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Curitiba, une ville qui vous veut du bien
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Curitiba, une ville qui vous veut du bien
Par Nicholas RAINER</B>
C?est un des volets les plus instructifs de la saga verte de la terre. Plus que les Dongtan et autres éco-villes qui sont en train d?être construits à coups de matraquage médiatique, c?est la ville brésilienne de Curitiba qui donne le ton en matière d?urbanisme durable. Et ce depuis 1975, c?est-à-dire bien avant que le développement durable ne devienne «tendance». Cette «expérience urbaine» a effectivement révolutionné la manière dont les plans d?urbanisme sont conçus. Il serait peut-être judicieux pour nos décideurs d?y faire un tour afin de réaliser qu?il est possible de stimuler le développement économique tout en prenant en compte la rareté des ressources d?une planète traquée par des multinationales avides de profits.
Car, voyez-vous, avoir une conscience verte n?implique pas de se transformer en pour fendeur du développement. Mais il ne faut pas non plus confondre développement et bétonnage. De plus, il est important de se rappeler que certaines entreprises qui sont promptes à verdir leur image pour des raisons de relations publiques n?ont pas vraiment à c?ur l?environnement ou le sort des démunis.
Tant elles achètent des grandes pages de pub vantant leur soutien aux énergies renouvelables qu?on serait presque tenté d?oublier leur contribution au changement climatique et leur résistance à toute mesure qui pourrait grignoter dans leurs profits énormes.
Le salut de la planète ne passera certainement pas par les multinationales. Mieux vaut donc se tourner vers l?architecte du succès de Curitiba : son maire, l?urbaniste Jaime Lerner (prédécesseur de Gaëtan Siew à la tête de l?Union Internationale des Architectes). Il a réussi à trouver des solutions durables à bon nombre de problèmes d?urbanisme universels tout en stimulant l?emploi et le sens civique de ses mandants.
«Il serait difficile de ne pas être impressionné par les accomplissements de cette ville. En explorant Curitiba à pied, en bus et en voiture, j?ai découvert que c?est une ville qui a créé un véritable système interdépendant pour adresser les préoccupations environnementales, sociales et économiques. Chaque jour j?ai vu davantage de moyens créatifs et rentables pour arriver à l?essentiel des problèmes urbains», a écrit le journaliste Tim Gnatek lors d?une visite.
Ce qui frappe aussi, c?est que plusieurs parallèles forts intéressants existent entre Curitiba et Maurice, telles la taille et la mixité de la population ainsi que le climat. Malheureusement les parallèles s?arrêtent là. L?incapacité des autorités mauriciennes à résoudre certains problèmes d?urbanisme basiques est davantage indicative de leur indolence que de leur incompétence.
À Curitiba, les promoteurs bénéficient d?incitations fiscales si leurs projets contiennent des espaces verts. Toute espace abandonnée est convertie en espace vert. Son système de bus (60 % de la population l?utilisent), abordable et efficace, a été adopté dans plusieurs villes du monde entier.
Ses favelas, ou «habitations spontanées» comme les nomment les adeptes du politiquement correct, bénéficient d?une fourniture électrique et de services d?assainissement complètement décentralisés et gérés par les habitants eux-mêmes. Ou encore, son programme «nourriture contre déchets» qui offre aux habitants un kilo de légumes contre? un kilo de déchets triés !
Naturellement, cette ville a également son lot de problèmes. Qui n?en a pas ? C?est son approche à ses problèmes qui fait toute la différence. Curitiba nous montre que la loi du plus faible est souvent plus instructive que celle du plus fort. Charles Darwin a écrit, «Si la misère des pauvres est causée non par les lois de la nature mais par nos institutions, grand est notre péché». Il ne faudrait pas l?oublier.
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