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Désert intellectuel
La campagne d?affiches et les émissions spéciales à la télévision ont permis une large exposition de Sir Anerood Jugnauth et de Paul Bérenger, qui, même si elle frôle la surmédiatisation, se justifie d?un certain point de vue. Par contre, l?opinion s?explique mal l?émission consacrée à Pravind Jugnauth tant elle s?apparente à la propagande. A vouloir trop faire, la MBC a fini par mal faire.
Ces derniers temps, le pays a été témoin de campagnes d?affiche en l?honneur de plusieurs leaders politiques dont, outre SAJ et Paul Bérenger, Sir Seewoosagur Ramgoolam et Sir Gaëtan Duval. Cette course aux affiches devient désormais abrutissante surtout lorsqu?on tient compte de tout ce qui se passe dans la circonscription de Piton-Rivière-du-Rempart. Faut-il autant se précipiter et s?investir pour préserver la place dans l?Histoire de certains ou pour y faire entrer de nouveaux noms ? L?Histoire ne se charge-t-elle pas mieux de cette tâche ? Dans tous les cas de figure, le révisionnisme historique n?a jamais fait long feu. Autant donc ne pas trop s?inquiéter. Ce sont des signes qui révèlent le réflexe infantile de la communication politique.
Tous ces exercices de surexposition ne devraient pas occulter l?essentiel. Il y a une campagne électorale en cours et elle risque de faire beaucoup de mal à la démocratie. Ce pays si jeune n?a pas la mémoire courte. Il reconnaît la contribution des uns et des autres. Il est conscient de son histoire. Il est sorti depuis quelques années d?une ère pour entrer dans une autre. Compromettre cela, c?est prendre le risque de nuire à l?avenir de nos enfants. L?île Maurice moderne a besoin de se rappeler l?esclavage ou encore cette fatalité qu?est la concentration du pouvoir économique entre certaines mains. Fatalité propre aux sociétés anciennement colonisées. Se rappeler tout cela est légitime, mais en faire tout un projet politique, c?est faire la démonstration des outrances qui animent certains de nos leaders politiques. Si ces derniers peuvent poser les bonnes questions, ils sont loin de donner les bonnes réponses.
Fonder son action politique sur une vision conflictuelle des rapports des groupes sociaux relève de l?inconscience. Certes, il y a un capital politique à en tirer mais il y a une crédibilité qu?on perd. Il est souhaitable de se débarrasser de tous ces déterminismes sociaux et économiques qui nuisent au système actuel et qui prennent appui sur des injustices du passé. Mais une telle démarche hypothèque l?avenir et est dangereuse chez ceux qui, derrière la posture d?iconoclastes, dissimulent des populistes.
Il nous a fallu des décennies pour délacer le corset sectaire et respirer un peu plus un air de démocratie vivante. Mais le sentiment sectaire demeure latent dans des sociétés comme la nôtre. C?est un sentiment profondément enraciné chez tous les frustrés et tous les racistes. Certains n?hésitent pas à essayer de le réveiller. D?autres en sont des victimes inconscientes. Ce sont les travers de la colère et de l?ambition, mais ils révèlent aussi le désert culturel et idéologique qui peut exister au sein de la classe politique.
Nazim Esoof
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