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Coupe du monde :Que le spectacle commence…

9 juin 2006, 00:00

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Le football n'existerait pas, il faudrait l’inventer. L’inventer en mieux, bien sûr. A l’heure où s’ouvre la 18e Coupe du monde (9 juin-9 juillet), comment oublier que la saison 2005-2006 qui s’achève aura été l’une des pires qui soient en matière d’“actualité extra-sportive”, comme il convient de qualifier ce qui se passe dans les coulisses du sport le plus populaire de la planète?

Corruption d’arbitres, matches arrangés, paris clandestins, paiement occultes, trafic d’influence, violence et racisme dans les stades... Rarement le “roi football” aura remué autant de remugles en une seule année.

L’Italie est ainsi à l’aube du plus grand scandale de son histoire sportive. La Juventus Turin est menacée d’une rétrogradation et pourrait entraîner d’autres clubs dans sa chute après la découverte des agissements de son directeur général, Luciano Moggi, accusé de choisir les arbitres et de faire pression sur eux ainsi que sur des joueurs liés à une société d’agents dirigée par son fils.

En Belgique, une affaire de matches truqués au profit d’une mafia de parieurs secoue le championnat national. Deux mandats internationaux ont été lancés contre un homme d’affaires chinois et un agent italo-belge.

Des rencontres arrangées ont également été révélées au Brésil, où 11 matches ont dû être rejoués cette saison car des arbitres avaient été achetés.

Aux Pays-Bas, trois clubs de première division sont dans le collimateur de la justice après l’ouverture d’une enquête sur des présomptions de corruption. Même au Vietnam, pays minuscule sur le planisphère football, une affaire de matches arrangés a éclaté, envoyant sous les verrous quatre joueurs de l’équipe nationale.

L’Allemagne n’est pas en reste : en novembre, un tribunal de Berlin a condamné un ancien arbitre à vingt-neuf mois de prison ferme pour avoir fait pencher des rencontres de 2e et de 3e divisions en faveur d’un parieur.

Alors que des rumeurs ont couru du côté de Metz, le football français semble épargné par ce fléau des matches arrangés. Cela ne l’a pas empêché de donner beaucoup de travail à la justice. L’enquête sur les transferts douteux du Paris-SG a fait apparaître l’existence de compléments de salaires sous la forme de contrats d’image passés avec Nike.

Le procès des comptes de l’Olympique de Marseille a, lui, dénoncé un “système de fraude généralisée” – système dont le propriétaire du club, Robert Louis- Dreyfus, jure qu’il ignorait tout. A noter que ces deux clubs ont offert, en mars, la plus belle parodie de leur histoire commune lorsque l’OM a aligné son équipe réserve au Parc des Princes pour protester contre un manque de places pour ses supporteurs.

<B>Bagarre et salut fasciste</B>

Stupéfiante saison 2005-2006, oui, également marquée par une bagarre générale lors du match Turquie-Suisse, par le salut fasciste de l’attaquant romain Paolo Di Canio après un but, par les cris de singe lancés à l’encontre du Camerounais Samuel Eto’o...

Sans oublier l’offensive juridique des riches clubs du G14 qui ne supportent plus de mettre leurs joueurs à disposition des sélections sans compensation financière. L’affaire est entre les mains de la Cour européenne, celle-là même qui rendit l’arrêt Bosman en 1995.

Comment aimer encore le football à l’issue de cette annus horribilis ? “Le ballon ne meurt jamais”, dit un jour Pelé, comme pour souligner le caractère de Phénix de ce sport qu’aucun incendie ne parviendra jamais à anéantir.

Dans un élan d’immodestie qui lui est propre, Pelé confia, un autre jour : “Je suis né pour le football comme Beethoven est né pour la musique”. La formule va comme un gant, aujourd’hui, à son compatriote Ronaldinho, maestro de l’équipe du Brésil.

Le football a beau sentir le soufre, être au coeur d’arrangements permanents et aiguiser l’appétit de bandits, il reste avant tout un jeu. Un jeu simple (17 lois) et complexe à la fois puisque le meilleur ne gagne pas toujours. Un jeu collectif qui est aussi très individuel et source de conflits récurrents.

A l’aube de ce Mondial, comment ne pas cacher une certaine impatience ? Impatience de voir jouer l’équipe-type du Brésil en sachant qu’il aura sur le banc une équipe bis quasiment aussi forte. Impatience de voir Zinédine Zidane à l’oeuvre pour la dernière fois. Impatience de voir qui sortira du terrible groupe C (Argentine, Pays-Bas, Serbie-et-Monténégro, Côte d’Ivoire).

Impatience de voir comment le Petit Poucet, Trinité-et-Tobago, va se comporter face à l’un des favoris du tournoi, l’Angleterre. Impatience de voir cette affiche insolite, Iran-Angola, le 21 juin à Leipzig.

Impatience de voir Peter Crouch célébrer un but de sa danse de robot qui fait crouler de rire l’Angleterre. Impatience de voir l’Equatorien Christian Lara (1,62 m) faire un petit pont au Tchèque Jan Koller (2,02 m). Las, Equateur et République tchèque ont peu de chances de s’affronter. Comme quoi, oui, le football est loin d’être parfait.

<B>© Le Monde 2006.

Distribué par The York Times Syndicate </B>

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