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Couleurs et formes en fête au « Moulin Cassé »
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Couleurs et formes en fête au « Moulin Cassé »
La galerie du Moulin Cassé, à Péreybère, qu?anime Marie de Commarmond, accueille jusqu?à demain, deux peintres, alternant harmonieusement points de convergence et de divergence. Virginia Lamielle est Française. Elle rêve de pouvoir vivre le plus longtemps possible à Maurice. Alix Le Juge de Segrais est Mauricienne, fière de l?être et heureuse de :
« longtemps habiter sous de vastes portiques que les soleils marins teignent de mille feux ».
Leurs chefs-d??uvre remplissent harmonieusement les deux salles voûtées « en maçonne couvertes de potiches » du Vieux Moulin de l?établissement sucrier de Grand-Baie. De plus grand format, les toiles d?Alix Le Juge font office de fresques ou de vitraux opaques, mettant agréablement en valeur la splendeur monastique des lieux. De plus petit format, les icônes soigneusement enchâssées de Virginia Lamielle, forcent l?examen attentif, à la manière des bijoux et autres pierres précieuses contraignant les connaisseurs à s?armer de loupe pour ne pas rater l?éclat et le scintillement des diamants de la plus belle eau.
L?une comme l?autre comble l?amateur de Beaux-Arts, pareillement heureux de pouvoir déambuler à son aise le long d?une grande nef où de puissantes taches colorées dialoguent avec la majesté sereine des lieux, ou de tout oublier de ce qui l?entoure pour mieux se concentrer sur les juxtapositions colorées de Virginia Lamielle, nous rappelant heureusement le scintillement coloré des chefs-d??uvre de Jean-Jacques Terrasson.
Les couleurs et les formes sont plus évidentes chez Alix Le Juge de Segrais, comptant sur leurs fondus pour assurer leur heureuse imprégnation. Elles sont plus brillantes et plus agressives, mais plus hermétiques chez Virginia Lamielle, qui s?arme d?un couteau ou encore d?une spatule pour superposer vivement des couleurs souvent primaires et faire naître des décors wagnériens.
D?une salle à l?autre, on passe de la démesure à la retenue, d?une invitation à l?envol, sinon au plongeon, à la fascination conduisant à l?imprégnation.
Des ?uvres sculpturales
Alix Le Juge de Segrais nous prouve que Turner peut exister sans ses ors ruisselant sur Venise. Elle les remplace hardiment par un jaune citron capable des plus beaux scintillements, mais que tempèrent des teintes orangées. Ailleurs, elles se laissent griser par le plus beau grenat qui soit.
Sa peinture se veut guérison. Pour cela, elle invite le soleil, omniprésent, à s?allier à l?eau ou encore aux fruits pour éradiquer les maux qui nous accablent. Ses pommes grenat, diversement éclairées ou ombragées, donnent naissance à de fort beaux vitraux auxquels ne manque que l?éclairante et la transfigurante transparence. Le mélange citron-pommes grenat résulte en une goutte de soleil illuminant un bain de sang. Virginia Lamielle réussit le même exploit, mais dans un noir d?encre.
Les peintures d?Alix Le Juge ouvrent volontiers sur des espaces infinis, sur un au-delà prometteur. Elle n?hésite pas à demander à un champ de colza de remplacer avantageusement de verts pâturages ou encore des espaces marins. Tout est prétexte pour nous rappeler que la nature sait s?entourer des couleurs les plus chatoyantes.
La fin d?été rompt heureusement avec une peinture linéaire, en dressant des épis comme une armée en bataille, montant à l?assaut d?on ne sait quel idéal. Ils indiquent définitivement la route à suivre à tout peintre en quête de défoulement.
Les Terre et Ciel nous rappellent agréablement les paysages fauves d?un Vlaminck au sein desquels s?opposent les grandes forces hostiles animant la terre des hommes.
On s?arrête volontiers devant certaines toiles de format réduit, où Alix Le Juge abandonne le pinceau pour s?emparer du couteau et réussir des ?uvres sculpturales. La peinture ainsi étalée impose ses propres formes au peintre comme au contemplateur.
Ce dernier peut alors passer dans l?autre salle où l?attendent les chefs-d??uvre de Virginia Lamielle. Aux couleurs dominantes et variantes, s?ajoute, ici, la géométrie des formes. Des panneaux et autres banderoles verticales s?imposent à des carrés fondamentaux. Des teintes différentes se superposent, laissant au peintre le soin de décider qui survivra au processus et qui sera recouvert d?autres nuances. Le tout prend consistance de l?émail passé au four, le feu se chargeant de pérenniser le résultat recherché et de le faire briller de mille feux. Il ne reste plus qu?à laisser parler l??uvre, de se mettre à son écoute etsurtout de ne pas s?en faire si, demain, son message diffère de celui d?hier.
Un grand moment esthétique
On note chez Virginia Lamielle, la même réussite que chez Alix Le Juge quand il s?agit de demander à une ligne de feu, mais habitée, d?arbitrer le conflit opposant les orages célestes à ceux de la terre des hommes quand il ne s?agit pas de la mer toujours imprévisible.
Les toiles diffèrent les unes des autres, selon qu?elles se laissent dominer par les ors solaires ou par les argents lunaires, par le bleu nuit que menacent de sombres orages bernanosiens. On ne se plaint pas quand les formes recherchées s?orientent vers la silhouette d?arbres légendaires, se dressant comme des portiques pour relier la terre des vivants au domaine des cieux.
Clair obscur, exposition d?une soixantaine d??uvres de Virginia Lamielle et d?Alix Le Juge de Segrais, à admirer jusqu?à demain, à la galerie du Moulin Cassé, Péreybère. Un grand moment esthétique.
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