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Cotisez ou galérez
La nouvelle choquera. Un sexagénaire qui reçoit aujourd?hui Rs 30 000 comme salaire, recevra seulement Rs 6 000 comme pension mensuelle à sa retraite ! Alors qu?il a travaillé pendant 40 ans, une fois retraité, il aura à mener sa vie avec cette modique somme, alors qu?il lui reste environ 20 ans à vivre. Inquiétant.
Mais il faut avouer que ce sexagénaire s?y est mal pris. Son entreprise n?a aucun plan de pension. Et dès son entrée en retraite, il reçoit seulement la pension contributive du National Pension Fund (NPF) et la pension de vieillesse. En revanche, son collègue qui aurait souscrit à un plan de pension s?en sortirait nettement mieux avec Rs 15 000 comme pension.
Pour ne pas tomber dans la situation de ce sexagénaire en difficulté financière, il faut s?y préparer dès maintenant. Vous avez 25, 30 ou 40 ans, et menez une belle carrière dans le privé. Et vous rêvez, à juste titre, d?une retraite dorée une fois que l?heure de la soixantaine aura sonné. Mais pour réaliser ce rêve, il faut commencer dès maintenant à cotiser à un plan de pension. Afin de mettre tous les avantages sociaux de votre côté. Et vous permettre de jouir d?une bonne retraite.
En effet, toute retraite heureuse demande qu?on s?y prépare à l?avance. Cependant, par manque de prévoyance, pour beaucoup de seniors le moment tant espéré de la retraite s?est transformé en réelle traversée du désert. Et il est difficile dans de telles conditions de se la couler douce. Certains retraités sont même obligés de cumuler des petits boulots pour boucler les fins de mois. Ajoutés à cela, certains services peu scrupuleux qui n?hésitent pas à recruter de la main-d??uvre bon marché chez les personnes du troisième âge qui sont en précarité financière.
Un atout compétitif pour recruter les salariés
C?est pourquoi, un employé soucieux de sa retraite doit se poser les bonnes questions. « Premièrement, l?employé doit considérer si l?entreprise qui lui offre un travail dispose d?un fonds de pension. Entre deux sociétés qui proposent de le recruter, l?employé doit choisir celle qui a le meilleur fonds de pension. Car il y va de son intérêt financier sur le long terme et de son avenir. D?autant qu?aucune loi n?oblige une société à avoir un plan de pension », explique Bernard Kishtoo, Pensions Manager à Anglo-Mauritius.
N?empêche, bon nombre d?employeurs du privé s?y sont mis et ont créé leur propre fonds de pension ou contribuent à un fonds. Car l?épargne retraite est devenue un atout compétitif pour recruter les salariés. « Offrir un plan de pension demeure la preuve que l?entreprise est socialement responsable. Qu?elle a le souci de ses employés partant à la retraite. Mais c?est aussi un moyen de recruter et de fidéliser ses salariés », soutient un gestionnaire de fonds de pension.
A l?instar de Superfund, un fonds de pension qui regroupe les entreprises affiliées à la Mauritius Employers Federation (MEF). Une cinquantaine d?entreprises mauriciennes en sont membres et représentent au total quelque 900 employés du privé. Les sociétés cotisent mensuellement un pourcentage du salaire de leurs employés au Superfund avec l?assurance que les versements effectués seront utilisés pour le financement de la retraite. Certains grands noms de l?industrie mauricienne ont même créé des fonds de pension maison.
C?est dire qu?un nouveau contrat social entre employés et employeurs se développe. « Les entreprises sont prévoyantes parce qu?en une année, il peut y avoir plusieurs départs à la retraite. Généralement, les sociétés peuvent puiser dans leur cash-flow. Mais elles financent aussi ces retraites par les fonds de pension. L?employé qui le souhaite peut également choisir, à titre volontaire, de booster sa contribution aux fonds de pension », souligne Pradeep Dursun, conseiller en ressources humaines et en relations industrielles auprès de la MEF.
Et les fonds de pension ont la cote. Cela d?autant que les entreprises y ont un intérêt direct à travers des incitatifs fiscaux. « Ces dépenses de l?employeur dans un fonds de pension sont déductibles des impôts. Pour cela, il faut que celui-ci soit approuvé par la Mauritius Revenue Authority (MRA) », explique un responsable de la MRA. Il s?agirait là à travers les déductions à l?impôt d?un geste de l?Etat vis-à-vis des entreprises privées.
Le salarié prend tous les risques
Malgré tout, dans le milieu financier, on déplore un certain nombre de handicaps qui ralentissent le développement des fonds de pension. Entre autres, le fait que les employés qui contribuent à un fonds de pension n?ont pas d?incitatif fiscal. Ce qui n?encourage pas une culture de l?épargne et de prévoyance financière.
Autre frein : l?entreprise n?a aucune obligation de contribuer à un fonds de pension. « Sous le Labour Act, l?employeur doit accorder une lump sum d?un demi-mois de salaire par année de service. C?est un effort consenti par l?employeur à la veille de chaque départ à la retraite. Alors, il peut se dire qu?en plus de payer la retraite pourquoi contribuer à un fonds de pension », regrette Bernard Yen, actuaire auprès de Hewitt LY Ltd. Ainsi, le fait de pouvoir puiser directement dans les caisses de l?entreprise entraverait le développement des fonds de pension.
Cependant, devant l?importance grandissante des fonds de pension, les responsables des syndicats se montrent prudents. A l?instar de Reeaz Chuttoo, syndicaliste et porte-parole du Front Travayer Sekter Privé. Il cite en exemple la mésaventure de certains fonds de pension étrangers, dans le sillage de la chute de la Bourse entre 1999 et 2002. En fait, des fonds de pension anglo-saxons se sont effondrés en même temps que les marchés financiers internationaux.
Et Reeaz Chuttoo y trouve matière d?inquiétude. Car deux modèles de fonds se dessinent, les fonds de pension à contribution définie et les fonds à cotisations définies. Avec le premier, le salarié est assuré d?une formule fixe avec un montant fixe à son départ à la retraite. Or, avec les formules à cotisations définies, le cotisant n?est garanti de rien et ce qu?il touche à sa retraite dépend des taux d?intérêt et des actions au moment de son départ. Dans ce cas, c?est le salarié qui prend tous les risques.
Plus de transparence
« Le marché financier n?est jamais stable. Et comme les fonds investissent l?argent des salariés, dépendant de la chance, l?employé peut décrocher un jackpot soit un crash financier. Aux Etats-Unis, les fonds de pension se sont retrouvés en difficulté et ce sont les futures retraites des employés qui se sont évaporées au grand dam de ces derniers », commente Reeaz Chuttoo.
Atma Shanto, du Front Travayer Unis, abonde dans le même sens. Il appelle à davantage de transparence de la part des fonds de pension et à une régulation formelle. « Il faut un système de contrôle de ces fonds pour que les employés soient rassurés quant à leur retraite. Alors que les entreprises ont des gros bénéfices sous l?Income Tax Act pour investir dans des fonds de pension, il faut que la Financial Service Commission puisse exercer un contrôle de régulateur sur les activités des fonds », plaide-t-il. Le manque de communication est aussi un problème que les fonds de pension devraient relever.
Cela dit, le développement des fonds de pension ne peut-être que souhaitable et encouragé. A défaut de cela, certains employés retraités du textile raconteront volontiers les difficultés qu?ils ont rencontrées pour pouvoir bénéficier de leur pension. Car, « chaque deux ans, l?entreprise a changé de nom et chaque fois, les employés se sont retrouvés avec un nouvel employeur, alors qu?il s?agissait au fait du même ».
Pire, celui-ci ne versait pas les cotisations des employés à la Sécurité sociale. Au final, que de galères chez ces retraités. Galère dans le secteur des petits entrepreneurs et autres ouvriers manuels. Ou chez les camionneurs et receveurs d?autobus individuel.
Et du désespoir ainsi que l?impression d?avoir été trahis par ceux qui les employaient.
Tout cela alors que le pays entre dans un nouveau stade de développement avec une économie axée sur les services. Reeaz Chuttoo suggère que les secteurs bien portants contribuent davantage à la caisse nationale de pension. « Alors qu?un certain nombre de secteurs labour intensive comme la zone franche sont en difficulté, il est juste que les capital intensive, qui sont profitables, contribuent davantage aux caisses nationales de la pension. Or, les secteurs en difficulté contribuent plus parce qu?ils emploient un plus grand nombre de personnes. A titre d?exemple, le secteur financier a un chiffre d?affaires en milliards de roupies, mais c?est le secteur qui emploie le moins de personnes de toute l?économie nationale », déplore Reeaz Chuttoo.
« Encourager l?épargne »
Car il faut également consolider la retraite financée par le public. L?extension de l?âge de la retraite à 65 ans va dans cette direction. Et il s?agit de redonner confiance dans la caisse nationale de pension tout en développant le secteur des fonds de pension. Mais surtout une culture de l?épargne chez les employés. « Les employeurs et les employés doivent être conscients de la nécessité d?encourager l?épargne. La pension est un salaire différé. Il faut environ 2/3 d?un salaire pour pouvoir assurer une retraite convenable » , soutient Bernard Yen.
Pour sortir de l?insécurité de vie, un nouveau contrat entre générations est à inventer. Afin de redonner un peu plus de justice au système actuel de retraite et de rassurer les cotisants par rapport aux fonds de pension. Mais aussi de retenir des compétences dans les institutions mauriciennes.
Avant le rapport du Pay Research Bureau (PRB) 2008, l?argumentaire était que les fonctionnaires sont mal payés et donc la formule de retraite généreuse. Mais même avec le nouveau système du PRB, ils ne continuent qu?à cotiser peu pour une pension des plus généreuses à un taux connu d?avance. La retraite dans le public est l?une des plus intéressantes. « Le régime de pension dans le gouvernement est l?un des plus grands atouts de la fonction publique. A sa retraite, l?employé du public bénéficie davantage que celui du privé parce qu?il n?y a pas de question de plafond salarial qui se pose dans son cas. C?est son dernier salaire qui déterminera le montant de sa pension », explique un cadre du ministère de la Sécurité sociale. Ainsi, selon celui-ci, si le dernier salaire d?un fonctionnaire partant à la retraite est de Rs 25 000, il percevra sa pension sur cette somme-là. « En comparaison, si un employé du secteur privé reçoit le même salaire, sa pension gouvernementale sera basée sur le plafond de Rs 9 425 et non sur son salaire réel. » Enlever ce plafond ajouterait un fardeau additionnel sur les entreprises, poursuit le haut-cadre.
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