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Coopératives : réforme entamée
Les coopératives doivent se réinventer. C?est sous le signe du changement que sera célébrée aujourd?hui la Journée internationale des coopératives. La nouvelle loi, qui sera finalisée cette année, tentera de donner un nouveau souffle au secteur, qui en a grandement besoin.
Sa gestion reste archaïque et les coopérateurs résistent souvent au changement. Sans compter que les jeunes ne sont guère séduits par ce concept. Prem Koonjoo, le ministre des Coopératives veut certes de redonner vie au secteur mais la réforme demeure laborieuse.
Dans une coopérative, plusieurs personnes s'associent dans le but de réaliser, en commun, des objectifs sociaux, économiques ou culturels. Les coopérateurs contribuent au capital de la société, participent à sa gestion et en partagent les bénéfices. L?excédent est ensuite réinvesti dans d?autres projets.
Si la loi impose actuellement qu'il y ait au moins 11 personnes pour former une coopérative, ce nombre sera ramené à cinq dans le nouveau texte. «Les jeunes, souvent très motivés, sont découragés par cette disposition légale. D?où la nécessité de l?assouplir», explique un officier du ministère.
Les procédures de traitement des demandes de constitution des sociétés coopératives seront assouplies. Actuellement, il faut plusieurs mois avant de voir débloquer les dossiers qui s'entassent au Registrar of Cooperatives. Cela sera désormais chose du passé. Avec la nouvelle législation, un délai maximal de 15 jours sera accordé à l?examen des dossiers. Après ce laps de temps, les demandeurs doivent impérativement obtenir une réponse. Si elle est négative, le groupe de coopérateurs pourra toujours faire appel. Le pays compte 550 sociétés coopératives qui regroupent 165 000 personnes et brassent Rs 2 milliards de chiffre d?affaires.
Autre changement notable : le Registrar of Cooperatives, chien de garde des coopératives, verra ses pouvoirs réduits. Désormais, les coopérateurs n?auront plus à attendre son aval avant de soumettre une demande d'emprunt ou toute autre démarche auprès des institutions financières.
Le Registrar, qui avait la mainmise sur les affaires administratives des coopérateurs, n'aura plus qu'un simple droit de regard sur les demandes d'enregistrement et l?audit des sociétés. Le recours aux auditeurs du privé pour l'examen des comptes sera encouragé.
La faiblesse majeure des coopérateurs reste une gestion administrative peu rigoureuse. Ce qui a d?ailleurs provoqué la faillite de nombreuses sociétés. La nouvelle loi établit un cadre qui autorisera les coopérateurs à confier la gestion de leurs sociétés à un tiers (non coopérateur).
DES joint-ventures avec le privé
Le ministre Prem Koonjoo soutient que l'un des volets essentiels de la loi concerne la possibilité donnée aux sociétés coopératives d?établir des joint-ventures avec le secteur privé : «Actuellement, la loi ne prévoit rien dans ce sens. Il faut combler cette lacune.» Le texte de loi introduira également le concept de clustering dans le secteur. «Plusieurs sociétés pourront se regrouper pour offrir des services communs. Alors que nombre d'entre elles ont du mal à trouver un emplacement, elles pourront s'associer pour réaliser leurs projets.»
C?est le Cooperative Development Council, déjà mis sur pied, qui chapeautera ce projet de 'clustering'. Ses pouvoirs seront élargis, les législateurs ayant décidé de ne pas aller de l'avant avec la création d'une Cooperative Development Authority.
Outre une législation, adaptée à leurs besoins nouveaux, le salut des coopérateurs réside dans la formation. Le centre de formation de Terre-Rouge a ainsi formé plus de 2 000 participants récemment et le Cooperative Entrepreneurship Development Programme, qui cible les chômeurs gradués et les femmes, a connu un franc succès.
Si les sociétés coopératives piétinent, les credit unions progressent. Le ministère prévoit ainsi une vaste campagne de sensibilisation pour encourager le public à emprunter des auprès des credits unions. « Le taux d?intérêt est préférentiel et bien plus intéressant qu?auprès d'une banque», précise un coopérateur. Le Cooperative Development Council, présidé par Raju Ramasawmy, travaille en ce moment sur un projet pour consolider les assises des credit-unions.
QUESTIONS À...
Prem Koonjoo, ministre du Commerce et des Coopératives
Célébrant les 90 ans du mouvement coopératif, l?an passé, Paul Bérenger avait exprimé son inquiétude pour ce secteur. Vos commentaires ?
C'est vrai. Nous constatons un vieillissement de la famille des coopérateurs. Le leadership des sociétés n?a pu s?adapter aux exigences de la nouvelle économie. Je suis confiant qu'il y aura du changement. Les nouveaux coopérateurs nous rassurent. Ils investissent dans le port franc, l?informatique. Les artistes se sont regroupés et des fonctionnaires à la retraite ont lancé leur agence de voyages. Autre succès : un jeune stagiaire formé au centre de Terre-Rouge s'est lancé dans l'élevage des huîtres et la culture des champignons blancs. C?est formidable.
On a souvent évoqué la mort des coopératives dans une économie libérale?
Le mouvement coopératif a un rôle primordial à jouer vu la spécificité de notre économie. La société coopérative reste l'un des meilleurs moyens de démocratiser l?économie. Le secteur assure la création d?emplois et la redistribution des richesses. Dans des pays comme les Etats-Unis, Israël, l?Inde, le mouvement coopératif est en nette progression.
Les grandes surfaces sont pourtant une menace réelle pour les boutiques coopératives?
Les grandes surfaces sont une vraie concurrence. Pour survivre, les boutiques doivent se moderniser et se professionnaliser. Nous avons établi un plan d'aide spécial de Rs 500 000 destinés aux boutiques coopératives. Il est toujours possible pour les petits commerces de survivre mais ils doivent se réinventer...
La gestion des coopérateurs n?est guère professionnelle. Quelles initiatives renverseront cette tendance ?
Nous avons sollicité des professionnels malaisiens et sommes en négociations avec le collège coopératif de Malaisie. Le nombre de boursiers est passé de deux à huit. Nous investissons gros dans le centre de formation de Terre-Rouge. Le programme d?informatisation des sociétés est en cours : 130 d'entre elles ont bénéficié de subventions de Rs 20 000 pour améliorer leur gestion. Les managers des coopératives suivront bientôt des cours en informatique.
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