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Cyril Ramdoo : La légende continue
A 60 ans, Cyril Ramdoo ne connaîtra point de retraite. Comme sa vie est chanson, il fera comme dans la chanson de Tino Rossi pour chanter avec raison que La vie commence à soixante ans.
Après une longue retraite, le revoilà sous les feux des projecteurs, avec une verve ravivée pour redonner foi au séga d?ambiance «made in Mauritius». Avec lui, il fait bon vieillir. Son secret ? Ne jamais se dire qu?il fait quoi que ce soit d?exceptionnel, mais qu?il le fait avec sérieux, détachement et ironie. Et ça marche !
Cyril Ramdoo est de ceux qui se jouent de l?ironie de la vie pour en faire des chansons types, ancrées dans la réalité des gens, d?un pays, d?un mode de vie. L?île Maurice reste donc pour lui un vivier dans lequel il puise sans relâche pour en faire des chansons taillées sur mesure pour chaque Mauricien.
«Je devais laisser passer l?orage»
Tout cela est la conséquence d?une vie bien remplie, passée à observer ses pairs, en famille, à l?école où il a enseigné pendant 30 ans à des enfants ayant des déficiences mentales, à s?asseoir à la table des fameux «l?hotel di thé » des centre-villes, et à animer des soirées festives au cours desquelles les m?urs sont des plus exacerbées.
Depuis son retentissant succès en 1975, avec cette chanson des plus inventives intitulée Baptem létan margoz, Cyril Ramdoo n?a pas baissé sa garde.
Il s?est retiré quelque temps, alors que déferlaient les tendances musicales parties pour conquérir un public friand de ce qui vient d?ailleurs ? le rap, le ragga, le hip-hop, principalement.
Il estimait ne plus avoir la cote à ce moment-là. « Je devais laisser passer l?orage. Pour moi, le séga mauricien raconte des faits vécus dans un contexte local, avec de l?humour pour rendre ces situations à la fois cocasses et attachantes.» L?introspection est toujours nécessaire dans ces cas-là. Le résultat : Face à Fa®ce ? un disque tout beau et tout chaud, réalisé avec la complicité de son ami Allan Marimootoo de Musipro et sponsorisé par l?association Les enfants d?un rêve.
Depuis quarante ans, l?artiste propose des histoires quotidiennes, mises en valeur par le biais de mélodies soignées, aux bons soins du séga mauricien. Certaines sont légères, avec de temps en temps, selon les saisons, une petite note plus grave - au risque d?un manque de surprise. Mais on ne demande pas à Cyril Ramdoo de se réinventer à 60 ans et surtout pas après une si longue carrière.
On aime sa verve poétique, ses refrains entêtants, simples et qui font sourire. Face à Fa®ce s?inscrit ainsi dans la continuité.
Regard lucide
Ce qui donne tout son charme à chacun de ses huit morceaux, dont deux sont des morceaux connus, revisités ? Mone perdi mo mama et Diabolo et l?autre, Tiki ek Romike, ou l?histoire de «martin ar sat maron» - une façon unique de réinventer, voire de revisiter la plus célèbre fable de la Fontaine : Le corbeau et le renard, sur une musique originale signée Stan Jones.
La pochette du CD, signée Joël Ramdoo, met en image chaque chanson, sous le mode de la bande dessinée. Une belle trouvaille.
Et revoilà donc Cyril Ramdoo plein de malices, d?espiègleries, de bons sentiments et plein de bonnes intentions. Plaisant, drôle, Cyril Ramdoo présente sa soixantaine par le versant comique.
Le disque dégage une générosité joyeuse. Il met du baume au c?ur. On rit de soi, de nous, de l?autre, des autres. A chaque fois, l?artiste qui signe aussi les textes de cet album, capte avec brio les vibrations de notre société. Son regard est lucide.
Sans jouer au moralisateur, Cyril Ramdoo continue d?écrire sa formidable histoire d?amour avec le séga mauricien. Une vraie légende.
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