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Curepipe achète de la vieille ferraille

10 janvier 2007, 00:00

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De nos jours, en 2007, il est fréquent d?entendre parler de vols de ferraille, les uns plus scandaleux que les autres d?autant plus que notre faiblesse policière fait preuve à l?égard de ces amateurs de veille ferraille d?une impotence et d?une incapacité encore plus grandes que celles dont font preuve nos pandores lorsqu?il s?agit d?arrêter un introuvable, devant purger une peine de prison alors qu?il se laisse longuement interviewer par notre presse parlée et écrite, entre autres pour poser les conditions d?une incarcération plus à son goût. L?agrément de telles revendications confirme officiellement que nos autorités gouvernementales et policières ne font plus la loi dans toutes nos prisons.

Pour en revenir aux vols de plus en plus fréquents de vieille ferraille, des journalistes entretiennent, involontairement, espérons-le, l?impression confuse que notre faiblesse policière ne peut rien faire contre ces redoutables chapardeurs de vieille ferraille, sans doute mieux motorisée que l?ensemble de nos pandores. Ils racontent, comme allant de soi, que nos panneaux de signalisation routière en aluminium seront remplacés par d?autres en acier (une commande ferme, sans doute, de la corporation des voleurs de vieille ferraille). Ces derniers ont le temps de dévisser ces panneaux routiers, tout en laissant derrière eux (aimable attention) les montants métalliques qu?ils auraient pu tout aussi bien scier, à la base, comme ils le font si bien, au cimetière de l?Ouest, pour les clôtures métalliques, datant de l?époque française et dont les barreaux font un bon pouce d?épaisseur. Il va de soi qu?une telle activité commerciale, ne profitant qu?à quelques privilégiés, handicape sérieusement désormais toute velléité de la cité du Port Louis de réclamer l?inscription de notre Pleasure Ground et l?ancien cimetière annexe du Fort Blanc au registre du patrimoine humoristique mondial.

Il est curieux que nos journalistes spécialisés dans l?incapacité notoire de notre faiblesse policière de mettre la main sur nos voleurs de ferraille, honorablement représentés en hauts lieux, n?ont pas l?élémentaire intuition de conseiller à nos pandores plus maladroits que d?habitude, la surveillance intelligente et adéquate des centres, moins nombreux d?achat, de la vieille ferraille ainsi chapardée aux quatre coins de l?île. Qu?il s?agisse de la consommation locale ou de l?exportation, ces dépôts de collecte de vieille ferraille volée ne doivent pas être assez nombreux ni assez discrets pour que même la pire faiblesse policière qui soit ne puisse les repérer ni les mettre hors d?état de poursuivre leur ?uvre de malveillance et même de vandalisme. Nous finirons par éprouver les craintes les plus sérieuses pour le suprême pot de fer contre lequel butent vainement les mille et une velléités légitimes et judicieuses des impuissants pots de terre que nous sommes, heureusement.

Demeure le fait qu?au début de janvier, notre bureau de l?Audit décide tout bonnement de faire la lumière sur l?achat, par la commission administrative nommée de Curepipe, d?une cargaison de vieille ferraille, pour la somme de Rs 23 000. L?achat remonte à avril 1980 et figure, dans la comptabilité municipale, à l?item ?matériaux de construction?. On croit même savoir que cette vieille ferraille devait entrer dans l?édification d?une nouvelle annexe de la bibliothèque municipale, dite bibliothèque Carnegie (à ne pas confondre avec l?auteur du best-seller ?Comment faire du neuf avec du vieux ??.

Rendus sur place, les enquêteurs de notre Audit, tant méprisé, se rendent compte que les matériaux de construction, achetés en avril 1980, sont en fait de vieilles barres de fer tordues, rouillées, inutilisables, qui auraient fait la joie de nos voleurs de ferraille d?aujourd?hui mais que même les maçons et autres man?uvres municipaux curepipiens de 1981 dédaignent et refusent d?utiliser. Cette vieille ferraille est entre-temps emmagasinée dans un entrepôt situé vis-à-vis de l?église paroissiale Sainte-Thérèse (merci pour le respect du culte).

Après l?annonce de la découverte d?un stock inutilisé et pour cause de vieille ferraille à Curepipe, arrive le moment des dénégations et autres pas-moi-li-çades. L?ingénieur municipal, Jocelyn Philippe, responsable, avec l?ambassade américaine à Maurice, de l?agrandissement de la bibliothèque municipale, fait savoir que celle-ci n?a rien à voir avec le stock acquis de vieille ferraille. Dans ce cas Curepipe commande et l?ambassade yankee paye rubis sur ongle. Suite à cette dénégation se pose une autre question : si ce n?est pas la bibliothèque municipale qui donc est responsable de cette curieuse acquisition curepipienne de vieille ferraille ?

Faute de pouvoir répondre à cette question, Curepipe obtient le remboursement des Rs 23 000 par le quincaillier concerné. Ce dernier veut bien rembourser mais non en espèces mais en fers de construction, ne pouvant être classés ?vieille ferraille?. Curepipe accepte le troc tout en sachant ne pas savoir comment utiliser ces fers de... remplacement. De quoi donner des idées à des voleurs de vieille ferraille même à un quart de siècle d?intervalle.

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