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Croisière : dans le sillage des maîtres du monde

18 janvier 2005, 00:00

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Certains ont vendu leur vie pour s?offrir ce rêve. Terrain, maison, ?même le chien? : ils ont tout liquidé pour vivre sur l?eau. Des self-made men qui, ?s?ils ne mangent pas de caviar et ne boivent pas de champagne au petit déjeuner?, aspirent tout de même à être les maîtres du monde. A posséder un appartement à bord de The World, paquebot-immeuble qui restera à quai chez nous jusqu?à mercredi, avant de mettre le cap sur le port malgache de Nosy-Be.

Si le temps est à l?escale, une chose est sûre, la sécurité à bord du bateau de plaisance ne fait pas relâche. Il ne faut pas se fier aux dents blanches du garde de sécurité. Son uniforme blanc est assorti d?une matraque noire. D?un doigt ultra minutieux, il vérifie, contre-vérifie, et s?assure encore une fois que tout est en règle. Les responsables de la Mauritius Ports Authority n?échappent pas à la règle.

Pendant ce temps, la surface bitumée du quai n° 4 ressemble de plus en plus à une plaque chauffante. Une bulle de désinfectant a été placée au pied de la passerelle pour que nous nous lavions les mains. Une, deux, trois?arrivés à la quatorzième marche de la passerelle, stop. Faux départ. Il faut redescendre. Une identité doit être de nouveau contrôlée.

Quelques minutes d?attente. Nous grimpons d?une traite au sommet de The World. En haut de la passerelle, vérification des sacs, avant d?atteindre le parquet impeccablement ciré. Le brillant et le feutré le disputent calmement à la splendeur du grand hall. A droite, le bar et ses rangées de bouteilles, alignées pour faire saliver. En face, un piano noir qui semble n?avoir jamais connu la poussière. Et partout des tapis, des miroirs, du cuivre, des lumières tamisées, des baies vitrées. Une série de couloirs où il serait aisé de se perdre sans les plans du bateau affiché au mur. Bref, tout ce qui cultive le luxe, le calme et la volupté.

Pour habiter chez eux ? dans un studio ou dans un appartement ? tout en faisant le tour du monde, les heureux propriétaires ont allégé leur compte en banque de Rs 56 millions à Rs 224 millions. Une somme qui ouvre la porte à tous les accessoires du confort des sens, concentrés dans 30 à 155 mètres carrés. Le tout est habillé de tons coordonnés de vert, de rouge et de bleu, avec la possibilité d?aménager son propre décor, et donc, de payer une somme supplémentaire.

La durée du droit de propriété est de 50 ans. The World a pris la mer il y a deux ans. Il reste donc 48 ans aux passagers pour faire le tour de la terre et s?acquitter de frais d?entretien de leur appartement s?élevant à 8 % du prix de leur logement flottant.

Tout est ?vrai? à bord

Deux chambres à coucher, deux salles de bains, des téléviseurs dans toutes les pièces. ResidenSea, la société basée à Miami, qui gère le paquebot-immeuble de 10 ponts fournit même de la lecture à ses passagers. Sur une étagère : une copie du Nana d?Emile Zola, traduite en suédois.

?C?est la première fois qu?un bateau est équipé de cuisines privées?, précise Ola Harsheim, le capitaine de The World. La démarche décidée, l??il bleu hypnotique, il a l?allure d?abord inquiétante, puis pleine de compétence, du vieux loup de mer, avec ses tatouages qui dépassent sous les manches de l?uniforme impeccable. Dans la cabine de pilotage, pas trace d?un gouvernail. A la place, une série de moniteurs et de manettes, qui effacent les images de cinéma qui ont nourri notre imagination.

Maître du monde soucieux de l?image de son univers, le capitaine Ola Harsheim précise que tout est ?vrai? à bord. Le poing fermé, il frappe sur l?accoudoir de son fauteuil en disant, ?le bois est véritable, ce n?est pas du plastique, comme sur d?autres bateaux de croisière. Ailleurs, les passagers sont seulement de passage, le décor y est clinquant. A bord de The World, tout a été pensé pour le repos?. Au service des 94 passagers, profitant de la halte mauricienne : 250 membres d?équipage, dont deux Mauriciens. ?L?un d?entre eux est chef cuisinier.?

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