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Crise à la MBC: le président s?en va
Fin du bras de fer Nassir Ramtoola-Torriden Chellapermal. Le conflit constant entre les deux hommes a abouti au départ du président de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). Nassir Ramtoola a, dans une lettre au Premier ministre, exprimé son souhait de se retirer de la tête de la station nationale dès la fin du mois. Sa démission a été acceptée hier par le Conseil des ministres.
Pour l?instant, son successeur n?a pas encore été désigné et aucun nom évoqué. La question sera probablement finalisée la semaine prochaine au cabinet. Nassir Ramtoola, en mission à l?étranger, n?a pu commenter sa décision. Torriden Chellapermal n?a pas, pour sa part, souhaité faire de déclaration.
Depuis leur nomination en octobre 2002, les deux hommes n?ont cessé de se chamailler. Le sujet de discorde était toujours leurs prérogatives. Torriden Chellapermal reprochait à son président de trop s?immiscer dans la gestion quotidienne. Nassir Ramtoola estimait de son côté qu?il était de son devoir de le faire au nom de la bonne gouvernance.
La démission du président peut sembler inattendue d?autant que le directeur général était davantage assis sur un siège éjectable ces dernières semaines. Un des parrains de Torriden Chellapermal, un Senior Minister, s?était retourné contre lui et essayait depuis quelques mois de le discréditer. Selon nos informations, la position de ce dernier reste incertaine. Le Premier ministre, Paul Bérenger, et son adjoint, Pravind Jugnauth, se penchent sur son sort.
Outre le clash de personnalités qui a caractérisé le mandat des deux hommes, c?est surtout l?ambiguïté du MBC Act qui a envenimé les relations. D?ailleurs le rapport Glover, commandé par le gouvernement et soumis il y a trois mois au Premier ministre, se penche sur le partage des pouvoirs.
LE RAPPORT GLOVER DÉÇOIT
Le document propose de faire le ménage à la tête de la MBC. L?ancien chef juge, Sir Victor Glover, conseille de fusionner le poste de président et de directeur général. Cette proposi- tion n?a toutefois pas les faveurs du gouvernement. Selon un membre du conseil d?administration, les recommandations du rapport Glover «ne sont pas à la hauteur des espérances».
L?ambiguïté à propos des responsabilités du conseil d?administration et du directeur-général de la MBC trouve ses origines dans le cadre légal. Celui-ci a de tout temps miné le bon fonctionnement de la MBC. Le MBC Act, qui date de 1982, stipule à la clause 6 que la MBC doit être «administrée et contrôlée par un conseil d?administration». Cependant, il attribue au directeur général «le contrôle et la gestion quotidienne». Ce dernier doit également « agir conformément aux directives qu?il pourrait recevoir du conseil d?administration». Le prétexte est donc tout trouvé pour que l?un comme l?autre estimer qu?il a la main-mise sur la MBC.
«La loi donne trop de pouvoirs à un Board qui n?a pas les compétences requises en audiovisuel. J?estime qu?il faut tout bonnement mettre fin au concept actuel d?avoir un conseil d?administration. Je suggère qu?il y ait un comité de direction pour s?occuper des affaires de la MBC», estime l?ancien directeur général Trilock Dwarka, en poste de 1995 à 2000.
En sus du pouvoir « excessif » détenu par le Board et qui est un facteur important de discorde, il y a les sous-comités du conseil d?administration. Le président détient tous les pouvoirs ou presque à travers ces instances. La loi prévoit quatre comités : finances, programmation, nominations et discipline.
«Le contenu des programmes, les dépenses de la MBC, le recrutement et les actions disciplinaires se décident au sein de ces comités. Devant cet accaparement, le rôle du directeur général est réduit à un strict minimum. La loi mérite d?être revue», déclare un ancien président du conseil d?administration. Ce dernier ajoute que le MBC Act fait du directeur général un «yes-man du board et un simple Human Resources Manager».
Pour un haut responsable de la station nationale, « le Board devrait être là pour faire un contrôle a posteriori et non pas pour dire quelle émission il faut faire. Malheureusement, à travers la loi, le conseil d?administration est mêlé à tout».
Les rapports entre le président et le personnel, en passant outre au directeur général, sont aussi une source de conflits. Certains reproches de Torriden Chellapermal à Nassir Ramtoola pointent dans cette direction. Ce dernier s?en est toujours défendu en affirmant qu?il ne demande que « des informations factuelles et non des explications ».
La grande guerre entre Mervyn Coombes, lorsqu?il était président de la MBC, et Trilock Dwarka avait débuté de cette manière. Le premier avait convoqué les chefs de départements à une réunion alors que Trilock Dwarka n?en avait pas été informé.
Les syndicats ont de tout temps profité de cet antagonisme pour alimenter le feu entre les deux dirigeants de la MBC. La «proximité» entre un dirigeant syndical et le président Ramtoola a fait l?objet de beaucoup de commentaires.
Le meilleur exemple où le président a eu un rôle très dominant par rapport à son directeur général est probablement celui de Shirin Aumeeruddy-Cziffra par rapport à Hootesh Ramburn. Ce dernier a eu un rôle nettement plus effacé. De l?achat de films à l?étranger à la Gamme d?Or, Shirin Aumeeruddy-Cziffra s?est imposée, même si cela semblait arranger Hootesh Ramburn.
Autre problème caractéristique de la MBC, c?est l?ingérence politique où le plus exposé est le directeur général, sans oublier le lobby des associations socioculturelles pour obtenir leur « quota » de programmes. Sans un changement de la loi, les « maladies » de la station de la rue Louis-Pasteur semblent incurables.
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