantaine de pays pour qui le textile-habillement est le principal produit d?exportation.

La Chine pourrait contrôler 75% du marché américain et il n?y a pas de raison pour qu?elle n?en fasse pas autant en Europe et sur les autres principaux marchés de la planète, estime l?ATMI dans une analyse intitulée The China Threat to World Textile and Apparel Trade.

Dans la conjoncture, seule une coalition des pays producteurs de textile les plus concernés peut obtenir des mesures de sauvegarde et la fin des pratiques anti-compétitives qui sont la rampe de lancement de l?expansion chinoise.

Qu?est-ce qui donne à la Chine une telle suprématie sur le marché du textile-habillement ? Ce pays est doté d?avantages compétitifs indéniables : une main-d??uvre productive, bon marché et abondante. Mais d?autres pays asiatiques offrent les mêmes avantages. Les salaires en Chine ne sont pas les plus bas. Les gages en Inde, au Vietnam et au Bangladesh sont encore plus faibles. Alors pourquoi la Chine et pas Haïti, s?interroge l?ATMI ? La réponse tient en deux volets : la politique de taux de change pratiquée par Pékin que l?ATMI assimile à de la manipulation et les subventions gouvernementales au textile.

En 2002 la Chine a réduit de 44 % les prix sur le textile-habillement tandis que les autres producteurs du monde ont baissé les prix de 2 %. Ceci a pu se faire grâce, surtout, à la politique de taux de change de Pékin.

Selon les Nations unies, la monnaie chinoise est sous-évaluée de 50 %. La monnaie chinoise ne s?est pas appréciée malgré le fait que ce pays ait enregistré la plus forte croissance économique du monde, qu?il ait d?énormes surplus commerciaux et qu?il enregistre des flux massifs d?investissement étranger.

La Chine a effectivement ?peg? sa monnaie au dollar, maintenant un taux de change de 8,2 yuan pour un dollar depuis 1994. Cette même année, la Chine avait dévalué sa monnaie de 40 %, ce qui a été une des causes de la crise financière asiatique de 1997.

<B>Sous-évaluation du yuan</B>

Afin de maintenir sa monnaie à un niveau sous-évalué, la Chine a amassé des réserves en devises d?un montant de $ 330 milliards au cours des cinq dernières années. Depuis que le dollar s?est affaibli par rapport à l?euro, le yuan s?est dévalué davantage et aurait perdu encore 10 % de sa valeur depuis le dernier trimestre de 2002.

Il y a toutefois des signes encourageants à ce chapitre. Il semble que la Chine subit actuellement des pressions externes et internes pour revoir sa politique. Selon le Financial Times, le secrétaire du Trésor américain, John Snow, ?encourage? la Chine à réviser sa politique sous la pression de l?industrie américaine qui n?arrête pas de se plaindre de la sous-évaluation du yuan.

De plus, la Banque centrale chinoise est en train d?étudier un assouplissement du contrôle de change afin de lui éviter de continuer à amasser des réserves. Elle ne peut plus racheter $ 600 millions quotidiennement rien que pour maintenir la stabilité du taux de change.

Par ailleurs, l?avantage compétitif de la Chine est également dopé par les subventions gouvernementales. Le gouvernement chinois contrôle 52 % de l?industrie textile et 25 % du secteur de la confection du pays. Le gouvernement accepte de subventionner cette industrie et d?exporter à pertes rien que pour gagner des parts de marché à travers le monde.

En l?an 2000 le gouvernement chinois a reconnu que les entreprises de textile étatiques ont réalisé des profits pour la première fois en sept ans. Il a révélé de plus qu?un tiers de ses exportations de textile proviennent des entreprises étatiques roulant à perte. En plus, la Chine accorde une remise de 10 % sur les taxes d?exportation. Dans la conjoncture, l?ATMI estime qu?il existe trois recours pour contrer l?expansion chinoise.

L?un d?eux serait que le gouvernement américain se décide à utiliser les mesures de sauvegarde prévues et réinstaure des quotas sur les exportations de textile-habillement de Chine.

Toutefois, cela fait 18 mois maintenant que l?industrie américaine attend. La Chine a déjà dit qu?elle s?opposerait à toute tentative de réintroduire les quotas. De plus, il semble que le gouvernement américain manque de volonté pour appliquer des mesures de sauvegarde. Dans le passé, la Maison-Blanche a renversé des recommandations de l?US International Trade Commission de réintroduire des quotas sur des produits spécifiques, note l?ATMI.

L?industrie américaine demande aux pays qui sont affectés par les exportations chinoises de faire pression sur l?administration américaine, la Maison-Blanche et le Congrès pour demander la réintroduction des quotas sur le textile chinois. Les pays concernés se sont contentés de murmurer, mais ils semblent indécis quant à la marche à suivre déplore, l?ATMI.

Néanmoins, l?ATMI estime que cette mesure n?aura qu?un effet temporaire. La possibilité d?un recours aux quotas expire en 2008 selon les accords sur l?accession de la Chine à l?Organisation mondiale du commerce (OMC). Il s?agit donc de demander à l?OMC de maintenir la Chine sous contrainte jusqu?à ce que ce pays se débarrasse de ses pratiques anti-compétitives que sont la manipulation des taux de change et les subventions, ajoute l?ATMI.

La seule solution à long terme pour contrer la menace chinoise est de forcer ce pays à adopter une politique de taux flottant. Pour y arriver, il faut que les Etats-Unis et les autres pays fassent pression sur la Chine, tant sur le plan bilatéral que multilatéral en utilisant les instances telles que le Fonds monétaire international. La manipulation des taux de change est effectivement illégale selon les règles du FMI et de l?OMC. L?ATMI souhaite que tous les pays concernés entreprennent des actions auprès de ces institutions multilatérales pour exiger que la Chine change de politique de taux de change. De même, les subventions gouvernementales à l?industrie textile sont aussi illégales et peuvent être contestées.

L?analyse de l?ATMI est effectivement effrayante quant aux retombées de la domination chinoise. Le reste du monde perdra quelque $ 42 milliards de recettes sur le marché américain uniquement. Maurice, lui, perdra entre Rs 5 milliards et Rs 6 milliards de commandes sur ce marché.

Mais l?impact de la Chine se fera aussi ressentir sur les autres grands marchés tels que l?Europe et le Canada qui appliquaient jusqu?ici des restrictions de quotas sur les exportations chinoises. Lorsqu?en 2005 les quotas seront entièrement enlevés, la Chine pénétrera aussi ces marchés. L?on notera à ce chapitre que deux tiers des exportations de vêtements de Maurice sont à destination d?Europe.

<B>Préférences</B>

La Chine risque fort d?envahir le marché européen de la même manière qu?elle accapare des parts de marché aux Etats-Unis. Quelques chiffres de l?ATMI donnent à réfléchir. Les quotas ont été abolis sur 29 catégories de vêtements le 1er janvier 2002. Depuis, les exportations chinoises sur le marché américain ont augmenté de manière fulgurante.

Entre janvier 2002 et mars 2003, la Chine a exporté 411 millions de mètres carrés de vêtements de plus sur le marché américain tandis que le reste du monde en a exporté 200 millions de mètres carrés de moins.

En termes de valeur, l?évolution de la situation est plus saisissante et dramatique. Les exportations chinoises ont augmenté de $980 millions tandis que le reste du monde a enregistré une réduction de $ 813 millions. Le phénomène de remplacement est on ne peut plus clair.

La part de marché de la Chine dans les 29 catégories de vêtements libéralisés est passé de 9 à 45 % en moyenne à la fin de mars 2003. Selon les projections de l?ATMI, la Chine occupera entre 65 et 75 % du marché américain dans deux ans.

Ce scénario est confirmé par les exemples de l?Australie et du Japon. Ces deux pays développés qui jouissent d?un pouvoir d?achat important n?ont jamais appliqué de quotas sur le textile et les vêtements. La Chine contrôle 70 % du marché dans ces deux pays, et ce, malgré la proximité d?autres sources d?approvisionnement à bon marché telles que le Vietnam, le Bangladesh, l?Inde et le Pakistan.

Si ces puissances du textile n?ont pu lutter, les pays de l?Afrique sub-saharienne ? dont Maurice ? ne pourront pas grand-chose non plus, même en tenant compte des préférences commerciales de l?Africa Growth and Opportunity Act (AGOA), soutient l?ATMI. Il est vrai que les exportations de la région ont fortement progressé grâce à l?AGOA : 27% en 2002 et 37 % durant les quatre premiers mois de 2003.

Toutefois, dès que les produits africains entrent en compétition directe avec ceux de Chine, l?avantage de l?AGOA disparaît. En 2001 les pays de la région exportaient 98 000 douzaines de robes de chambres sur le marché américain. Ce chiffre est passé à 68 000 douzaines en 2002 et s?est réduit de 58 % durant les quatre premiers mois de cette année. Dans le même temps la Chine a exporté 2,8 millions de robes de chambres représentant une croissance de 739 %.

L?industrie américaine balaie d?un revers de la main l?analyse de certains spécialistes selon lesquels les acheteurs chercheront à diversifier les risques et qu?ils rechercheront d?autres sources d?approvisionnement. Les exemples de l?Australie et du Japon cités plus haut prouvent le contraire.

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