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Cultiver l?humanisme à travers le théâtre
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Cultiver l?humanisme à travers le théâtre
Pour un coup d?essai, ce fut un coup de maître. En effet, Véronique Nankoo s?est non seulement adjugée le prix de la meilleure pièce, celui du meilleur auteur mais aussi le prix spécial du jury pour son jeu de scène. Cette reconnaissance de son talent d?auteur et d?interprète n?est toutefois pas montée à la tête de cette jeune fille qui a fêté ses 26 ans dimanche. Tout au plus, elle lui a conféré une certaine assurance.
Bizarrement, l?enseignement, comme l?écriture de pièces de théâtre, ne figuraient pas dans ses plans initiaux. Elle entrevoyait sa vie professionnelle en tant que journaliste ou dans un des métiers de l?édition. Et bien qu?elle ait toujours tenu un journal et écrit des sketches à l?école, elle n?avait jamais imaginé écrire une pièce de théâtre. Ce sont des évènements extérieurs qui l?ont orientée dans ces voies.
Véronique a toujours été très littéraire, optant surtout pour les langues au collège Notre-Dame. ?J?ai toujours adoré la littérature et je suis un peu fille de Shakespeare et de Chaucer car je trouve leurs écrits parlants par rapport à la xénophobie, au sexisme, aux différences sociales, à tout ce qui est machiavélique chez l?humain et qu?il ne doit pas développer?.
Sa conscience des inégalités sociales commence à prendre forme quand le pays est secoué par ce qu?on appellera l?affaire Kaya. Elle réalise que ces inégalités affectent davantage la classe moyenne dont elle fait partie, de même que la classe ouvrière. Avec le temps, ces idées feront du chemin dans sa tête et se reflèteront dans ses écrits. En attendant, elle tient son journal au quotidien.
A la fin de son cycle secondaire, Véronique obtient ses distinctions en anglais et français. Comme sa famille n?a pas les moyens de financer ses études supérieures à l?étranger, elle décide de fréquenter l?Université de Maurice et de travailler pour économiser et obtenir sa maîtrise en France.
Ne parvenant pas à trancher entre le français et l?anglais, elle opte pour un Bachelor of Arts en humanités. Et durant son temps libre, elle travaille pour mettre des sous de côté. Si elle apprécie le contenu des cours à l?UOM et en particulier deux professeurs, les Dr Koomaree Issur et Arnaud Carpooran, elle est stupéfaite des différences ethniques faites par les étudiants entre eux. ?Si ces réalités font mal, elles aident aussi à forger le caractère?.
Au fur et à mesure qu?elle avance dans ses études, Véronique réalise qu?elle est plus sensible à la littérature francophone. ?C?est une appropriation de la langue française. J?y vois une différence dans la langue, dans son corpus. J?apprécie surtout la littérature des Caraïbes car elle est chantante et rappelle la sonorité de la ravanne. Et puis, j?aime son réalisme magique, c?est-à-dire une manière de dire la vérité avec douceur, avec des mots qui font rêver?.
Son BA obtenu, Véronique s?envole pour la France et se fait admettre à l?université de Cergy-Pontoise, première université à se spécialiser en littérature francophone, où elle étudie en vue de décrocher une maîtrise en lettres, mention littérature francophone. Son emploi à mi-temps de surveillante d?études dans un lycée de la ville lui fait réaliser qu?elle est faite pour l?enseignement. Son mémoire de fin d?études a pour thème L?enfant et la société coloniale et pour l?exercice, elle dissèque l?ensemble des ?uvres de Loys Masson.
Lorsqu?elle rentre au pays avec sa maîtrise en poche, elle a le choix entre enseigner dans les systèmes éducatifs public ou privé. Se rappelant que les classes moyenne et ouvrière n?ont pas accès au système éducatif privé en raison d?un manque de moyens, Véronique décide d?enseigner dans le système public.
Elle fait ses premières armes au collège Mauritius, section garçons, où elle reste quelques mois. Le collège St Mary?s fait ensuite appel à elle. Cela fait deux ans qu?elle y enseigne la littérature française et tire énormément de plaisir au contact de ses élèves. Elle commence l?écriture d?un recueil de nouvelles qu?elle ose un jour montrer à son collègue, Gillian Geneviève. Celui-ci a remporté le premier prix du Festival National d?Art Dramatique en 2006 avec sa pièce Le Meilleur des Mondes. Ce dernier l?incite à persévérer.
?J?ai toujours adoré la littérature et je suis un peu fille de Shakespeare et de Chaucer car je trouve leurs écrits parlants par rapport à la xénophobie, au sexisme, et aux différences sociales...?
Le déclic effectif pour l?écriture d?une pièce de théâtre se produit notamment lorsque le gouvernement prend la décision de ne plus subventionner les frais d?examens de Form V et VI. ?J?ai été éc?urée par cette décision qui pénaliserait une fois de plus les classes moyenne et ouvrière?. L?augmentation du prix du pain est un autre exemple qui l?interpelle.
En l?espace d?un week-end, Véronique couche sur papier les trois actes qui constituent la pièce Arc-en-ciel. Elle raconte l?histoire d?une usurpation de pouvoir par la tribu des rouges après une alliance contractée avec les bleus. Et ce, au détriment des verts et jaunes. ?Cette pièce est intemporelle et n?y voir qu?une critique politique serait réducteur. Je voulais faire passer un message aux Mauriciens qui est celui de réagir, d?être plus ouverts, de juger une personne par rapport à ses compétences et pas sur son appartenance ethnique.
Une bonne partie de ses protagonistes sont des élèves de l?école qui ont une expérience du théâtre. Elle s?attribue aussi un rôle. Dans ses moments les plus difficiles, elle est encouragée par son père Alain et son fiancé Jeff.
Sa pièce est appréciée par le jury du Festival National d?Art Dramatique qui lui décerne le prix de la meilleure pièce, celui du meilleur auteur et le prix spécial du jury pour son jeu de scène. On lui a proposé de la rejouer à l?auditorium Octave Wiehé et ailleurs mais ses comédiens sont encore scolarisés et elle refuse de perturber leurs études.
?Mais si des professionnels veulent la jouer, je n?ai aucune objection, à condition que je garde la mise en scène? Elle lance un appel aux intéressés car son rêve serait de la voir jouer au théâtre de Port-Louis par exemple.
Véronique ignore si elle écrira d?autres pièces. Ce qui est certain, c?est qu?elle écrira. ?L?écriture est une mission pour moi. C?est comme enseigner. C?est une manière de cultiver la bonté chez l?humain??
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