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Crise financière mondiale : Premières secousses
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Crise financière mondiale : Premières secousses
Les investisseurs ont commencé à vendre leurs actions hier. Ils craignent de subir des pertes suivant la crise financière qui ébranle des institutions américaines de grande renommée, et qui se propage depuis vers plusieurs autres pays à travers le monde.
Les entreprises les plus affectées par le vent de panique soufflant sur les investisseurs sont les banques. Leurs actions ont chuté, pour l?une de Rs 5, et pour l?autre de Rs 7, durant la seule journée d?hier. De larges volumes d?actions ont été, en effet, déversés sur le marché boursier, provoquant la baisse des cours. Certains hôtels ont également cédé du terrain, mais dans une proportion moindre, d?environ Rs 2 par action.
Hier, à la clôture à la Bourse de Maurice, les trois indices boursiers ont chuté en valeur : 3,2 % pour le SEMDEX et aussi pour le SEMTRI. Quant au SEM 7, il a lâché 3,85 %. L?indice SEMDEX équivalait à 1567,10, sa valeur la plus faible de l?année. Au début de janvier, il avoisinait 1860.
Le marché boursier mauricien n?est pas le seul dans la tourmente. Ceux du monde entier ont connu ces derniers jours, des pertes énormes. A l?origine, la crise immobilière dite du subprime, dont les répercussions se font encore sentir. La dernière institution qui en a réellement souffert est l?assureur américain AIG, dont l?annonce de la nationalisation a été faite ce mardi.
La Réserve fédérale américaine lui a apporté une substantielle bouffée d?oxygène, qui a coûté quelque 85 milliards USD au contribuable américain, pour 80 % d?actions. La veille, la banque d?affaires américaine Lehman Brothers a déposé son bilan. Aujourd?hui, une bonne partie de ses avoirs est devenue la propriété de la britannique Barclays qui l?a achetée pour une bouchée de pain.
D?autres grandes institutions américaines, telles que Fannie Mae, Freddie Mac, Bear Stearns ont payé également les pots cassés de la crise qui sévit au pays de l?Oncle Sam. Plusieurs investisseurs, perdant confiance et pris de panique, vendent à tour de bras leurs actions, préférant placer leurs fonds dans des bons du Trésor ou dans l?achat de lingots d?or. Cette fièvre a depuis dépassé les frontières américaines pour atteindre les places financières européennes, asiatiques et on le craint, mauriciennes.
A la Bourse de Maurice, rien ne présage une accalmie dans les heures qui viennent. En effet, des rumeurs d?ordre de vente d?actions ne cesseraient de parvenir aux institutions de gestion de fonds.
«Il ne faut surtout pas faire l?amalgame entre la crise financière qui secoue certaines institutions financières américaines et la situation financière de nos banques et de nos entreprises cotées à la Bourse de Maurice», a clarifié Sunil Benimadhu, le Chief Executive Officer de la Bourse de Maurice, dans une tentative de ramener les vendeurs potentiels à la raison.
<B>Ramener les vendeurs à la raison</B>
«Les deux grosses banques cotées, MCB et SBM, disposent de bilans solides et n?ont surtout pas été exposées aux méfaits de la crise subprime. Elles ne détiennent pas dans leurs portefeuilles d?investissement, des instruments financiers titrisés, (asset-backed securities), qui ont provoqué, entre autres, la chute de Lehman Brothers et la capitulation de Merrill Lynch.»
Sunil Benimadhu en appelle ainsi à la vigilance «dans les situations de marché aussi nerveuses et volatiles, sans pour autant céder aux pressions du marché, notamment en ce qui concerne les titres qui sont porteurs et qui disposent de bilans solides».
<B>Nico PANOU</B>
<B>Sithanen : «Investir dans l?infrastruture aidera à minimiser l?impact»</B>
Le ministre des Finances, Rama Sithanen, est optimiste pour le pays malgré la crise financière sur le plan international. Il estime que le pays connaîtra une croissance plus élevée qu?en 2007. Mais il reste quand même «vigilant», souligne-t-il au cours d?une conférence de presse hier.
Selon lui, l?investissement dans les infrastructures aidera le pays à minimiser l?impact de toute détérioration de l?économie internationale. Une situation due à la fermeture de la banque d?affaires Lehman Brothers, l?un des piliers de Wall Street, et à la crise de l?immobilier américain. «Nous avons une économie ouverte. Le textile, la zone franche, le secteur seafood, le tourisme et les investissements dépendent de ce qui se passe sur le plan international. Jusqu?ici, le pays a bien résisté aux chocs économiques grâce aux réformes, à la politique de diversification, à la politique d?ouverture et au climat d?affaires qui a encouragé la création et l?entrée en opération d?un très grand nombre de petites et moyennes entreprises», dit Rama Sithanen. L?année dernière, la croissance était de 5,4 %. Cette année, elle sera «légèrement mieux» et «bien plus équilibrée», prévoit-il.
Le ministre affirme également qu?il y a de nettes améliorations dans les investissements, l?épargne, et les réserves. Le taux du chômage et le montant des dettes du gouvernement ont aussi baissé. Ces dettes sont estimées à moins de 50 % du produit intérieur brut (PIB) en 2008 contre 53 % l?année dernière. Rama Sithanen s?enorgueillit que le déficit budgétaire sera de 3,4 % du PIB alors qu?il avait été estimé à 3,8 % pour 2007-2008. La construction, le seafood, la technologie informatique, les services financiers et le global business ont eu une bonne performance en 2008 contribuant à la création d?emplois, relève-t-il. «Nous sommes concernés par la détérioration de l?économie mondiale, mais nous sommes vigilants. Pour 2009?2010, il nous faut améliorer encore notre capacité de résister aux chocs économiques.»
Le ministre estime qu?il faut continuer à investir dans les infrastructures et améliorer le climat des affaires pour attirer davantage d?investissements étrangers et des entrepreneurs locaux. Car «les infrastructures et les investissements vont déterminer la croissance de demain.» Il est question d?investir dans les routes et d?agrandir l?aéroport. L?apport du privé et l?investissement dans la nouvelle ville de Highlands et dans le parc océanique sont aussi concernés. Le ministre évoque également le projet du groupe chinois Tianli et aussi celui de La-Tour-Koenig.
L?aménagement des travaux d?infrastructures à Riche-Terre devrait commencer fin 2008 début 2009. Selon le ministre, le partenaire stratégique pour le parc océanique sera choisi avant la fin de l?année afin que le projet puisse démarrer l?année prochaine. «Ce sont ces investissements, très diversifiés tant au niveau des sources de financement qu?au niveau des secteurs, qui ont aidé le pays à faire face à des problèmes internationaux. Ils devraient nous permettre d?avoir un taux de croissance de 5,5 % en 2009-2010», conclut Rama Sithanen.
<B>Alain BARBÉ</B>
<B>Le MMM : «Les dirigeants devraient convoquer un comité de crise»</B>
Décidément, la crise financière est au centre des préoccupations. Le Mouvement militant mauricien (MMM) n?y fait pas exception. Selon Paul Bérenger et Vishnu Lutchmeenaraidoo respectivement leader de l?opposition et président de la commission des Finances du MMM, les répercussions de cette crise se ressentent déjà à Maurice, sur les secteurs du tourisme, du textile, et sur le niveau des investissements directs étrangers. Lors d?une conférence de presse qu?ils ont donnée hier après-midi à l?hôtel Le Labourdonnais, les deux hommes ont tour à tour dénoncé «l?aveuglement, et l?irresponsabilité du ministre des Finances, qui, en présentant le budget en juin 2008, a donné l?impression que tout allait pour le mieux, concernant la situation économique internationale». Paul Bérenger fait ressortir que «pourtant, à ce moment-là, tout nous avertissait que la crise était à notre porte. Aujourd?hui, elle s?abat, écrase, non seulement sur les USA et l?Europe, mais aussi le monde entier, y compris Maurice. La situation pourrait empirer selon les prévisions». Et il continue, en prenant pour preuve, les manchettes des journaux internationaux tels que l?Economist et le Guardian. Dans leur parution du 16 septembre, ces titres de presse qualifiaient la situation à Wall Street de cauchemardesque. Il a cité aussi le financier américain George Soros, ou le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, pour lesquels la crise financière actuelle est très grave. «C?est le pire moment pour les tiraillements que l?on sait, entre la Banque de Maurice et le ministère des Finances. Les dirigeants devraient convoquer un comité de crise pour prendre des mesures spécifiques afin de juguler la crise. Il faut dire la vérité à la population et prendre des actions d?urgence pour minimiser les impacts de cette crise», propose Paul Bérenger.
Vishnu Lutchmeenaraidoo fait lui ressortir qu?il ne veut pas faire peur mais «il fait être réaliste. Maurice est entrée dans une récession touristique depuis le mois d?août. Déjà, les compagnies aériennes ressentent la baisse des arrivées touristiques à travers leurs recettes. Au plus tard en décembre, la zone franche pourrait, elle aussi, entrer dans une récession grave».
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