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Détournement
Le gouvernement se fourvoie s?il pense qu?il doit tordre le cou aux opérateurs économiques pour rester proche de l?électorat. Il est vrai que les pratiques commerciales de certaines entreprises ne sont pas toutes honorables et que l?Etat a le devoir d?assurer la protection du consommateur contre les commerçants exploiteurs. Mais la décision du ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, de mener une véritable guerre contre les importateurs de lait en poudre est une démarche qui n?a rien à voir avec cela. Elle peut être contre-productive.
Sur le plan purement politique, le régime n?a qu?un intérêt à court terme en réintroduisant le contrôle des prix sur le lait. Dans l?immédiat, les prix de certaines marques vont effectivement baisser et les gouvernants vont en récolter les dividendes. Mais, à l?avenir, les prix ne peuvent qu?augmenter. Les hausses interviennent périodiquement, soit en raison des taux de change ou des augmentations dans les pays d?origine.
Le prix du lait augmentera à l?arrivée de la prochaine cargaison. Chacun en attribuera alors la responsabilité au gouvernement. En voulant administrer les prix, le gouvernement prend le risque d?avoir à se défendre à chaque future augmentation.
Rajesh Jeetah vient de donner l?impression que le marché est bien régulé dès que le gouvernement s?y intéresse. La vérité est, bien entendu, plus complexe que cela. On a encore en mémoire les cauchemars de pénurie et des marchés noirs qui sévissaient à l?époque où les prix des milliers de produits étaient contrôlés.
Porté par la vague de l?illusion qu?un ministre peut tout contrôler, Rajesh Jeetah a voulu tenter l?expérience avec le lait. Les importateurs rétorquent que si l?Etat veut imposer une marge maximale de profits, il doit tout de même tenir compte de la réalité des coûts. L?un d?eux affirme que si le lait est vendu aux prix décidés par le gouvernement, son entreprise subira une perte de 4 à 6 %. En conséquence, il se tournera vers le commerce d?autres produits. Aucune loi ne peut contraindre un commerçant à vendre le lait s?il ne le désire pas.
L?opposition des importateurs tient au fait que certains postes de dépenses tels le gaspillage inévitable, les intérêts sur 60 jours pour financer le stock et le coût du sachet n?ont pas été intégrés au calcul du prix officiel de vente. Si c?est le cas, le ministre doit ouvrir les négociations plutôt que de se braquer contre les importateurs.
L?interventionnisme de l?Etat est de mauvais augure. A un moment où les règles de l?OMC érigent en principe immuable la souveraineté du marché, alors que le ministre des Finances est un homme nourri à la sève libérale, il est impensable que le gouvernement accepte de détourner l?Etat de son rôle de régulateur et lui assigne une tâche d?importateur. En tout cas, le ministre du Commerce a laissé comprendre que si les importateurs ne parviennent pas à vendre le lait aux prix qu?il a imposés, il demandera à la STC de se substituer à eux.
L?Etat peut intervenir, mais seulement pour garantir la concurrence et défendre les consommateurs. Il n?est pas dans son rôle quand il importe et commercialise des produits de consommation courante, sauf quand il s?agit de produits sensibles. Toute autre politique donnera un mauvais signal aux investisseurs qu?on essaie pourtant d?attirer. Ceux-là ont peur des socialistes déguisés en libéraux.
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