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C?ur ?
Roi de c?ur, coup de c?ur, courrier du c?ur, c?ur léger, c?ur lourd? « Rodrigue as-tu du c?ur ? » (« Mon papa, j?ai du carreau », répondait-on dans nos facéties de collégiens?). Le c?ur est partout. Depuis que l?émotion fait partie de la vie de l?homme, le c?ur est partout, et pour beaucoup le centre de leurs préoccupations, comme il est l?organe central de la personne. Sans se lasser, il fait circuler la vie. Cette permanence se retrouve dans d?innombrables expressions où le mot qualifie cent manières d?être. De tout temps, « Avoir bon c?ur » ou « la rage au c?ur » signifient le même état d?âme.
Une telle primauté dans le dictionnaire du c?ur s?explique par le rôle central qu?il joue dans notre organisme. D?où cette abondance de métaphores liées aux différents visages de la vie. Soit la vie affective, comme en Occident, soit la vie mentale, le savoir, comme dans beaucoup de traditions. Pascal n?a-t-il pas dit : « Les grandes pensées viennent du c?ur » ?? La disparition de l?abbé Pierre, par exemple, souligne tout à fait cette idée.
En Inde, le c?ur est la demeure de Brahma. Pour les chrétiens, il est le temple de Dieu. Ainsi appelle-t-on le centre de la croix restitué par l?architecture d?une église : le ch?ur (ou c?ur) de l?église.
Dans la mythologie chinoise, le c?ur est un composé de deux éléments : la Terre et le Feu. Il se rapporte aussi au nombre 5 : symbole central unissant les quatre éléments. Le c?ur est donc le centre du monde. Pour le Tao, il est le « maître du souffle », équivalant à la lumière, c?est-à-dire à l?esprit.
Le yoga situe le c?ur de l?esprit entre les sourcils, lieu du Troisième ?il (ou glande pinéale), réputé donner des facultés de voyance?
Dans l?Égypte ancienne, le c?ur est un vase, préfiguration du Graal ? cette coupe légendaire dans laquelle Joseph d?Arimathie recueillit un peu du sang du Christ sur la croix. Dans les momies d?Égypte, le seul organe laissé en place était le c?ur, avec cette formule : « Le c?ur d?un homme est son propre Dieu. »
Partout, dans toutes les traditions on retrouve cette signification du c?ur comme centre de cette vie. René Guénon rappelle que le symbole du c?ur, en Inde comme en Égypte est un triangle pointe en bas, et qui est aussi le symbole du Féminin, (la Shakti).
Si l?on fouille les données étymologiques, on découvre, par exemple, dans les langues celtiques, une même origine pour désigner le centre et le c?ur : le breton « kreiz », l?irlandais « cridhe », issus de la racine indo-européenne « krd », milieu, centre.
Dans le « Cantique des cantiques », l?expression « prendre le c?ur » d?une personne veut dire qu?on lui enlève le contrôle de soi-même. Au sens littéral, on sait que dans certaines tribus d?anciens guerriers, dévorer le c?ur de son ennemi permettait de s?assimiler ses qualités guerrières, de prendre de la force?
Un « fabliau » (conte édifiant) du XIIIème siècle, intitulé « Le c?ur mangé » raconte la terrible vengeance d?un mari trompé. Découvrant l?infidélité de son épouse, éprise d?un preux chevalier. Après avoir tué le rival en l?attirant dans une embuscade, il prélève le c?ur de sa victime, qu?il fait manger à sa femme en un excellent ragoût aux petits oignons? Repas terminé, l?affreux mari lui raconte comment elle vient de manger le c?ur de son amant. Après quoi, il la condamne à être murée vivante? Epoque sans pitié !?.
En dehors de sa fonction organique, le c?ur est le siège des sentiments : amour, haine, compassion, amitié, regret, désespoir? L?art, la musique, la littérature ont donné au c?ur leurs voix privilégiées. Inlassablement, le roman, comme la chanson raconte ce que Proust nommait « les intermittences du c?ur ». La joie, l?espoir, la déception, la souffrance, avatars et prouesses du c?ur. Avec le cinéma, notre époque a fourni une large place aux aventures du c?ur. Cela va du pire au meilleur, mais le chef-d??uvre n?est pas rare. Il s?agit toujours d?expliquer des comportements selon les voies du sentiment, en montrant que le c?ur a ses raisons que la Raison ne connaît pas?
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