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Coopération : Maurice, porte d?entrée de la Chine en Afrique
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Coopération : Maurice, porte d?entrée de la Chine en Afrique
La coopération sino-africaine s?est affirmée depuis le premier forum sino-africain en 2000. Maurice a une carte à jouer. Le pays ambitionne de devenir un pont pour les investisseurs chinois qui s?intéressent de plus en plus au continent. L?appartenance de Maurice aux blocs régionaux, le Common Market for Eastern and Southern Africa et la Southern African Development Community, est un des critères sur lequel table le pays.
La Chine pourrait ravir aux Etats-Unis, le rang de première puissance économique mondiale d?ici 2025. Une politique tenant davantage du réalisme économique qu?au socialisme idéologique. Les lois du marché dictent l?appétit du géant chinois. La coopération sud-sud, qui sous-tendait jusque-là les relations sino-africaines, ne tient plus de l?idéologie initiale héritée de Bandung.
La Chine est bien présente en Afrique. Elle tend même à supplanter les partenaires traditionnels tels les Etats-Unis. Les prés carrés occidentaux font face à une forte concurrence. L?aide occidentale en Afrique est sujette à un ensemble de conditionnalités, notamment politiques, que les gouvernements africains ne voient pas toujours d?un très bon ?il. A l?inverse, les Chinois mettent en avant l?absence de conditions à l?aide, proposent des projets clé-en-main. La non-ingérence dans les affaires intérieures explique, en partie, le succès de la Chine en Afrique. Pékin, en évoquant son style de coopération, parle d?une situation gagnant-gagnant. En 2005, les flux commerciaux entre la Chine et l?Afrique ont frôlé les US$ 40 milliards, soit une croissance de 30 % par rapport à 2004.
<I>«La Chine séduit par sa politique commerciale sans conditionnalités. Maurice est séduite surtout par l?idée de jouer un rôle important dans la stratégie africaine de l?Empire du Milieu.»</I>
Le méga-projet de Tianli à Riche-Terre est un exemple de la force économique de la Chine. C?est surtout une illustration du nouveau type de partenariat qu?elle inaugure en Afrique. Un investissement de Rs 20 milliards qui devrait générer, d?ici cinq ans, 34 000 emplois directs. Pour autant, ces emplois ne seront pas occupés uniquement par des Mauriciens. Une grande partie des futurs travailleurs de la zone de développement intégré viendra de Chine et vivra dans cette zone. Le risque est de déboucher sur une enclave chinoise animée des migrations pendulaires des travailleurs mauriciens.
C?est là, l?une des pierres d?achoppement de la coopération chinoise en Afrique. De Guinée à l?Angola, en passant par le Sénégal ou Maurice, les projets portés par des entreprises chinoises réservent la part belle des emplois à des travailleurs venus directement de Chine et vivant en vase clos.
Lors de sa mission en Chine en juillet dernier, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a réussi à tripler l?aide chinoise. La ligne de crédit octroyée par Beijing s?élève à US$ 110 millions, soit plus de Rs 3,5 milliards. Surtout, d?autres investissements privés s?ajoutent à cela. Le projet Tianli en est le principal. Lors de cette visite, le président chinois, Hu Jintao, a souligné le rôle clé de Maurice dans la politique chinoise en Afrique de l?Est. Le pays ne serait plus uniquement la clé de l?océan Indien, mais également celle de l?Afrique orientale et australe.
De passage à Port-Louis, le malgache Jean-Bruno Ramahefarivo, du Economic Developement Board de Madagascar, a insisté sur la nécessité pour son pays et Maurice de prendre la mesure du potentiel commercial qu?offrent l?Inde et la Chine dans la région. «Nous ne pouvons aller seuls dans cette globalisation. L?Inde et la Chine sont deux grands marchés dont nous pouvons tirer avantage. Ils ont besoin de nous.» Maurice a, d?ores et déjà, pris ce chemin. Les investissements indiens, comme ceux venus de Chine, continuent d?attiser les convoitises du pays. Rama Sithanen, ministre des Finances, déclarait en décembre dernier, lors des assises de la commission mixte indo-mauricienne : «Nous espérons que l?Inde va travailler avec Maurice pour faire du pays un centre d?affaires et de services afin de satisfaire les besoins des firmes indiennes voulant investir en Afrique.»
Maurice joue la carte du régionalisme. La Chine semble prendre la mesure des opportunités qu?offre le pays. C?est à un marché de près de 500 millions de consommateurs que Maurice ouvre les portes à travers les accords commerciaux préférentiels des instances régionales. Ce vaste marché est prometteur. Le taux de croissance des pays de la région figure parmi les plus forts du globe. Si la Chine s?intéresse aux matières premières africaines, elle cherche également à exporter des produits transformés à bas prix. Ces marchandises sont déjà très présentes sur les étals des marchés africains. La Chine séduit par sa politique commerciale sans conditionnalités. Maurice est séduite surtout par l?idée de jouer un rôle important dans la stratégie africaine de l?Empire du Milieu.
Preuve de la politique étrangère décomplexée de la Chine, «la Politique africaine de la Chine est progressive et respecte les désirs des Africains. La Chine ne se mêle jamais des affaires des pays d?Afrique». Ces propos viennent de Christopher Mutsvangwa, ambassadeur du Zimbabwe à Beijing. Le Zimbabwe de Robert Mugabe est dans les petits papiers de la Chine alors que les occidentaux l?ont mis à l?index suite à la réforme agraire controversée du régime. Maurice, comme ses pairs africains, parle le même langage que les investisseurs chinois : celui du commerce.
Le schéma mondial est bouleversé par l?arrivée en force des puissances chinoise et indienne. Les deux géants asiatiques mènent une politique diplomatique et commerciale agressive sur le continent africain. Leurs besoins en matières premières pour soutenir leur développement sont l?une des principales raisons. Maurice peut tirer un avantage certain de cette nouvelle donne. Pont entre l?Afrique et l?Asie, le pays a l?ambition de capter des investissements directs pour ouvrir la voie des marchés africains.
<B>Gilles RIBOUET</B>
<B>The Rs 20 billion Tianli ville project: Simple questions and major worries</B>
In the course of our history, we have witnessed western colonialism. In the 21st century, are we prepared for some kind of Asian colonialism? I refer here to the Tianli mega-project that will emerge at vertigo heights from the soils of Riche-Terre as from this year. It is an awe-inspiring opportunity, and at the same time, frightening on several counts. China has successfully convinced the Mauritian Government to approve the construction of that mega platform from where multiprong links with the African continent will be set up for further tightening its grip on a continent that is fast turning red.
Faced with the expanded version of the original project, the Prime minister is right in asking a few questions, casting doubts on certain issues and streamlining the ambitions of the Communist world.
I also have a few questions to ask.
Can we really afford the implantation of such a mega ?Sino-African Project? in our highly sensitive and vulnerable small island state? That?s the key question. We need to ask ourselves some simple yet crucial questions.
Without delving in some politico-economic issues, I would like to aim these questions at the current pilot or pilots of spaceship Mauritius and for that matter, to all thinking Mauritians.
In our already restricted 1 865 km2 spaceship, the vast majority of our fellow citizens suffer from fresh water shortages for our daily use year after year. Many Mauritians are already facing the sequel of water cuts from the Central Water Authority. At first, only the setting-up of a Tianli Industrial zone was tabled and the water demand was between 35 000 m3? 40 000 m3 per day. With a revised version of the project, water demand would exceed 100 000 m3 per day when the whole complex will be in full operation. What will be the source of fresh water supply? From where? How will the supply be compensated so as not to unnecessarily penalize the northern villages with drastic water cuts? Will the new Calebasses and Bagatelle reservoirs be able to make the difference?
What about electricity supply and the management of wastes: industrial, domestic and commercial ? Same worries.
Who would constitute the 30 000 Chinese community in integrated Tianli ville? Their way of life, whether they come from the working class or middle and upper class, will be different from ours. The setting-up of a Chinese enclave at Riche-Terre represents a real risk. We must not forget that the 24 000 or so Mauritian workforce at Tianli ville will only constitute the day population.
Will there be a rotation of the Chinese workforce or will they be more or less semi-permanent settlers? This question is pertinent as apparently there will be special schools for the expatriate children.
From a societal point of view, will there not be a risk of any conflict? We need real integration. The locals should be prepared to accept prevailing situation.
In Zimbabwe, China is bailing out Robert Mugabe?s regime. In return, it is allowed to buy up to 70% shares in Zimbabwe?s only electricity generation facilities. In other African countries, China is slowly becoming the major shareholder in key economic sectors. The other concern is the fact that low-cost Chinese garments and other products have flooded the street of Harare, supplanting small-scale retailers and local manufactures. Representatives of the South Africa Trade Unions report the same scenario and claim that Chinese textile products have submerged the streets, placing the already fragile local textile and garments industry in a difficult situation. This is leading to a growing anti Chinese syndrome. Can we afford that to happen here?
China has constructed a town in the Democratic Republic of Congo which resembles more one on the Yangtze Kiang than reflects the Congolese environment. Shall we have the last word in the design and implementation of Tianli ville here?
Mauritius is a small island, but a big nation. We own 1.9 million km2 of marine territory. Our exclusive economic zone is one of the richest tuna fishing grounds in the world. That vast oceanic area constitutes our future and that of generations to come. The Minister of Agro-Industry has stated that every year, Mauritius loses some 64 billion rupees from illegal fishing practiced by foreign fishing vessels in our waters. Why not, instead, ask China to set up in collaboration with Mauritius, a mega-scale integrated marine based industry roping in the wonderful futuristic idea of a land-based oceanic industry?
The project of setting-up such a mega-project on our soils will have immediate economic benefits. But my worries are what may come out on a medium and long-term basis when we are long gone and when our future generations will have to bear the consequences. This reminds me of a very wise African saying: ?Let us clear the broken glasses along the road so that our children and grandchildren may not hurt themselves.?
<B>Prem SADDUL</B>
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