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Coquillages et? gros sous
Des coquillages par dizaines; par centaines; par milliers même? Tellement de coquillages qu?on en entendrait presque la mer. Des années durant, le conchyliophile qu?est Vic Chakowa a parcouru le monde pour enrichir sa collection de coquillages. ?J?ai voyagé à travers le monde avec ma petite valise. Rencontrant les collectionneurs. Achetant ou échangeant des coquillages.? Il se souvient d?une expédition aux Etats-Unis. Trente jours à parcourir le pays de l?oncle Sam au gré de ses rencontres avec des collectionneurs. A son retour au pays, ses précieuses acquisitions rejoignent ses autres trésors dans les vitrines de son musée portlouisien créé en 1972.
Au Musée du Coquillage, à l?étage du magasin Mikado à la rue sir William Newton, 3 000 pièces sont exposées. Lumière tamisée et ambiance feutrée, Vic Chakowa farfouille à la recherche de ?la? clé. Celle qui ouvre la vitrine où est exposée un pièce ?inestimable?. Coquillage de la famille des Cypraeidae, il est ?unique au monde?. ?On m?en proposerait Rs 100 000 ou plus que je dirais non. C?est un pêcheur qui l?a découvert alors qu?on draguait le port. Cela fait trois ans que j?attends qu?on en trouve un autre car ce n?est que lorsqu?on aura trouvé un ou deux autres spécimens qu?on pourra lui donner un nom?, explique le collectionneur.
Autrefois, à chacun de ses voyages, il emportait ce coquillage avec lui. Il le montrait aux conservateurs des musées avec l?espoir qu?eux en auraient déjà vu un de semblable. Sans succès. Aujourd?hui, Vic Chakowa, directeur général de Mikado, voyage uniquement pour les affaires. Il ne perd pas pour autant l?espoir d?identifier un jour cette pièce unique. Homme à la pointe de la technologie, il envisage désormais d?utiliser Internet pour y arriver. ?Internet a tout changé. Avant, il fallait voyager pour échanger ou acheter des coquillages. Aujourd?hui, tout se fait sur le web.? L?identification des coquillages rares également.
La rencontre entre collectionneurs de divers pays donne lieu à des échanges animés qui peuvent durer des heures. ?Il n?y a pas vraiment de collectionneurs à Maurice. Alors, quand des collectionneurs étrangers passent au musée, c?est un réel plaisir de discuter avec eux. On se comprend. On parle le même langage.?
?Je ne peux m?offrir de tels trésors?
C?est là également l?occasion d?échanges ou de ventes de coquillages. Certains peuvent coûter des centaines de milliers de roupies. ?Je ne peux m?offrir de tels trésors?, rigole le collectionneur. Sa pièce ayant le plus de valeur ? ?En ce moment j?ai plusieurs coquillages qui valent environ Rs 30 000. A une époque, j?en avais un qui valait Rs 60 000 mais je m?en suis séparé.?
Les coquillages, un investissement rentable ? Vic Chakowa est plutôt sceptique. ?C?est assez aléatoire.? Un coquillage qui ne valait rien à une époque parce qu?on en trouvait en abondance peut valoir une petite fortune lorsqu?il devient rare. Et vice versa. ?Certains pays africains n?ont pas encore livré tous leurs trésors. Certaines pièces qui sont rares aujourd?hui ne le seront peut-être plus dans quelques années.? Il reconnaît toutefois que les coquillages mauriciens ont plus tendance à prendre de la valeur ?tellement ils sont rares?. Sa collection comprend d?ailleurs certains coquillages endémiques à Maurice. Vic Chakowa insiste également sur le fait que pour investir, il faut être connaisseur. ?Si on veut investir dans un coquillage, il faut s?y connaître. Autrement, la personne ne saurait quoi acheter.?
Les coquillages de Maurice ne comptent que pour 10 % de la collection du musée. Ce sont les premiers qu?il a acquis, lorsqu?enfant, il se promenait dans les allées du marché de Vacoas. ?Un marchand en vendait. Les Anglais de la Royal Navy lui en achetaient toujours. C?est là qu?a débuté ma collection.? Ça, c?était l?époque où les coquillages mauriciens pouvaient encore être vendus librement.
Mais depuis presque deux décennies maintenant, considération écologique oblige, il est interdit d?extraire les coquillages des lagons mauriciens. Si l?exportation est interdite, l?importation, elle, est encore possible pour les détenteurs d?un permis. D?après Vic Chakowa, la plupart des coquillages que l?on trouve sur le marché proviennent des Philippines ou de Madagascar. ?Les coquillages mauriciens ne sont pas très nombreux donc plus chers. Importer est beaucoup plus rentable.?
Lampes, objets de décoration ou bijoux? Les commerçants exploitent un filon plus vraiment rentable. Youssouf, qui tient une échoppe au Craft Market, au Caudan, explique : ?Les touristes n?achètent plus les produits à base de coquillages comme il y a dix ans. Même si les coquillages sont importés, ils nous disent qu?ils ne peuvent pas les ramener dans leur pays. C?est illégal.?
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