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Dénonciations : Démêler le vrai du faux
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Dénonciations : Démêler le vrai du faux
«Sur la base d?une simple allégation faite par quelqu?un que je ne connais ni d?Ève ni d?Adam, on cherche à démolir tout ce que j?ai construit pendant des années à la sueur de mon front ! », s?indigne la directrice de Jet 7 Real Estate, Lise Coindreau.
Révoltée, déterminée à laver son honneur, Lise Coindreau ne veut pas baisser les bras : « Je veux que la vérité éclate. Je ne suis pas du tout mêlée au trafic de drogue. Et certains veulent justement porter atteinte à ma réputation. Jusqu?ici la police n?a aucune preuve, hormis la parole d?un récidiviste. Heureusement que mes clients connaissent mon sérieux et ne prêtent pas foi à ces allégations malicieuses. »
Arrêtée pour un délit allégué de drogue, puis libérée sous caution, la femme d?affaires dit vivre depuis avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. « Il suffirait qu?un autre quidam fasse une seconde allégation pour que je sois cette fois-ci enfermée, sans aucune possibilité de liberté conditionnelle ! »
En effet, l?article 32 du Dangerous Drugs Act (DDA) refuse la liberté conditionnelle à une personne interpellée pour une affaire de drogue, si elle a déjà été condamnée pour le même délit dans le passé, ou si elle est arrêtée pendant qu?elle jouit d?une liberté conditionnelle. Cependant, un récent jugement de la Cour suprême avait décrété que cette disposition du DDA était anticonstitutionnelle. Toutefois, le gouvernement a décidé de faire appel de ce jugement au Conseil privé de la Reine.
Cetains indics « Balancent » des noms à tort et à travers
Subir de telles mesures semble d?autant plus révoltant que le prévenu ne dispose d?aucun recours, même si par la suite l?enquête démontre qu?il n?y a pas d?éléments probants et que l?affaire est rayée. « Le combat contre la drogue ne peut servir de prétexte pour violer les libertés fondamentales d?un individu ! » affirme Me Jean-Claude Bibi, avocat de Lise Coindreau.
Malheureusement, aucun citoyen à Maurice n?est à l?abri d?une arrestation arbitraire basée sur une allégation, aussi malveillante soit-elle. On peut être arrêté sous une accusation provisoire (provisional charges) à la suite de dénonciations pour des vols, des détournements de fonds, des escroqueries, des complots ou encore des délits sexuels. « Maurice est peut-être la seule juridiction où il existe un système d?accusation provisoire où une personne est d?abord arrêtée, et ce n?est qu?après qu?on mène une enquête pour déterminer s?il y a matière à poursuite », explique l?avocat Yatin Varma.
« Priver une personne de sa liberté ainsi est une chose très grave, et c?est pour cela qu?une arrestation ne devrait se faire qu?après une vérification rigoureuse des indices, des preuves et des faits entourant l?accusation », affirme un ancien limier du Central Criminal Investigation Department (CCID), Rénald Fidèle.
Si l?indicateur a toujours été un élément indispensable pour une enquête policière, il n?en demeure pas moins vrai que certains « balancent » des noms à tort et à travers. « Il est important de cerner la motivation de l?indic pour déterminer le crédit à accorder à son histoire », renchérit l?ancien patron du CCID, Roger Lebon.
L?argent est souvent la raison principale. La police dispose même d?un fonds (Reward to Informers) pour payer ses indics. Trop souvent, ces derniers sont des gens issus de la pègre. « Zako mem danse pou banane ! », explique Roger Lebon avec humour. D?autres informateurs le font pour se valoriser aux yeux des policiers. « Ceux-là ne se gênent nullement pour se vanter d?avoir balancé quelqu?un, alors que c?est une règle d?or pour un enquêteur de protéger ses indics. »
Il arrive également que de bons citoyens aident la police dans ses enquêtes, en leur donnant des informations. « Mais la raison la plus inavouable est la vengeance et là le policier doit être sur ses gardes ! »
Quelle que soit la motivation de l?indic, la police peut très bien procéder à une arrestation sur la base d?une simple allégation. Quitte à rayer les accusations provisoires par la suite. « C?est le risque que court tout citoyen quel que soit son rang social ! », affirme Rénald Fidèle.
Le ministre Mookhesswur Choonee en sait quelque chose, lui qui avait été arrêté à deux reprises, sur la base d?une allégation. Le Directeur des poursuites publiques a découvert par la suite qu?il n?y avait pas matière à poursuite !
« C?est une expérience que je ne souhaite pas à mon pire ennemi ! », avait-il expliqué dans une déclaration de presse. Une chose est sûre, les indics en font tiquer plus d?un?
La mésaventure de Lise Coindreau
Lise Coindreau est de nouveau sous les projecteurs. Non pas pour son projet immobilier d?un demi-milliard de roupies à Trianon, mais pour avoir prétendument vendu cinq doses d?héroïne à Rs 5 000 à un certain Hem Kumar Hazareesingh. Ce récidiviste notoire, connu des services de police pour escroquerie, émission de chèques en bois et divers délits de drogue, a dénoncé Lise Coindreau dans une déposition le vendredi 9 juillet. Hazareesingh déclare qu?il avait parlé à Lise Coindreau au téléphone en octobre 2003 et qu?il lui avait réclamé de la drogue. Selon ses dires, ce ne serait pas la première fois. La drogue lui aurait été livrée sur le parking d?un supermarché à Flic-en-Flac par le chauffeur de Lise Coindreau, John Furlong.
Le dimanche suivant, une perquisition est menée au domicile de la femme d?affaires par les hommes du surintendant Lutchoomanen Marden du CCID, et ceux de la brigade antidrogue. Mais l?exercice ne donne rien La femme d?affaires est quand même arrêtée. Elle esquive la détention en cellule en passant la nuit en clinique à la suite d?un malaise. Elle sera remise en liberté conditionnelle lundi. Outre John Furlong, accusé de trafic de drogue, Reza Dinaully et Deven Cathan sont également arrêtés.
Le chauffeur de Lise Coindreau est le seul à demeurer en détention. En février dernier, il avait été arrêté avec 22 doses d?héroïne au domicile de cette dernière et était, depuis, en liberté conditionnelle. De nombreuses rumeurs circulent sur Lise Coindreau. Certains affirment que deux hommes sont morts d?overdose chez elle. Mais elle explique que seul Allan Duronne, le compagnon de sa mère, y est décédé. Son corps avait été découvert le 24 décembre 2002. Ce dernier avait succombé à une hémorragie du pancréas. L?autre personne, un dénommé Rose, employé de Lise Coindreau, est mort dans un accident de moto à la Montée Bol. Le 27 mai, Lise Coindreau est rentrée de ses vacances en Europe, lorsque Ally Lazer a évoqué l?existence d?un gros réseau de trafic de drogue dirigé par une femme surnommée la « Marrai-ne de Flic-en-Flac ». Estimant que ce terme la visait personnellement, elle avait réclamé un gagging order en Cour suprême à l?encontre de la presse. Elle a aussi porté plainte contre Ally Lazer pour diffamation. Cette affaire sera appelée en cour le 28 juillet. Lise Coindreau réclame également Rs 10 millions de dommages à Ally Lazer. Lundi, elle a fait une déposition avec, pour témoin, une femme policier qui l?accompagnait. La femme d?affaires affirme qu?elle a reçu un appel lui sommant de remettre Rs 200 000 pour que l?allégation portée contre elle soit retirée. Voilà une affaire aux méandres pour le moins tortueux.
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