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Cuisines et indépendance

13 février 2007, 00:00

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Râblé, l??il et le geste vifs, il n?a du Normand que l?apparence réservée. Car ses 51 ans n?ont aboli en lui ni sa veine généreuse, ni sa carrure énergique, ni sa jovialité contagieuse. Lui, c?est Pierre Vatel, cuisiniste. ?Cuisiniste? : terme incongru ? Tout simplement, fabricant de cuisines, un mot si peu connu ici, et pour cause, mais si répandu en France, patrie désormais lointaine car Pierre voudrait bien finir ses jours près du soleil et de la mer.

Sanguin, opiniâtre, ce titulaire d?un Bac en sciences économiques abrite un tempérament de bâtisseur. ?Maurice ressemble quelque peu au Portugal d?il y a 30 ans. Je suis persuadé qu?il y a potentiel comparable de croissance.?

Pierre n?est là que depuis quelques mois, mais il pourrait bien faire souffler un petit vent de révolution sur les réchauds et signifier la fin des plaques de béton rudimentaires qui rendaient fruste la cuisine de monsieur Tout-le-monde. Car il arrive, lui, avec des modèles sur plan d?une grande marque française et se voulant adaptés au Mauricien moyen.

Depuis sa participation au dernier Salon de la maison, les clients ? et les visites à domicile pour vendre, mais aussi et surtout informer ? abondent. Cela ne va pas sans épisodes cocasses : comme ce jour où, proposant un choix entre des tiroirs à sortie totale et tiroirs avec amortisseurs, il s?est vu demander plutôt des ?tiroirs qui ne nous restent pas dans les mains? !

Il faut bien parler du métier et du commercial qui mènent la barque en Pierre car ils servent à bien cerner le personnage. ?J?ai un grand respect pour le travail.? Lui qui fut d?abord un professionnel du bâtiment, il eut un passage émouvant en Afrique de l?Ouest, terre rêvée d?un ailleurs plein de promesses lorsqu?on naît dans une petite ville grise du bord de la Manche et, encore plus triste, détruite durant la dernière guerre. Pierre est l?exemple type du fonceur aussi peu ?technocratiquement correct? que possible ? et dont une société aveuglée les profils grecs diplômés d?Oxford se prive trop souvent, bien à tort.

Originaire d?un lieu qui avait perdu son âme dans un conflit sanglant, il a trouvé sa voie par lui-même dans cette épithète de bâtisseur, ?uvrant dans le génie civil dans des pays vivant dans la précarité.

Le relogement des populations touchées par la construction de barrages en Côte d?Ivoire accompli, il sut se reconvertir en commercial à Paris ? à la tête d?une équipe de 12 vendeurs de produits financiers.

Il en a tiré des leçons. D?abord respecter les limites, ne jamais se laisser déborder. ?J?aime que les choses ne dépassent pas leur cadre.? Pour lui, le métier de vendeur ne se pratique pas à coup de massue et il importe autant d?informer que de vendre. Pas question de forcer les gens à se ruiner pour une cuisine. Mais on peut toujours leur en donner le goût, pour que le moment venu, les mentalités changent.

Car la cuisine, sans jeu de mots douteux, ça n?est pas qu?un gagne-pain pour Pierre. Il l?a définitivement dans la peau, autant comme cuisiniste que comme cuisinier. Ce lointain descendant de l?intendant du Grand Condé a peut-être hérité de quelques atomes de cet illustre ancêtre, un maître cuisinier qui se donna la mort pour n?avoir pu, à son corps défendant, satisfaire à temps le cruel palais de Louis XIV.

?Je partage bien des secrets avec les femmes?, nous lance-t-il enfin avec une pointe de malice. Aimant volontiers la nature sauvage du Sud pour des bouffées d?oxygène en solitaire, il ne rechigne pas à faire la fête en bon vivant. Être l?homme dans la cuisine ne fâchera jamais ce joyeux drille qui sait si bien lui apporter le rythme et le goût.

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